LES PAPES
les nominations pour empêclier les séditions; dans la suite, ils se contentèrent de les confirmer. Odoacre, soit par jalousie politique^ soit pour écarter les discussions, défendit d'élire l'évéque de Rome sans consulter au préalable le roi ou le préfet ; mais ce décret ne fut pas maintenu, et Félix Illinforma l'empereur de sa nomination, ^^2. en l'exhortant à conserver la véritable foi (l).
Il eut pour successeur Gélase, qui écrivit des hymnes, des préfaces et des traités sur les questions alors en discussion ; il en fit *9-> un contre le sénateur Andromaque et d'autres Romains qui voulaient ressusciter les fêtes lupercales, sous prétexte que les maladies se multipliaient depuis qu'on n'apaisait plus le dieu Fébruarius. Il établit , dans un concile, la distinction entre les livres canoniques et ceux qui étaient apocryphes, désigna les écrivains auxquels appartenait le titre de Pères de l'Église, et déclara œcuméniques les quatre synodes de Nicée, de Constantinople, d'Éphèse et de Chalcédoine. Il écrivait à l'empereur Anastase : « Le monde est « gouverné par l'autorité des pontifes et la puissance royale ; mais « le pouvoir sacerdotal est le plus important , parce qu'il doit « rendre compte à Dieu de l'âme des rois. Bien que tu sois , « par ta dignité , au-dessus du genre humain, tu dois courber
(1) Le premier pape, saint Pierre, fut élu par le Christ. Depuis le second pape, saint Lin , jusqu'à saint Sulpicius, l'élection fut faite par le peuple et le clergé ; depuis saint Félix III, en 483 , jusqu'à saint Nicolas 1^"^, en 858 , par les rois conquérants; depuis Adrien II, en 867, jusqu'à Agapet II, en 946, parle peuple et le clergé ; depuis Jean XII, en 956, jusqu'à l'anlipape Sylvestre, en 1102, par les tyrans d'Italie et les empereurs; depuis Gélase II, en 1118, jusqu'à l'antipape Victor, en 1138, par le peuple et le clergé; depuis Célestin If, en 1143, jusqu'à Grégoire X, en 1271 , par les cardinaux; depuis Innocent V jusqu'à nos jours, par le conclave.
Platina raconte que Sergius II fut le premier qui changea de nom en déposant celui d'Osporci ; mais Anastase le Bibliothécaire assure que ce pape s'appelait Sergius avant de monter sur le Irône pontifical. D'autres attribuent cette innovation à Adrien III , dont le nom était Agapet ; ou à Jean XII , qui s'appelait Octave, et qui voulut ainsi honorer son oncle Jean XI; ou bien à Sergius IV, qui, par respect, déposa son nom primitif de Pierre. Ce changement n'est pas obligatoire; dans le xvi'^ siècle, Adrien VI et Marcel II conservèrent leur nom de baptême.
L'usage de la tiare vint tard , puisque Suger, en parlant d'Innoeent lll, dit : « On met sur sa tête un ornement impérial phrygien, à forme de casque , orné d'un cercle d'or ». Boniface en prit deux, puis Urbain V trois. Damase fut le premier qui se donna le titre de serviteur des serviteurs de Dieu, adoplé ensuite par Grégoire le Grand et ses successeurs. Benoît III prit le titre de vicaire de saint Pierre, auquel on substitua , après le treizième siècle, celui de vicaire de Jésus-Christ,
8t) LEtJ PAPES.
« dévotement la tête devant les chefs des choses divines, leur « demander les moyens de salut, et, pour les sacrements comme « pour l'ordre de la religion, te soumettre à eux au lieu de leur « commander; pour toutes ces choses, tu dépends de leur juge- « ment, et ta volonté ne saurait prévaloir. Si les chefs de la re- « ligion, connaissant que l'empire t'a été conféré par disposition « supérieure, obéissent à tes lois en ce qui touche l'ordre de la ' discipline publique , avec quelle affection ne dois-tu pas obéir « à ceux qui sont chargés d'accomplir nos augustes mystères? »
Anastase JI siégea deux ans; après sa mort, Laurent et Symmaque se disputèrent l'autorité pontificale ; mais , comme ils ne pouvaient s'accorder, ils se soumirent à la décision de Théodoric, roi arien , qui donna la préférence à Symmaque. Ce pape occupait le saint-siége depuis quinze ans, lorsque les mécontents l'accusèrent d'énormités et rappelèrent Laurent. L'Église fut bouleversée , et la présence même de Théodoric ne put apaiser les haines. Les évcques d'Italie s'étant réunis pour un concile, Symmaque fut assailli à coups de pierres lorsqu'il s'y rendait. Enfin , son innocence reconnue, on le rétablit; mais Laurent, pendant quatre années , retint de vive force quelques églises , et Théodoric dut intervenir pour mettre fin à ce scandale.
