INCONVENIENTS ET AVANTAGES DES COMMUNES
timent de patrie. Comme il manquait un lien universel qui pût 1-attacher tant d'intérêts divers, on voyait se perpétuer la lutte des vassaux avec les corporations, des corporations entre elles, des membres de chaque corporation, des subdivisions de chaque commune. En l'absence d'un frein et d'une direction centrale, la guerre éclatait partout; les hommes se tenaient en armes au sein de la paix, construisaient leurs maisons en forme de tours, et l'administration, avec un appareil tout belliqueux, était exercée au milieu d'un état perpétuel de guerre.
Fondées, non sur des libertés générales, mais sur des privilèges exclusifs et une jalousie réciproque, toutes les communes recherchaient des prérogatives au détriment des autres ; à l'exemple des feudataires d'autrefois, elles imposaient des péages et des tailles arbitraires, des corvées pénibles et ignominieuses. Les magistrats municipaux exerçaient la même tyrannie que les seigneurs féodaux; ceux qui s'élevaient au-dessus des autres voulaient opprimer, et les opprimés se vengeaient sur quiconque n'était pas citoyen. L'oligarchie renouvelait les scènes de l'ancienne aristocratie ; bien plus, au contraire des tyrans qui n'opprimaient que l'homme, certaines communes excluaient parfois des classes entières de la vie civile : un statut milanais, émané de la commune aristocratique, n'infligeait qu'une faible amende au noble qui tuait un plébéien.
On chercherait donc à tort au sein de ces communes des exemples de liberté politique comme nous l'entendons aujourd'hui ; rien n'est plus opposé à cette liberté que l'esprit de famille et de pays. Afin de se soustraire à l'anarchie de la rue, les propriétaires cherchaient à établir quelque ordre en faisant alliance avec le roi ou l'ancien feudataire ; de là, des partis intérieurs , source de nouvelles dissensions. D'autres fois , ils avaient recours aux petits seigneurs eux-mêmes dont ils s'étaient affranchis, et ceux-ci, unissant la force à l'habileté, parvinrent à se faire tyrans. Les communes, il est vrai, suffisaient pour rompre un joug odieux et l'emporter sur l'évêque ou le baron; mais, lorsque ces seigneurs se liguaient entre eux, ou qu'elles avaient à combattre le roi ou l'empereur, des bourgeois et des marchands, malgré leur élan volontaire, ne pouvaient résister à des annéts aguerries, et dès lors il fallait recourir à des capitaines expérimentés.
Les communes d'Italie, dans l'origine, acquirent donc une grande importance, puis luttèrent entre elles, et devinrent un