RELIQUES. PÉNITENCES
Les Vénitiens, à force d'astuce, enlevèrent d'Alexandrie les reliques de saint Marc. Arrivés à Venise, ils les mirent dans un pilastre de la chapelle ducale, et n'en révélèrent le secret qu'au prirnicier, au procurateur et à l'évêque. Le souvenir du saint s'affaiblit ensuite ; mais il fut renouvelé par d'autres prodiges en 1094, époque où on le cacha de nouveau avec tant de mystère qu'il n'a plus été possible de le retrouver. L'amour exagéré des reliques s'accrut vers l'an mille; on en découvrit beaucoup par révélation, et de précieuses à Sainte-Justine de Padoue : il semblait, dit un contemporain, que c'était la résurrection des morts.
Les fraudes se mêlèrent à cette pieuse dévotion. Les Florentins vénérèrent un bras de sainte Réparate, qu'ils avaient obtenu du couvent de Teano ; puis ils s'aperçurent qu'il était de bois et de plâtre, supercherie des religieuses pour conserver leur sainte entière. Plus souvent l'ignorance commettait des erreurs : lorsqu'on découvrait un sépulcre avec une patène, on croyait qu'il renfermait un martyr ; on interprétait par beatus marhjr le sigle B. M., qui signifie borne memorix ; le rôle d'une légion fut pris pour un catalogue de saints. Les doctes et savants Papebroch et Mabillon firent rayer de la liste des saints un Argyride, martyr à Ravenne, un Catervius et une Saturnine à Tolentino, vénérés d'après une fausse interprétation d'épigraphes.
Dans des temps où, d'une part, on prêchait une morale pure, rigoureuse, sans complaisance; où, de l'autre, les penchants, excités par des exemples déplorables, sans être corrigés par les égards, l'habitude, l'éducation, portaient à des actes féroces, on sentait le péché même en le commettant, et il en naissait aussitôt le besoin de l'expier avant l'heure de la justice divine. De là, les pénitences publiques, pénitences très-rigoureuses. Un pénitenliel de Pise décrit celle qu'on infligeait aux homicides volontaires. Ils étaient condamnés à la prison ; mais avant, ils devaient recevoir de parrains la pénitence de tous leurs autres péchés, puis venir avec eux à l'église épiscopale pour se présenter à l'archiprêtre ou au chanoine pénitencier. Celui-ci demandait au coupable s'il s'était racheté de ses autres fautes, et si, pour l'homicide, il voulait entrer en prison. S'il répondait affirmativemention lui imposait la pénitence suivante : pendant tout le carême, excepté le dimanche, il était tenu de jeûner au pain et à l'eau, de faire cent génuflexions, et de réciter cent /^a/er chaque jour, autant chaque nuit; défense de parler à personne avant la