Lorsque Justin eut enlevé, en Orient, les églises aux ariens, Théodoric envoya le nouveau pontife à Constantinople pour obtenir qu'on rendît à ses coreligionnaires le libre exercice du culte, avec menace, dans le cas de refus, de troubler à son tour celui des catholiques en Italie. Le pape Jean ne put ou ne voulut pas réussir , et Théodoric le laissa mourir en prison , comme impliqué dans des conjurations ourdies alors pour soulever ritalic.
Après d'autres , vint Agapet , un des pontifes les plus illustres, qui fonda à Rome une académie pour les belles-lettres. Envoyé par Théodat à Justinien , pour lui proposer la paix , il revint sans avoir réussi ; mais il avait pu réprimer les hérétiques à Constantinople , et déposer le patriarche dont l'élection n'avait pas été régulière. Justinien, bien qu'il l'eût menacé d'exil, n'avait pu le détourner de prendre cette mesure; l'impératrice Théodora, indignée, promit à Vigile, diacre de l'Église romaine, de le faire nommer pape, s'il voulait adhéreraux croyances des prélats qu'elle protégeait. Vigile mit tout en œuvre pour nuire au nouveau pape Silvère, qui, accusé par Belisaire de s'entendre avec le roi Théodat dans le but d'iulroduire les Gotlis à Rome , fut dépouille des habits pontificaux et trausvféré à Patare en Lycic.
QUESTION DES TROIS GHAPITBÏiS. 87
Les temps étaient si malheureux que le général ne trouva 338 point d'opposition , et Vigile, par son ordre , occupa le saint-siége. L'empereur, informé de cet acte arbitraire, ordonna que Silvère fût reconduit à Rome, pour être examiné sur les accusations dirigées contre lui; mais Bélisaire, soumis aux désirs de Théodora, le fit arrêter en chemin , et le relégua dans l'île Palmaria , en face de Terracine, où il mourut de faim ou par le fer. La compassion pour le juste persécuté proclama qu'une foule de miracles avaient attesté sa sainteté.
Vigile fut alors confirmé par le clergé ; mais , sur ce siège qu'il avait conquis frauduleusement, il sut résister aux caprices religieux de Théodora et aux dissidents ; plutôt que de céder, il se laissa traîner par les rues de Constantinople , une corde au cou, et jeter dans le fond d'une tour, où il resta jusqu'au moment où la mort du patriarche Anthime enleva tout prétexte à ces divisions.
Mais un nouveau conflit s'éleva à l'occasion des Trois Cha- 2)itres qu'on avait proposés au concile œcuménique de Chalcédoine, pour condamner Théodore Mopsueste comme partisan des opinions de Pelage ; Ibas, évèque d'Édesse , comme auteur d'une lettre peu catholique , et Théodoret de Cyr, qui avait écrit des injures contre le concile d'Éphèse. Ce synode les renvoya absous, en les réintégrant dans leurs églises ; mais Justinien les fit condamner par un autre , réuni à Constantinople. Les Occidentaux savaient peu le grec , et n'avaient lu ni Théodoret ni Ibas ; mais ils savaient que. le concile de Chalcédoine les avait reconnus orthodoxes , et que , dès lors , les réprouver, c'était infirmer l'autorité de ce concile. Telle était aussi l'opinion du pape Vigile; mais il finit par les condamner lui-même, sauf l'autorité du concile de Chalcédoine , et sous la condition qu'on ne discuterait plus à ce sujet ni de vive voix ni par écrit. Ce moyen terme déplut aux deux partis, aux adversaires des Chapitres à cause de la réserve , aux catholiques pour la condamnation , et It'S évêques d'Afrique, d'Iliyrie, deDalmatie, se séparèi-ent du pape.
Le faible Vigile, effrayé, révoqua sa propre décision; mais il promit en-même temps à Justinien de s'employer pour faire prononcer la condamnation selon les Trois Chapitres, avec prière de tenir son engagement secret et de laisser la chose en suspens jusqu'à la réunion d'un concile général. L'empereur, au contraire, publia de nouveau sa constitution , et le pape, mécontent de n'être point écouté, se sépara des Orientaux. Traité comme pri-