PRIVILEGE DE SUTRI
leurs cadets. En effet, l'accord est à peine divulgué que les nobles murmurent et manifestent leur opposition ; les évêques veulent conserver les privilèges qu'ils possèdent en vertu de concessions impériales, et Henri refuse de renoncer aux investitures avant que la condition stipulée soit remplie. Ainsi, au lieu de l'harmonie, c'est la confusion qui prévaut j le désordre et le tumulte s'étendent même jusqu'au peuple romain, qui , mécontent des Allemands ivrognes et grossiers , commence à les massacrer. Henri s'empare du pape et des cardinaux, qu'il retient comme otages; puis, après avoir été blessé et désarçonné, il les traîne hors de la ville, dépouillés de leurs ornements et liés , et met le siège devant Rome.
<H2. Le pape, découragé après soixante-dix jours de prison , se dé-
termine à souscrire un privilège par lequel il est convenu que les évêques et les abbés seraient élus librement et sans simonie, mais que leur nomination devrait avoir l'agrément du roi, qui leur donnerait l'investiture avec l'anneau et la crosse : après quoi ils seraient consacrés. Henri promit à son tour de restituer et de conserver tous ses biens à l'Église romaine. Alors Pascal rentre à Rome, où il consacre Henri, mais à portes closes, dans la crainte que les Romains ne troublassent la cérémonie. Aussitôt après le départ de l'empereur, les cardinaux, qui n'avaient pas adhéré à l'accord, cherchèrent à le faire révoquer au pape ; telle était même leur irritation contre lui qu'ils le traitaient d'hérétique , si bien que Pascal sortit de Rome et, déposant les insignes, résolut de vivre dans la solitude. Un concile , réuni dans le palais de Latran , annula ce privilège que les prélats appelaient pravilegium. comme extorqué par force. Les investitures laïques furent prohibées , et , malgré la résistance du pape, on prononça la sentence d'excommunication contre l'empereur, qui se trouva enveloppé dans les mêmes difficultés que son père : les rébellions et les ravages recommencèrent.
La mort de la comtesse Mathilde vint encore compliquer la situation. Il paraît qu'elle ne sut pas se prémunir contre l'arrogance que donne le pouvoir ; elle se sépara de Guelfe, son mari, et rendit Conrad malheureux. Toujours prête à étendre son autorité, elle nommait à son gré les archevêques de Milan, défendait les prêtres, donnait à pleines mains aux églises et aux couvents, et son ambition était aussi flattée d'être bénie comme protectrice de l'Église que de tenir tête au monarque le plus puissant de l'Europe. Outre le marquisat de Toscane, le duché de Lucques
2 avril