PARTAGE DES BIENS
de la nouvelle noblesse qui s'était formée dans les provinces , s'attachèrent à la fortune des vainqueurs pour obtenir une part du butin ; la plupart, humiliés, privés de leurs dignités, dépouillés de leurs biens en tout ou en partie, s'éloignaient des conquérants avec répugnance, et leur faisaient opposition à la faveur de la faible autorité qu'ils avaient conservée dans les curies ; parfois ils se soulevaient contre les oppresseurs, comme nous l'avons vu sous les Goths ; d'autres se retiraient dans leurs vastes et lointains domaines au milieu de leurs colons et de leurs clients, dans l'espoir d'être oubliés.
La civilisation romaine, partout où elle pénétrait , se superposait aux lois, aux mœurs, à la religion, à la langue nationale, de sorte que peu de siècles de domination suffisaient pour effacer toute trace des institutions des peuples vaincus et assimilés. Les Germains, au contraire, après avoir envahi l'Italie, sentirent combien une civilisation régulière l'emportait sur une barbarie désordonnée; ils méprisaient les Romains individuellement , mais ils conservaient, sinon du respect, au moins de l'admiration devant ces magnifiques édifices, les aqueducs, les amphithéâtres, la savante hiérarchie des pouvoirs. Puis, en se fixant sur les terres romaines, il s'engageaient, une fois devenus propriétaires, dans des relations plus compliquées , plus durables, et comprenaient la nécessité de règlements plus étendus ; or , comme ils les trouvaient dans la législation de Rome, ils ambitionnaient son ordre social, tandis qu'ils renversaient sa constitution politique; bien plus, alors même qu'ils mettaient les Romains sous le joug , ils s'avouaient leurs inférieurs et s'efforçaient de les imiter.
Les Germains n'enlevaient donc pas aux vaincus la liberté naturelle en les faisant esclaves ; parfois encore ils respectaient leur liberté civile. Cette générosité, rare parmi les anciens, était produite en Italie par les genres divers d'industrie auxquels s'appliquaient les deux peuples : les armes étaient l'occupation favorite des vainqueurs, tandis que les vaincus s'adonnaient à l'agriculture , aux arts , à l'étude. Théodoric confia des fonctions importantes à Cassiodore, àBoèce, à Symmaque; d'autres barbares employèrent les talents des Romains , et , bien qu'on ne mentionne pas les Lombards, nous les voyons cependant écrire leurs propres lois en latin, les modifier d'après celles des Romains, établir un système fiscal compliqué, ce qu'ils n'auraient pu faire sans le concours des vaincus.
Le vaincu , néanmoins , n'entrait pas dans la société des vain-
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