‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 119 sur 352 · RÉFORME DES MŒURS · texte numérisé non relu

RÉFORME DES MŒURS

contraient quelques-unes de ces jeunes filles fastueuses avec des robes à queue et des vêtements déshonnêtes, ils les saluaient avec gentillesse et leur adressaient un reproche poli... de sorte que, depuis ce moment, elles renonçaient à une bonne partie de leur luxe, sinon de bon gré, au moins par honte. De même les hommes infâmes et vicieux , dans la crainte d'être découverts et montrés au doigt, s'abstenaient de beaucoup de choses. »

On ne voyait plus de viande les jours prohibés , et l'on dut modifier la taxe que payaient les bouchers. Les mariages, toujours accompagnés de communion et de sermon , et suivis parfois du vœu de chasteté, étaient célébrés avec une grande tempérance; néanmoins ceux qui voulaient s'amuser se réunissaient au nombre de vingt ou de trente dans quelque endroit délicieux, comme les jeunes gens duDécameron, et, après avoir communié, passaient la journée en chantant des psaumes et dans de pieux entretiens , ou portaient en procession la Vierge et l'enfant Jésus. Cette jeunesse, naguère pétulante et débauchée, se réunissait autour du foyer domestique pour réciter le rosaire; dans les jours de fête, elle allait par bandes cueillir des rameaux d'olivier, et s'asseoir dans les prés en chaqtant les laudes que Savonarola avait composées (1), sauf à les adapter à des airs consacrés à la frivolité et à l'immoralité. De cette manière, la science, la poésie et la musique se régénéraient.

Pour favoriser l'étude des arts du dessin, frère Jérôme imaginait quelque chose de semblable aux loges des francs-maçons; il voulait annexer au couvent une école, où les frères convers s'exerceraient dans la peinture et la sculpture, à l'ombre du

(1) Poésies de JérdmeSavonavoUi, piiiiliéesj avec éclaircissements, par Audin de Rians; Florence, 1847. Elles moulrcul que frère Jérôme, jeune et dans l'âge niùr, cultiva les muses avec passion, mais sans succès; ses vers furent souvent arrangés par l'autre poëte dominicain, Benoît Fiorentino, duquel sont les poésies publiées par Audin, comme le prouve le manuscrit original possédé par les liorromée de Milan, et qui en contient beaucoup d'autres. Les vers du prologue révèlent l'intention de l'auteur :

Onnipotente Iddio,

Tu sai quel che bisogna al raio lavoro

£ quale i: il mio desio :

lo non ti cliiedo scettro ne tesoro

Corne quel cieco avare.

Ne che città o caslel per me si stiua,

Ma sol, Signor mio caro ,

Vulnera cor meum caritate tua.

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