‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 120 sur 352 · RÉFORME DES BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

RÉFORME DES BEAUX-ARTS

sanctuaire. Sous le beau ciel de Tltalie, dans la ville des beauxarts^ combien devait sourire à cette âme enthousiaste la pensée de les régénérer et de replacer la beauté dans le sein de l'Éternel, dont elle dérive! «Mais dites-moi un peu en quoi « consiste la beauté? Dans les couleurs? non. La beauté est une (I forme qui résulte de la proportion de tous les membres et de « la correspondance des couleurs. Voyez le soleil, sa beauté est u d'avoir la lumière; voyez Dieu, son extrême splendeur cons- « titue la beauté même. Les créatures sont d'autant plus belles « qu'elles participent davantage à la beauté de Dieu, et le corps « est d'autant plus beau que l'âme est plus belle. Prenez deux <( femmes également belles de corps, mais l'une sainte et l'autre « pervertie, vous verrez que la sainte sera plus aimée de chacun « que la pécheresse, et tous les yeux se fixeront sur elle, même les « yeux des hommes charnels. Prenez un homme saint, qui soit t( laid de corps, et chacun voudra ie voir volontiers; car, bien « que difforme, sa sainteté se manifeste et répand la grâce sur « son visage (1). »

De réloge du beau il passait à la censure de la licence des artistes : « Aristote, qui était païen, dit dans sa Politique qu'on « ne doit pas faire peindre des figures indécentes, à cause des « enfants, parce qu'en les voyant ils deviennent lascifs. Mais que « dirai-je de vous autres, peintres chrétiens, qui faites ces tlgu- « res nues? Ceux qui ont dans leurs maisons ces vilaines pein- « tures feraient bien de les brûler et de les détruire : ce serait là « une œuvre qui plairait à Dieu et à la vierge Marie. » S'élevant contre la profanation de la peinture d'église, il s'écriait : « Les « images de vos dieux sont les images et les ressemblances des « figures que vous faites peindre dans les églises ; puis les jeu- « ncs gens vont disant, à la vue de l'une et de l'autre : Celle-ci « est la Madeleine, celle-là est saint Jean, parce que vous fai- « tes peindre dans les églises les figures à la ressemblance dételle « ou telle femme. Si vous saviez le scandale qui en résulte, et que «je connais, vous n'agiriez pas ainsi. Croyez-vous que la vierge « Marie fût habillée de cette manière? Je vous dis qu'elle s'ha- « billait comme une femme pauvre, simplement , et qu'elle se « couvrait au point qu'on lui voyait à peine le visage. Il en était « de même d'Elisabeth. Vous ferez très-bien d'effacer ces ligu-

(1) Quatrième léte du troisième dimanche du carême.

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