‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 12 sur 352 · FEMMES. TROUSSEAUX DE MARIAGE · texte numérisé non relu

FEMMES. TROUSSEAUX DE MARIAGE

« un corriginus de brocart d'or cramoisi avec ses ornements, et « un de brocart d'or azur avec sa garniture et des perles; une « ceinture (chiavacuore) d'argent doré avec son étui en argent « doré, deux taies d'oreiller tissues d'or, six oreillers verts en « tapisserie ; douze taies d'oreiller de tine toile de lin, avec des- « sins , un vêtement de damas blanc avec garniture dorée et un « collier de perles, un autre de drap noir à manches étroites « avec perles et garniture dorée ; un autre d'étoffe écarlate de « Londres, avec des franges de velours noir au collet, aux man- « elles et dans le bas ; une jupe {gamurra ou socca) de velours « bleu, et une autre d'étoffe de laine rouge; une paire de man- K ches de brocart d'argent azur, un vêtement de soie bleue à « manches étroites et brodé au collet ainsi qu'aux manches; un « autre d'écarlate à manches étroites et brodées, avec un collet (( à petits points ; un autre, azur, à manches étroites, brodé au « collet et aux manches; un autre, de velours noir, à manches « étroites ornées d'une garniture faite au métier; un autre, cou- « leur rose sèche, avec les manches de la même manière ; un « autre d étoffe vert obscur; une jupe de velours cramoisi , une « autre écarlate et une troisième d'étoffe bleue ; une paire de « manches de cannetille d'or, une autre d'étoffe cramoisie, une u autre d'argent couleur cramoisie, une autre bleu céleste; « enfin une autre paire de soie cramoisie , une autre de la « môme étoffe en noir, une autre de velours cramoisi et une « autre en vert; un corriginus d'argent doré fait à rayons {a « raziis) ; une ceinture d'argent doré, une courroie en tissu d'or « et avec garniture d'argent doré, etc. » François de Besozzo, notaire de la porte (lomazine, a passé acte de ces dons.

Le trousseau de Claire Sforza, qui se remaria, en 1 488, à un Campofregoso, fut encore beaucoup plus riche. « Dans la seule broderie d'une manche, on compte trente-six à quarante onces de perles : il y a soixante-sept perles de 1 ducat chacune ; dix-neuf de trois carats et de 8 ducats chacune; quatre de douze à quatorze carats et de 100 ducats chacune ; une de vingt-cinq carats valant 300 ducats ; deux rosettes de rubis, chacune du prix de 60 ducats ; un rubis en table avec quatre perles, valeur 70 ducats; quatre émeraudes en table, à 15 ducats la pièce ; une émeraude à facettes, 20 ducats; un collier de trois cent dix-sept perles, chacune de 1 ducat; une perle en forme de poire, de vingt-un carats, estimée 1,000 ducats; une chaîne d'or à cinquante-quatre tours, du poids de quarante onces; des pendelo-

ques avec un rubis balais en table au milieu, une pointe de diamant et une perle en poire, évaluées 2,000 ducats; une agrafe avec un rubis balais en table de 1,600 ducats (1). »

A Gênes même, selon le témoignage de Franco Sacchetti, « les fêtes du mariage durent quatre jours sans que la danse et le chant soient discontinués ; jamais on n'y offre ni vin ni bonbons, parce qu'on dit que faire ainsi, c'est congédier les invités; le dernier jour, et pas avant, la femme passe dans les bras de son mari. »

Comme le rôle des femmes sert à faire connaître les mœurs d'une époque, nous avons déjà mentionné Cia des Ubaldini,qui, chargée par son mari, François des Ordelaffi, de garder Césène, la défendit avec constance, gouverneur et capitaine à la fois, jusqu^au moment où elle la rendit tout en ruines à des conditions honorables pour les soldats ; il suffit pour elle de la protection que la générosité trouve, même auprès d'un ennemi. La tradition nous a fait aussi connaître Blanche de Rossi, femme de Jean de la Porta, gouverneur de Bassano, qui , après la mort de son époux, défendit la ville contre le tyran Ezzelin- Prise les armes à la main, elle se vit exposée aux outrages de son vainqueur; pour lui échapper, elle se jeta par une fenêtre et se rompit une épaule. Quand elle fut guérie, Ezzelin la déshonora par force ; mais, aussitôt qu'elle put jouir de la liberté, elle courut au tombeau de son mari, mit sa tête sous le couvercle et l'écrasa. Marguerite de Ravenne, devenue aveugle à trois ans, acquit des connaissances très-étendues, au point qu'on la consultait sur des points de théologie et de morale; elle mourut en 1505. Morata, fille de Danese Orsini et d'une Beccaria, fut tenue sur les fonts baptismaux, à Stradella, par Philippe Visconti. Pendant les fêtes de son mariage avec Jacques des Saracini de Sienne, elle s'amusait à lire auj lieu de danser, et devint un prodige de savoir comme de vertu. A Sienne, dans la magnifique réception faite à Frédéric III et à sa femme, elle se montra vêtue trop modestement ; mais elle répondit à ceux qui lui en faisaient le reproche : « Les matrones de Sienne ne doivent se parer que de modestie. » Quelqu'un lui ayant demandé quel était le chevalier, parmi la

(1) Voir Pezzana, HUt. de Parme, vol. III, doc. X, XV.

