DIÈTE DE RONCAGLIA
à ces prétentions exorbitantes , dans l'espoir qu'elles pourraient tourner à leur profit. L'archevêque de Milan , ajoutant le savoir à la servilité, disait à Barberousse : « Tenez ferme, car il est écrit que la volonté du prince fait loi, puisque le peuple lui a concédé tout empire et tout pouvoir (l). » Les villes n'avaient aucune exception à lui opposer sur un fait qui n'avait jamais existé, et sur des droits appuyés par une forte armée; elles frémissaient donc de voir l'empereur se transformer, de souverain feudataire , en maître absolu de l'Italie.
Les Génois , qui étaient venus à la diète, non pour soumettre des griefs ou recevoir des ordres, mais comme indépendants, ou pour faire étalage et don d'autruches, de perroquets, de lions et des produits de l'Orient, furent les premiers à protester contre ces résolutions ; ils en donnèrent avis à leur patrie, qui , animée d'une ardeur subite, se mit à réparer ses murailles. Hommes et femmes s'employèrent aux travaux , et l'archevêque Siro donna la valeur de ses meubles; puis (chose nouvelle), Gênes prit des troupes à sa solde pour se défendre. Qui veut la paix se prépare à la guerre . Frédéric , en effet , consentit à traiter avec Gênes : elle obtint le droit d'élire ses consuls, qui pourraient appeler aux armes tous les habitants de la Rivière, de Monaco à Portovenere ; le privilège du commerce sur toutes les côtes , sans même excepter Venise , avec l'exemption d'impôts , du service militaire et des régales, sauf à payer 1,200 marcs.
Dans cette diète , Frédéric avait défendu de laisser des fiefs aux églises; toujours indisposé contre le pape, il voulut lui rappeler l'humilité apostolique. La chancellerie romaine employait avec lui le tu solennel ; il ordonna donc à la sienne d'en faire autant avec le pape et de mettre, dans les souscriptions, le nom du pontife après le sien. Il assurait encore que le patrimoine papal relevait de l'empire, et manifestait la prétention d'envoyer des magistrats à Rome pour administrer la justice, et de loger ses ambassadeurs dans les palais des évêques. Le sénat romain, comme d'habitude favorisait les prétentions de Barberousse; le pape mécontent s'entendait avec les cités lombardes et se disposait peut-être à excommunier le despote.
(1) Scias omne jus popidis in condendis legibus tibi concessum : tua vohintasjus est, sicu/i dicïtur. Quod principi placuit, legis habet vigorem, cion populus et et in eo omne suum imperiinn et potestatem concesserit. (IIadevic, lib. ii, c. 4.)