PRISE DE CÔME
Milan les forçait à suivre sa bannière. Bien plus, les habitants de l'île Comaeine et des environs prirent les armes contre Côme, et des batailles navales troublèrent les eaux paisibles du lac. La guerre s'étendit même à Varèse et au lac de Lugano. Les cités rivales, animées de la même ardeur, combattaient avec alternative de succès et de revers; les deux partis, chacun à son tour, faisaient entendre des hymnes pour des victoires fratricides. Mais, au milieu de tant de courage, on ne voyait s'élever aucune autorité prépondérante, et les armées, sans discipline, déployaient une faible habileté; puis, comme il arrive dans les levées tumultueuses, chacun voulait commander, et tous refusaient d'obéir. La campagne offrait le spectacle de la désolation ; les oliviers et les vignes de la plage étaient arrachés et les troupeaux enlevés.
L'évêque Guido, cause de la guerre, qu'il avait d'ailleurs fomentée, mourut alors; avant d'expirer, il exhortait les citoyens à rester fermes dans la foi catholique et la charité, et à défendre la patrie. Les Comasques avaient perdu un grand nombre de braves ; depuis dix ans, ils avaient à supporter la dévastation de leur territoire et de graves dommages du côté du lac, dont la rive orientale appartenait à leurs ennemis. Enfm les Milanais, d'accord avec tous leurs alliés, résolurent de faire un effort suprême : après avoir tiré des bois de Lecco, des ingénieurs et des constructeurs de Gênes et de Pise, ils serrèrent la ville de près ; les habitants, qui n'avaient pas d'autre asile pour se défendre, l'abandonnèrent de nuit pour se réfugier dans le bourg fortifié de Vico, et de là ils firent demander la paix par Anselme, archevêque de Milan. Ils l'obtinrent aux conditions suivantes : « Vie sauve pour les Comasques, mais ils démoliront les murailles et les fortifications de la ville et des faubourgs, avec obligation de payer à Milan un tribut annuel ». Les vainqueurs, néanmoins, sans respect poty.* les conventions, brûlèrent et saccagèrent la ville, emmenant, en servitude des agriculteurs, des citoyens et autres habitants de basse condition. Comme on n'avait pas alors de garnison pour tenir en bride les vaincus, il fallait les disperser ; en effet, les Comasques furent contraints de vivre à ciel découvert, de payer tous les ans le viatique et le fodrum, et de renoncer à leur marché habituel. Du reste, ils conservèrent le droit de se gouverner démocratiquement, avec des lois et des magistrats propres.
Nous avons raconté les détails de cette guerre comme exemple