GRÉGOIRE II ET LÉON L'ICONOCLASTE
ter cet excès de tyrannie, et le peuple soulevé massacra l'exarque avec tous ses partisans. Autant en firent les Napolitains; leur duc, Hexilarat, venu pour assassiner le pape, fut tué avec son fils par les Romains, qui, s'étant insurgés pour défendre dans la personne du pontife leur religion et leurs franchises, expulsèrent le gouverneur grec. Le soulèvement se propage dans toute l'Italie impériale et triomphe, parce qu'il est déterminé par un sentiment de justice et de religion, non par des subtilités que le peuple ne comprend pas, et dont il ne rapporte aucun profit. Armés pour leur propre défense, les Italiens repoussent l'hérésie et refusent le tribut, ne répandant que le sang qu'il est difficile d'épargner dans une première commotion du peuple, qui éprouve de la résistance (i). Les statues de Léon sont abattues, et la population s'accorde pour rompre toute espèce de relations avec ces Grecs, redoutés comme tyrans, méprisés pour leur faiblesse, odieux comme hérétiques; alors on choisit des magistrats nationaux à la place de ceux qui venaient de Gonstantinople ou de Ravenne, et l'on décide qu'il sera nommé un empereur dont Rome sera la résidence, pour faire la guerre à l'Isaurieu.
L'ambition des papes fut tellement étrangère à ce mouvement spontané que Grégoire intercéda pour Léon (2) , dans l'espoir qu'il reviendrait à la vérité ; par son influence, l'autorité impériale fut conservée à Rome et rétablie à INaples. Il est vrai que l'alfaiblissemeut du pouvoir grec avait pour résultat de consolider les institutions municipales, et, par suite, l'autorité des pontifes : les nobles, les consuls et le peuple recouvrèrent le droit d'intervenir dans les affaires, lorsqu'ils furent réunis en concile pour condamner l'opinion que l'empereur voulait leur imposer. Civita-Vecchia fut fortifiée, et l'on conclut une alliance avec les Lombards du Midi, tout en conservant les apparences de la
(1) Respiciens ergopiusvir (le pape) pro/anam principis jusaionem, jam coïdra imperatorem quasi contra hostem se armavit, renuensh^resiM EJDs, soibens ubiqiie sf. caveue Christianos eo qiiocl orta fuisset impietas talls, Igitnr permoli omnes Penlapolenses atque Venetianim exeniius, contra imperatoris j tissionem restiterunl, dicentes se mcniquam in ejusdem pontificis condescendere necein, sed pro ejus magis de- Jfensione viriliter decertai e. (Liber pontif. )
(2) Cugnita imperatoris nequitia, omnis Italia consilium iniit, ut sibi eligerent imperatorem et Constantinopolim ducerent; sed compescuit taie consilium pontif ex, sperans conversionem principis. (Anastase Bibl. , Vifa Gregorii fl.)