LES ICONOCLASTES
de dogmes très-simples, réduits presque à l'unité de Dieu, mais de morale complaisante, puisqu'elle rétablissait la pluralité des femmes et le droit de la force, que le christianisme avait proscrits. Soudain ses disciples, armés de cimeterres et d'intolérance, sortirent de leur péninsule en criant : « Il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète 1 » Persuadés que le triomphe de leur civilisation n'était possible que par la ruine de toutes les autres, ils dirigèrent d'abord leurs attaques contre les lieux où la religion chrétienne avait pris naissance, et s'emparèrent de Jérusalem et de la Palestine; puis ils soumirent avec une rapidité merveilleuse une grande partie de l'Asie, la lisière du nord et du midi de l'Afrique, et menacèrent l'Europe des rivages les plus voisins, du détroit de Gibraltar vers l'Espagne , et de l'Hellespont vers Constantinople. L'empire, dépouillé par eux de ses plus belles provinces, se vit contraint de défendre sa capitale, qui, assaillie plusieurs fois, ne dut son salut qu'à son heui'euse position.
Dans des circonstances aussi graves, que pouvaient les descendants d'Héraclius, qui, faibles, querelleurs, inhumains, empiraient la condition des pays qui leur étaient soumis, parmi lesquels se trouvait une moitié de l'Italie? Après l'extinction de leur race, vinrent des empereurs électifs. Léon, berger d'Isaurie, transformé en guerrier , avait si bien mérité par ses combats contre les Bulgares et les Sarrasins qu'il fut porté à l'empire. Sa bravoure promettait un vigoureux défenseur, son activité un excellent administrateur, et le serment qu'il avait prêté aux évêques de respecter les conciles et les décisions de l'Église, un bon chrétien ; mais il fut loin de réaliser les espérances conçues, et, sur le trône déjà troublé par tant d'hérétiques , il voulut afficher l'hérésie.
Tout le monde sait quelle profonde horreur Moïse avait inspirée aux Hébreux contre toute image d'hommes ou de la Divinité, parce qu'il connaissait leur tendance à confondre la représentation avec la chose représentée. 11 est probable que les chrétiens, sortis de synagogue, s'abstiurenl, dansl'origine, dedonneraneformesensibleà Dieu et aux saints; mais, outre qu'il est naturel à l'homme de vénérer la ressemblance des personnes chères ou estimées, les Romains depuis longtemps rendaient une espèce de culte aux portraits des empereurs vivants et morts. Il est donc à présumer que les chrétiens, attentifs à mettre au service de la vérité les instruments du mensonge , firent de bonne heure l'effigie du
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Christ et des Apôtres. Mais, comme l'igDorance peut confondre la copie avec l'original, et adorer ce qui était uniquement destiné à élever les aspirations vers l'Être suprême, certains Pères et des conciles condamnèrent les images, soit par antipathie personnelle, soit à cause du danger qu'ils prévoyaient; néanmoins l'Eglise, qui, inflexible dans le dogme, se plie dans les rites et la discipline aux exigences des pays et des temps, trouva cette rigueur superflue, lorsqu'elle cessa d'avoir un motif, c'est-à-dire quand on ne craignit plus l'idolâtrie.
Dès ce moment, on vit se multiplier les tigures des saints et du Sauveur, avec les images des sujets de l'Ancien et du Nouveau Testament; ces représentations alimentaient les beauxarts, qui jusqu'alors avaient puisé leurs sujets dans le paganisme, et charmaient les yeux des barbares pour lesquels le désir de connaître la composition de ces peintures était parfois un acheminement vers la connaissance des vérités évangéliques.
Mais de quelle chose n'abuse-t-on pas? Les abus poussèrent quelques rigoristes à condamner le culte des images, surtout lorsque les mahométans, ennemis de toute représentation de la Divinité, le reprochèrent aux chrétiens comme une idolâtrie. Léon risaurien, au nom de l'autorité que les empereurs s'arrogeaient sur les choses ecclésiastiques, le prohiba et détruiMt violemment les efflgies religieuses.
Les consciences se révoltent toujours contre quiconque prétend les opprimer, et le peuple, qui était affectionné à ces anciennes et saintes images, fit entendre des murmures de toutes parts. Bien que les prélats grecs parussent trop souvent soumis aux caprices des empereurs, le patriarche Germain protesta contre ce décret arbitraire, enécrivitau pape et aux évéques, soutenant le culte des images par le raisonnement, par l'autorité, par les miracles qu'elles avaient multipliés. La violence appelle la violence, et le peuple, troublé dans ses dévotions, se souleva furieux contre les briseurs d'images [iconoclastes] ; partout où les agents de Léon se présentaient pour les abattre, le peuple accourait les défendre à coups de poing, de pierres et de couteaux. L'empereur, pour être obéi, bannit le patriarche, et multiplia les rigueurs et les supplices.
L'Italie grecque ne fut pas épargnée ; le pape Grégoire II ayant exposé à l'empereur la doctrine de l'Église sur ce point, l'iconoclaste , pour toute réponse, réitéra l'ordre d'obéir sous peine de châtiment. Les Ravennates ne voulurent pas suppor-