FRÉDÉRIC BARBEROUSSE
même couronné roi d'Italie par les Milanais , puis élu empereur ^^^^ par quelques-uns, enfin par tous à la mort de Lothaire de Saxe. A l'heure de sa mort, il ne laissait qu'un fils tout jeune; mais, persuadé qu'un enfant ne convenait point aux exigences de l'époque, il recommanda un fils de son frère, Frédéric de nom, et surnommé Barberousse. A la diète de Francfort^ il fut élu roi par les princes de l'empire et par une foule de barons de Lombardie, de Toscane et d'autres pays d'Italie. Après sou couronnement à Aix-la-Chapelle, il fit signifier à Eugène 111 et à 1152. l'Italie son élection, qui fut généralement reconnue; du reste, on espérait qu'il réconcilierait les Guelfes et les Gibelins, puisque, chefs des uns par son père, il était neveu de Guelfe de Bavière, chef des autres (l).
A l'âge de trente ans , il était déjà fameux dans les batailles, les tournois et les croisades; sain de corps et d'esprit, d'une conception prompte, d'une mémoire prodigieuse, affectueux dans sou langage , de mœurs simples, modèle de chasteté , sage dans les conseils, très-versé dans la science militaire, les Allemands le comptent parmi les monarques les plus illustres. Il fut, il est vrai , un des caractères les mieux trempés du moyen âge ; il protégeait les poètes , faisait lui-même des vers, savait l'histoire et le latin, et voulut que son cousin Otlion, évêque de Freisingen, écrivît ses faits et gestes. L'éclat de tant de belles qualités était terni par son avarice et son ambition , ou du moins les Italiens qualifièrent ainsi son désir de rétablir dans la Péninsule la prérogative royale et d'en obtenir les bénéfices , c'est-àdire l'argent. H est certain qu'il sacrifiait intérêts , sentiments , pitié, à une profonde idée du devoir comme il l'entendait ; or il regardait comme un devoir suprême de rétablir l'autorité impériale, dont il voyait les types dans Constantin et Justinien , tels qu'ils étaient présentés par la jurisprudence romaine depuis la renaissance ; puis il poursuivait les idées systématiques avec l'opiniâtreté propre à sa nation. D'un côté , les villes, qui avaient acquis de la force, étaient moins dociles; de l'autre, l'Eglise avait démontré son indépendance, au moins en droit, et les barons se tenaient en armes pour assurer la suprématie territoriale : or Frédéric se proposa de briser tous ces obstacles au
(1) Amani), De primis actibus Friderici. OttoFrising, De gcsfis Friderici. Otlion mourut en 1 158 ; il fut continué par Radevic, chanoine de Frcisingen, très-inférieur par le style et la pensée. L'Allemand Gunter, contemporain, mit en vers leurs histoires dans un poëmc intitulé Lirjurinus.