BARBER0US3E SE CROISE
de séculiers pour les dépenses de la guerre ; chacun dut faire maigre le mercredi, jeûner le samedi, avec défense de jurer, déjouer aux dés, de mettre à table plus de deux plats dans les festius, de porter des habits d'écarlate, du vair ou de la zibeline. D'autres privations furent imposées, auxquelles on se soumit tant que dura l'enthousiasme.
Les Italiens, que l'abbé Conrad appelle, dans cette occasion, « belliqueux, sages, sobres, ennemis de la prodigalité, économes dans les dépenses quand elles ne sont pas nécessaires, et qu'il désigne comme étant les seuls parmi tous les peuples qui se gouvernent d'après des lois écrites, » furent les premiers à se croiser; les Toscans et les Romagnols, conduits par les archevêques de Pise et de Ravenne, abordèrent à Tyr. Guillaume le Bon ordonna un recensement général de tous les feudataires du royaume de Sicile et des hommes que chacun devait (l), avec injonction de se tenir prêts à s'embarquer. Les feudataires promirent de fournir le double d'hommes, et une flotte, commandée par l'amiral Margariton de Briudes, contribua beaucoup à la défense de Tyr. Saladin, obligé de lever le siège de cette ville, tenta de surprendre Tripoli ; mais les Italiens arrivèrent à temps pour sauver ces derniers restes de la glorieuse conquête.
Frédéric Barberousse , qui dans sa jeunesse avait combattu en Palestine, voulut couronner sa vie laborieuse en prenant la croix de nouveau, Imbu de l'idée de l'omnipotence impériale, telle qu'on la lui avait définie à Roncaglia, il fit sommer Saladin de lui abandonner la cité sainte, à lui , seigneur universel comme successeur des anciens Césars. Saladin lui opposa le droit de la conquête, et se prépara à le soutenir. Barberousse, avec son fils et soixante-huit seigneurs, trente mille cavaliers et quatre-vingt-deux mille fantassins, passa donc en Palestine et remporta des avantages ; mais, en traversant le fleuve Salef, il se noya, et la croisade eut une fin désastreuse.
Les Allemands, qui vénéraient Frédéric comme le représentant de leur race, ne le crurent pas mort; ils s'imaginèrent qu'il s'était réveillé dans le champ doré sur le Kiffhaùser, où il tenait cour avec sa fille et les burgraves, assis à une table de marbre, autour de laquelle croissait sa barbe rousse. Un jour viendra qu'il
(1) TiTiM, Disc, f/e' sette uffiv ■> P- '^'^- Une copie aiitlientique de ce catnlogue se trouve dans les archives de Naples. Registre de Charles II, à l'année 1.522, de la page 14 à la page G3.