‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 248 sur 365 · CROISADES · texte numérisé non relu

CROISADES

tradition ecclésiastique, mais sur la vénération naturelle pour les restes de personnes chères et honorées. On ahusa des reliques, et, comme on y \oyait un trésor, on cherchait à s'en procurer même par la violence ou la fraude. Nous avons vu Sicard, prince de Bénévent, les convoiter avec passion, ohliger par la guerre Naples à lui céder les ossements de saint Janvier, Amaifi ceux de sainte Triphomène, Lipari ceux de saint Barthélémy. Ces dernières reliques excitèrent l'envie d'Othon III, et les Bénéventins, n'osant pas lui répondre par un refus, lui donnèrent à la place celles de saint Paulin.

On raconte que les moines deFleuriac, en 653, enlevèrent du mont Cassin les corps de saint Benoît et de sainte Scholastique. Adalbert, marquis de Toscane, dans une guerre contre Narni, la dépouilla des reliques de saint Cassius et de sainte Fausta, qu'il déposa à San-Frediano de Lucques. Théodore, évêque de Metz, fut renommé pour sa passion des reliques. Pendant les trois années qu'il fit la guerre en Italie avec Othon le Grand, son cousin, il chercha à s'en procurer quocumqiie modo potuit, et Sigebert donne la longue liste des corps qu'il emporta. Se trouvant à Rome au moment où Jean Vlll bénissait un convulsionnaire avec la chaîne de saint Pierre, il s'en empara, jurant qu'il ne s'en dessaisirait que lorsqu'on lui aurait coupé les mains ; on eut beaucoup de peine à l'amener à se contenter d'un anneau (l).

Saint Théodebald, ermite de la famille des comtes de Champagne, mourut, en 1074, à Solaniga près de Vicence, et les Vicentins voulurent avoir son cadavre par force; mais les moines de la Vangadizza, près de l'Adigetto, parvinrent à l'enlever, et de grands miracles signalèrent sa présence dans leur abbaye. Rodolphe, frère du défunt, vint le réclamer; mais il dut s'estimer heureux, malgré les plus vives instances, d'en obtenir quelques parties.

Quelques marchands de Bari, venus pour commercer à Mira dans la Lycie, firent le complot d'enlever les restes de saint Nicolas. Employant tour à tour la ruse et la force, ils finirent par les avoir, et, au milieu de fréquents miracles, les transportèrent k Bari, depuis lors très-fréquentée par les dévots. Néanmoins, quelque temps après, les Vénitiens dérobaient à Mira même un corps qu'ils assuraient être celui de saint Nicolas, prétentions opposées, qui occasionnèrent des conflits sérieux.

(1) Antiq. M. ^. diss. LVIII.

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