BARBEROUSSE SE CROISE
des princes chrétiens, les attaqua, les battit et s'empara d'Acre, de Césarée, de Nazareth, de Bethléem, et enfin de Jérusalem; il fit même prisonnier le roi Guy de Lusignan. Les hospitaliers et les templiers furent massacrés ; parmi les nombreux prisonniers se trouva Guillaume de Montferrat, cousin de Barberousse, dont le fils avait épousé Sibylle, sœur de Baudouin, roi de Jérusalem, qui lui apporta en dot le comté de Joppé. Conrad, un autre de ses fils, étant alors en pèlerinage dans la terre sainte , entreprit de défendre Tyr, où il résistait avec un courage intrépide, bien que Saladin menaçât de tuer son vieux père s'il ne rendait pas la ville.
La nouvelle de ces désastres fut apportée en Italie par des messagers vêtus d'habits de deuil, qui parcouraient les villes en racontant les outrages exécrables que la religion avait subis : c'était la sainte croix traînée dans les rues, le sépulcre profané, les enfants élevés dans la religion musulmane, les femmes jetées dans les harems; puis ils montraient une image où le Christ était battu et foulé aux pieds par un Arabe, dans lequel on devait reconnaître Mahomet. Cette nouvelle accéléra la mort d'Urbain III, qui avait d'abord écrit à tous les potentats chrétiens pour les exhorter à secourir la terre sainte. Comme il arrive dans les graves désastres, une réforme générale parut s'opérer ; une trêve fut convenue entre tous les combattants. Les cardinaux rassemblés à Ferrare pour élire le nouveau pontife, non-seulement excitèrent les rois à la croisade, mais proposèrent de la diriger eux-mêmes ; ils publièrent la trêve de Dieu pour sept ans, avec anathème contre quiconque la violerait; enfin, commençant la réforme par eux-mêmes, ils promirent de vivre pauvrement, de refuser tous dons des solliciteurs et de ne pas monter à cheval jusqu'à ce que la terre sanctifiée par la présence du Christ fût recouvrée.
Grégoire VIII , vieillard dont la vie' fut sainte et qui macérait son corps, employa son court règne à prêcher la croisade; dans ce but, il s'efforça d'apaiser les discordes, et surtout de réconcilier les Génois et les Pisans qui avaient continué de se faire une guerre féroce. Clément III, son successeur, poursuivit le même projet. Sans parler des autres, Guillaume, archevêque de Tyr, ministre de Baudouin IV et l'historien des croisades , prêcha à Milan, à Bologne, où deux cent mille citoyens prirent la croix, et dans d'autres villes. Les rois furent autorisés à percevoir la dîme saladine sur tous les revenus d'ecclésiastiques et