PARALLÈLE AVEC LES COMMUNES ANCIENNES
Chez les Romains, les citoyens par excellence (optimi juris) sont réunis dans l'intérieur des villes, et les esclaves habitent la campagne; au moyen âge, les seigneurs résident dans leurs châteaux isolés, loin des villes, où s'agglomère la population industrieuse, qui s'affranchit graduellement et à force de travail. La commune romaine, en un mot, est aristocratique, et celle du moyen âge, démocratique. La première a pour objet la puissance politique d'une seule classe ; la seconde, les droits de la population entière. Dans l'une, les privilégiés se conservent en excluant avec un soin jaloux les classes inférieures; dans l'autre, chacun s'efforce d'atteindre à une condition meilleure, et fortifie sa personnalité dans la lutte.
Néanmoins la première révolution des communes, tant les éléments nobles abondèrent dans leur composition, peut être considérée comme aristocratique ; en effet, nous verrons d'abord les seigneurs organiser le gouvernement municipal, dicter des lois tout à leur avantage, et combattre avec plus de courage que n'aurait pu le faire une plèbe étrangère au métier des armes. Plus tard la commune s'agrandit ; quiconque récoltait sur son champ Je pain et le vin de sa famille, exerçait une profession manuelle de quelque importance, ou jouissait d'une certaine aisance, participait, indirectement du moins, à l'autorité municipale, et contribuait à l'élection des magistrats dans l'assemblée générale des habitants. Alors se trouvèrent en communauté, dans la classe des hommes libres, les anciens ahrimans, libres quoique non propriétaires ; les habitants des cités municipales , restés toujours indépendants ; les bourgeois affranchis des villes féodales ; les habitants soulevés des communes ; enfin même les serfs émancipés de la campagne.
Mais la liberté civile et l'équité, qui sont aujourd'hui le fondement de tout État, n'avaient pas encore trouvé leur place dans la commune. Partout les personnes étaient libres à un degré différent : quelques anciens ahrimans survivaient ; dans certaines communes, bienque déjà affranchies, on rencontrait des bourgeois du roi et des bourgeois des seigneurs, les premiers plus altiers et plus riches, les autres émancipés, il est vrai, mais vivant au milieu de parents et d'amis placés dans une condition servile ; puis venaient les nobles, les hommes libres de la commune, du baron et des particuliers, les ecclésiastiques privilégiés, les soldats mercenaires régis par la loi de leur pays.
Cette confusion dérivait du système féodal, qui ne fut pas dé-