Dans les Antichità Estensi, vol. il, p. 376, on peut lire la description du riche trousseau que Julie de la Rovère, fille du duc d'Urbin, porta, en 1549, avec 20,000 écus d'or de dot, à son époux Alphonse II d'Esté.

foule de ceux qui faisaient cortège aux royaux époux, qui lui semblait le plus gentil, elle dit : « Je ne regarde que mon mari. » Les Siennois la tenaient pour une sainte. Quand le comte Jacques Piccinino les menaçait d'extermination, elle releva leur courage en leur promettant que la vierge Marie viendrait bientôt à leur secours, et que le comte ne tarderait pas à être châtié, ce qui arriva. Le Légendaire, si nous voulions y puiser, nous offrirait un grand nombre de femmes recommandables.

Retournons le tableau. La Padouane Speronella, fille de Delesmanno, était mariée, à quatorze ans, avec Jacopino de Carrare, quand le com.te Pagano, nommé gouverneur de Padoue par Barberousse, en devint épris, l'enleva bientôt et l'épousa. Ses parents, irrités, soulevèrent le peuple contre l'étranger, qui dut livrer les forteresses et rendre la liberté aux citoyens. Speronella fut alors mariée à un Traversari, qu'elle ne tarda point à quitter pour être la femme de Pierre Zaïisanno. Trois ans après, elle s'enfuit, afin d'épouser Ezzelin de Komano. Après avoir été accueilli à Monselice de la façon la plus courtoise par Olderic de Fontana, Ezzelin, de retour chez lui , ne cessait de vanter à sa femme les charmes de son hôte et sa mâle beauté ; ces éloges allumèrent dans le cœur de Fimpudique de tels désirs qu'elle fut bientôt, par messages, d'accord avec Fontana, auprès de qui elle s'enfuit. C'est ainsi qu'elle passait d'un maria l'autre, tandis que le dernier vivait encore; puis elle laissa un long testament, qui n'est qu'un catalogue d'églises et d'hospices, entre lesquels elle distribuait toute sa Ibrtune, 20 sous à celui-ci, 40 à celui-là, avec des sommiers, des courtes-pointes, des draps de lit, des couvertures de peaux; elle léguait à un hospice les oreillers sur lesquels elle avait dormi, des nappes et des serviettes aux pèlerins d'outre-mer, des terres et de l'argent à des évoques, pour réparer les dommages qu'elle aurait pu faire (1).

Donnina et Nisotta, l'une maîtresse de Barnabe, et l'autre de Jean-Galéas Visconti , avaient une cour, des musiciens et des ménestrels; elles envoyaient un don aux princes voisins, et nommément aux ducs de Savoie, des chiens, des chevaux, des capelines (2). Agnès, fille de Barnabe, et mariée à François Gonzague, seigneur de Mantoue, détestait son époux, et sa haine accrut quand il devint l'ami et l'allié de Jean-Galéas, meurtrier de

(1) De 1192, dans le Codice Eceliniano de Verci,

(2) Conto de' tesorieri generali di Savoia.

son père. Elle s'entendit bientôt avec Antoine de Scandiano, camérier de Gonzagne et son confident : mais la trame fut découverte par le mari, qui, après avoir dissimulé longtemps, les soumit à un jugement régulier, duquel ressortit leur culpabilité; alors, année 4391, il Ht pendre le camérier et décapiter sa complice, bien que femme d'un prince et belle-sœur de deux rois.

Leduc Marie-Philippe Visconti envoya sa femme au gibet pour crime d'infidélité. Nicolas , marquis de Ferrare, pour la même cause, infligea pareil supplice à la sienne, Parisina Malatesti, sans épargner son fils Ugo; Hercule Bentivoglio, dans un cas semblable, soumit à un jugement son épouse Barbara Torelli. Ces femmes peut-être étaient toutes innocentes; mais il est étrange de voir les maris attester publiquement leur culpabilité, eux qui ne rougissaient pas d'avoir des concubines et des bâtards, Galeotto jNIanfredi, prince de Faenza, épousa Françoise, fille de Jean Bentivoglio, qui le soupçonna bientôt d'infidélité : pour s'en assurer, elle écouta quand il conférait avec un astrologue ; mais elle apprit, au contraire, qu'il machinait contre son père, et, ne pouvant se contenir, elle entra dans le cabinet pour se répandre en invectives. Galeotto répondit et la frappa, ce dont elle informa son père, qui, s'étant approché de Faenza, de nuit et en armes, l'emmena avec lui ; il se préparait même à faire la guerre à son gendre, lorsque Laurent de Médicis, médiateur de toutes les récriminations, apaisa leur querelle et reconduisit la femme au mari . Françoise, néanmoins, poussée à la vengeance par de nouveaux motifs de jalousie, forma le complot de tuer Galeotto; ayant feint une maladie, elle le fit égorger par des sicaires apostés, au moment où il entrait dans sa chambre pour la visiter.

Il nous reste un acte singulier, par lequel Galéas-Marie Sforza, attendu les mœurs excellentes, la vie pudique, l'extrême beauiè de Lucie Mariano, et l'immense amour qu'il a pour elle, lui fait en partie, en partie lui confirme de grandes donations, à elle et aux enfants qu'elle lui a donnés ou lui donnera. Après avoir garanfi le don par les serments les plus sacrés , il lui impose l'obligation de vivre soumise à sa volonté, et de n'avoir jamais aucun rapport, non-seulement avec un autre homme, mais pas même avec son mari, sans tenir de lui une autorisation spéciale par écrit (1). Il ajoute de grandes menaces contre sa femme

(\) Diimmodo prœdictn Lucla marito siio per carnalem coptilam se. non coru-

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