‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 140 sur 352 · L ARMÉE DE CHARLES SE DEBANDE · texte numérisé non relu

L ARMÉE DE CHARLES SE DEBANDE

jusqu'au moment où Charles, ne pouvant la dégager par les armes, la sauva au moyen d'un traité, par lequel il cédait cette ville à Sforza. Sur ces entrefaites arrivèrent les Suisses, non pas au nombre de cinq mille, comme l'avait demandé Charles , mais de vingt mille; bien plus, les femmes et les enfants seraient venus, si l'on n'avait pas établi des gardes pour les arrêter: tant la fertile Lombardie excitait leur cupidité.

Les négociations se multipliaient et se croisaient dans tous les sens. Mais Charles jouissait à Chieri de l'amour d'Anne Solera, et la noblesse française, insolente dans la victoire, incapable de supporter les revers, répétait qu'il y aurait imprudence à exposer le roi à un nouveau péril ; aussi, loin de renouveler les hostilités avec ce puissant renfort, elle voulut qu'on renvoyât les Suisses, qui, trompés dans leur espoir de faire du butin, se jetèrent sur le camp français. Charles, qu'ils voulaient arrêter comme garantie de leur paye, eut de la peine à s'échapper par la fuite, et fut obligé de promettre un demi-million de francs à ces amis, plus incommodes que des ennemis. Un corps de Français, qu'il avait laissé à Asti sous Trivulce, pour tenir ce passage ouvert, ne tarda point à déserter.

Restait la garnison de Naples. En lui donnant l'ordre de se retirer, il eût abandonné aux vengeances les individus qui l'avaient favorisé; mais en la laissant, il la sacrifiait inévitablement. Ferdinand Il reparut en effet, recouvrant les villes au milieu du sang; Maures, Grecs et Français égorgeaient et pillaient à l'envi. Le peuple, furieux, éventrait les Français; les bandes d'assassins que le gouvernement tolérait dans l'espoir d'en faire de bons soldats, frappaient impitoyablement quiconque s'écartait des rangs de l'armée, Fabrice et Prosper Colon na, que Charles avait gagnés à force de dons, l'abandonnèrent dès qu'ils n'eurent plus rien à espérer de lui. Alphonse d'Avalos, marquis de Pescaire, tué alors en trahison, Gonsalve de Cordoue, surnommé le Grand Capitaine, et surtout la peste, rendaient chaque jour plus critique la situation des Français, qui n'étaient soutenus que par les Orsini.

Les deux armées, réduites à la plus grande pénurie d'argent, d'autant plus que les sources ordinaires étaient épuisées, se présentent dans la Pouille afin de percevoir chacune l'impôt que l'on payait pour faire paître les troupeaux ; dans quelques heures, elles tuent six cent mille têtes de menu bétail et deux cent mille de gros. La boucherie d'hommes n'était pas moindre. Les

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