DIÈTE DE RONCAGLIA
déric réunit une dièle à Roncaglia pour définir les prérogatives impériales. Les villes (nous l'avons répété plusieurs fois) étaient loin de prétendre à l'indépendance envers l'empereur, lequel , à son tour, ne croyait pas que la couronne lui conférât un pouvoir arbitraire , comme pourraient l'exiger les rois de notre siècle , qui n'ont aucun pacte avec les peuples, ni aucun respect pour une moralité supérieure; mais, comme les devoirs réciproques étaient diversement appréciés en Allemagne et en Italie, ils produisaient de perpétuels débats.
Les Allemands , qui déduisaient leurs constitutions des coutumes germaniques, ne voyaient dans le roi que l'élu des chefs du peuple, le premier entre ses égaux. En Italie^ les villes ne voulaient être liées à l'empereur que par la dépendance féodale , parce qu'il ne représentait à leurs yeux que le chef des seigneurs et l'oint du pontife ; mais l'étude de l'histoire et de la jurisprudence romaine habituait les érudits à étendre la puissance de l'empereur, dans lequel ils voyaient le successeur de ces Césars dont la volonté était l'unique loi de la Rome ancienne.
Frédéric, comme nous l'avons dit, aimait à retremper son épée dans les textes; il appela donc à la diète les quatre jurisconsultes les plus célèbres d'alors, Bulgaro, Martin, Gossia, Jacques et Hugues da Porta, avec deux députés de chacune des quatorze républiques, pour déterminer en quoi consistaient les régales. Mais, comme les consuls et les scabins n'avaient plus été nommés par les empereurs depuis que la juridiction des comtes était devenue héréditaire, et que chaque empereur venu en Italie avait mesuré ses droits d'après ses forces, on ne pouvait rien déduire des coutumes. On eut doue recours au droit romain; s'inspirant de son esprit et justifiant par des mots vieillis la nouvelle tyrannie , les jurisconsultes décidèrent que toutes les régales appartenaient à l'empereur, même dans les duchés, les marquisats et les comtés, ainsi que les monnaies et le fodrum , c'est-à-dire le droit d'être hébergé et nourri par les vassaux et les villes pendant son séjour en Italie. Les ponts , les moulins, l'usage des fleuves, la capitatiou, le droit de faire la paix etla guerre, la nomination des consuls et des juges, étaient compris dans la même catégorie , et le peuple n'avait qu'à donner son assentiment ; les investis étaient donc obligés , à moins d'exhiber des titres légitimes, de remettre leurs possessions à l'empereur. Les comtes et les évêques, dépouillés de leur domination depuis l'établissement des communes, applaudissaient