‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 325 sur 365 · PAIX DU PRINCE · texte numérisé non relu

PAIX DU PRINCE

ce mot que l'empire était un bénéfice , c'est-à-dire un fief et une dépendance de l'Église. Cette interprétation souleva une grande rumeur, et, dans la diète de Besançon , où la question fut agitée, le cardinal-légat, Roland Bandinelli , envenima le différent en s' écriant : « Mais , si l'empereur ne tient pas l'empire du pape, de qui donc le tient-il? »

Cette prétention n'était pas nouvelle dans le droit public d'alors; mais Othon de W ittelsback, qui portait l'épée de l'empire, voulut eu percer le légat, qui n'échappa qu'à grand'peine, et reçut l'ordre départir sans visiter sur sa route ni un évèque ni un couvent. L'empereur donna une grande publicité à cet incident, afin d'exciter l'indignation allemande contre les pré- ' tentions papales ; Adrien lui ferma la bouche , eu déclarant qu'il avait employé le mot benefeciuni non pour désigner un fief, mais dans le sens de l'Écriture, et que toute intelligence éclairée ne pouvait l'entendre autrement (l).

Il importait à Frédéric d'arriver promptement pour en finir avec les communes italiennes , qui désormais se transformaient en républiques. La cavalerie (car les troupes féodales se composaient principalement de cavaliers) d'Autriche, de Carinthie, de Souabe, de Bourgogne et de Saxe descendit donc par les trois routes du Frioul,de Chiavenna et du Saint-Gothard ; l'empereur lui-même conduisit par la vallée de l'Adige l'élite des hommes d'armes romains , francs , bavarois , avec Vladislas , « 138. roi (Je Bohême , une foule de comtes , de ducs et d'évéques , et fit proclamer la ;ja/a; du prince sur le territoire Milanais. Cette paix consistait en règlements de discipline militaire, destinés à réprimer et à punir légalement les offenses, afin de prévenir les guerres privées , dout le droit durait encore. Dans ce but, on établissait des peines proportionnées aux iusultes qui auraient été attestées par deux témoins, c'est-à-dire, selon les cas, la confiscation de l'équipage, la bastonnade, les cheveux rasés , la marque sur la joue avec un fer rouge, et la mort pour l'ho-

(i) Sismondi et d'autres dénaturent ce fait de manière à donner raison à Frédéric, et à présenter Adrien comme lui ayant fait d'Iiumbles excuses. Le tort du premier était d'autant plus grand que la lettre disait au pluriel majora bénéficia et qu'on ne pouvait imaginer un fief supérieur à l'empire. Le pape se rétracta sans doute, mais en déclarant que cette expression utique nedum tanti viri, sed ne cusjulibet minoris animtnn meri/o commovisset. Lorsque Frédéric combat les républiques , Sismondi le présente comme un monstre de cruauté, et le deslructenr de toute liberté; mais, quand il est en lutte avec les papes, il en fait un prodige de raison.

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