‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 302 sur 365 · INCONYÉNIENTS ET AVANTAGES DES COMMUNES · texte numérisé non relu

INCONYÉNIENTS ET AVANTAGES DES COMMUNES

obstacle à l'unité nationale ; serrées autour du trône dans les pays étrangers, elles jetèrent moins d'éclat, il est vrai, mais elles conduisirent à cette heureuse unité. Comment, en effet, la conscience nationale aurait-elle pu se développer dans un pays où chaque commune, dans sa petite indépendance, ne voyait que son intérêt personnel et fermait les yeux sur le bien général? Lors même que, dans un danger commun, les villes s'alliaient entre elles, comme nous le verrons dans la Lombardie et la Toscane, le lien était trop faible, l'expérience politique trop étroite , pour qu'elles pussent constituer une fédération régulière.

Les souffrances, il est vrai, avaient fortifié le caractère des bourgeois, au point qu'ils méprisaient la servitude ; mais il est impossible d'acquérir tout à coup l'expérience politique. Ils furent donc obligés de marcher à tâtons. Tantôt ils faisaient des emprunts aux débris des institutions municipales; tantôt ils imitaient la hiérarchie ecclésiastique, ou bien ils innovaient selon le besoin et l'opportunité. Mais, s'ils ne réussirent point à couronner l'édifice social, il ne faut pas se hâter de les accuser d'impuissance, avant de réfléchir qu'ils n'étaient qu'une poignée confuse de plébéiens désarmés, étrangers à la guerre comme à la politique, entourés de paysans grossiers et endurcis au servage, en butte aux attaques de l'autorité royale, seigneuriale et sacerdotale ; on devrait plutôt s'étonner, mais avec un sentiment de gratitude, qu'ils aient eu le courage de repousser la servitude et d'ouvrir la nouvelle ère du peuple.

Les communes, pour quiconque les considère comme une révolution sociale plutôt que politique, ont produit des avantages immenses. En effet, l'échelle des anciens propriétaires descendait du baron ou vavasseur jusqu'au simple fermier; celle des affranchis, au contraire, s'élevait du serf de la glèbe à l'homme libre. Les races serviles purent donc se soustraire au joug des nobles pour arriver à une administration propre, indépendante. Dans cette communauté de fonctions et de services, un nouveau baptême leur conférait le nom de citoyen ; ils apprenaient à ne plus considérer la force et la conquête comme le droit unique, et, contraints de sortir du cercle étroit des intérêts individuels pour s'occuper des intérêts publics, ils reprenaient la conscience des choses magnanimes.

L'importance des familles et des individus s'accrut avec les communes ; il fallut donc les mieux distinguer qu'on ne le faisait à l'époque où l'homme tirait toute sa valeur de la terre

NOMS, COGNOMS.

qu'il possédait, ou du seigneur auquel il appartenait. L'usage latin des noms, prénoms, cognoms et surnoms, accumulés à l'excès dans les derniers temps, tomba avec l'empire (i); les esclaves presque seuls et les étrangers ne portaient qu'un seul nom. Les noms des saints prévalurent bientôt; on les prenait le jour du baptême, qui se conférait dans un âge déjà fait, ou bien à l'époque de la confirmation. Les femmes changeaient leur nom en se mariant ; les moines et les religieuses ont conservé jusqu'à nos jours la coutume de le changer au moment de faire profession. Or, comme l'Église est fidèle à ses anciens usages, les évêques signent toujours avec leur nom de baptême, et les moines seuls se distinguent du reste des citoyens, comme ils le pratiquaient au temps de leurs institutions.

Quelques rares que fussent les relations, il est facile de s'apercevoir quelle grande confusion devait produire l'usage de désigner l'homme par son nom seulement; d'autant plus que, dans les actes, le même nom se trouve tronqué, raccourci, allongé, estropié (2). Pour combler cette lacune, on avait recours aux surnoms,, tirés de qualités personuelleSj du lieu d'habitation, de la contrée où l'on était né, de l'emploi (3), et souvent aussi de qualifications moqueuses (4) .

(1) L'auteur des Saturnales s'appelail Theodosms Ambrosius Macrobius Sicelimts ; le conseiller de Théodoric, Flavius Anicius Manlius Torquatus Severinus Boetius.

(2) Dans le catalogue d'une confrérie , nous trouvons six Pierre, autant de Marie, trois André, deux Christine, deux Ingelbcrge, quatre Martin, dix Jean, sans qu'on ait le moyen de les distinguer, les uns des autres {Antiq. M. M., diss. XLi).

(3) Dans une charte des archives casauriennes : Ideo constat me Artaberto qui supranonien fratcUo vocatur; dans une autre, citée par XJghelli, tome VIII, p. 43 : Joannes qui supranomine Walterii vocatur; dans une antre de ]J^, livre v, 1359 : Petro vivo magnifico, qui et supranomen vocatur Pazii, scu Gregorii. Dans les A7it. ital. III, p. 747, un acte de 882 est souscrit : Joannes qui vocatur Clario, Léo qui vocatur Pipino, Joannes qui vocatur Peloso, Joannes Russo, Urzulo qui Mazuco vocatur. Lupus qui dicitiir Boncllus, Bonellus qui dicitur Magnano, etc.

(4) Bardellone, Taino, Bottesella, Butirone, Petracco, Passerino, Scarpelta, Carnevario, Cane e Maslino , Garzapane, Pandimiglio, Tornaquinci, Belbello, Menabù, Megliodeglialtri, Bracacurta, Softiainpugno, Riibacastello, Animanigra, Buccadecane, Bellebono, Bragadelana, Nosaverta, Tantidanari, Basciacomari, Tetfalasini, Bcncivenno, Mezzovillano, Assainavcmo, Seccamerenda, Segalorzo, Benintese, Ranacotta, Scannabecco, Mangiatroja, Brusamonega, Cavazocco, Codeporco, Coalunga, Ristoradanno, Datusdia-

470 NOMS, COGNOMS.

Néanmoins ces dénominations, toutes personnelles, ne se transmettaient pas aux descendants; mais, lorsque les fiefs devinrent héréditaires vers l'an 1 000, on leur ejrvprunta les appellations des familles : d'où les surnoms de Ro, d'Esté, de Romano, de Montëcuccofi. Quant à ceux qui provenaient de pays allemands, comme ils s'altéraient dans le passage en Italie, leur étymologie a disparu (l). Cependant, bien qu'un individu porte le nom d'un pays, il n'est pas certain qu'il l'ait possédé; car il arrivait souvent que l'on tirait le cognom, mais sans qu'il fût un titre nobiliaire, d'une terre que l'on abandonnait pour une autre. Ainsi les généalogies que certaines familles font remonter au delà de l'an 1000, et ces catalogues d'évêques dont la souche est placée dans une époque très-reculée, ne présentent qu'imposture et vanité.

Les Vénitiens, débris latin, avaient pourtant conservé les surnoms anciens : les Crassi, les Memmi, les Gorneli, les Querini, les Balbi, les Curzi. Déjà, en l'année 800, nous trouvons les doges avec le su'nom de Particiaci, Candiani, Giustiniani, etc.; dans un acte de 1 090, on lit les signatures de cent cinquante personnes, toutes avec le cognom (2) : Coruuinda Molino, Stefano Logavessi, Boutilio Pepo, Giovanni de Arbore, Sebastiano Cancanino, Manifredo Mauroceni, Stadio Praciolani, Domenico Contareno, ainsi de suite.

Gênes a conservé aussi beaucoup de surnoms latins : Aproni, Asprenate, Balbi, Bassi, Bibulini, Calvini, Camilli, Carboni, Cerehi, Clemeuti, Costa, Crarsi, Ermini, Fabiani, Forti, Galeri, Galli, Galleni, Gavi;, Gemelli, Giusti, Graziani, Laberi, Lena, Longhi, Lupi, Mari, Marciani, Marini, Massa, Montani, Muzi, Natta, Nigri, Ottoni, Palma, Pansa, Persi, Persici, Pisani, Ponzi, Ruffini, Sabini, Salvi, Serrani, Settimi, Sertori, Staleni, Stella, Valenti, Veri, Viviani. Les surnoms grecs ne lui manquent pas non plus : Bisio, Cibo, Grillo, Macari, Medoni, Parodi,

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bolo, Capodasino, Ca^çatossico, Cagainos, Mottosavio, Malfilioccio, Moscaincervello, Passanionlagne,Castiacani, Tosabue, Calzavegia, Cavalcasella, Guido Ajiitaniicristo, etc. Des maisons principales ont niénie conservé les noms de Malaspina, Pelavicini, Maltraversi, Malatesta, Calvalcabô, Gainbacurta.

(t) Les Italiens appcli-rent Anicliino de Bongardo le capitaine IJaumgarten; ils (irent d(! Awerwooil Giovanni Acuto, et de Hohenslein Ovestagno. Réciproquement, les Arriglietli llorentins devinrent en France les Riquelti, lesGiacomottiles Jaquemot, etc.

(2) MuRATORi, Ant. iUil. diss. xvr.

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