STATUTS DE SAVONAROLA
les anges qui font le bien, et les Huit de garde les anges qui empêchent le mal: c'est de pareilles idées mystiques qu'il revêt ses réformes, du reste misérables quand elles p'ont pas le cachet de l'imprévoyance. Afin de rétablir les finances, chacun devait contribuer pour le dixième de ses propriétés foncières; puis, comme il voulait conduire à la réforme nîorale par le chemin de la liberté, il fit par des mesures exagérées la guerre aux mœurs perverties; pour combattre la sodomie et le jeu effréné, il recourait à la délation domestique (1) : «Exposition des courtisanes au son des trompettes; si quelqu'un joue 50 ducats, qu'on lui envoie dire que la commune en a besoin de 1000, et qu'il les donne; que les blasphémateurs aient la langue percée; les boutiques, excepté les pharmacies, seront fermées les jours de fête; le dimanche, les débiteurs pourront sortir sans danger pour entendre la messe et le sermon, »
De la conception primitive dérivaient des conséquences excessives. Si le gouvernement est modelé sur celui du ciel , en parler mal sera une impiété ; les décrets sont des ordres divins communiqués par la voix des prophètes, et, comme tels, indiscutables ; le messager de Dieu s'occupera des choses les plus minimes, introduisant l'espionnage et la discorde dans les familles : de là des inimitiés et la malveillance, tandis que la guerre au luxe tuait l'industrie, vie de Florence.
Parmi \e&piagnoni les principaux étaient Pierre-François Yalori et Paul-Antoine Soderini ; Gui-Antoine Vespucci guidait les oligarques, qui , habitués à exercer les commandements, les magistratures, et désireux de les conserver, portaient le nom de compagnacci (mauvais compagnons) ou d'arrabbiati (enragés), à cause de leurs vociférations contre l'impudence et la versatilité de la plèbe. Les palleschi ou bigi, fauteurs des Médicis, ou plutôt ennemis de toute réforme dans les coutumes, se rapprochaient quelquefois des piagnoni, parce qu'ils étaient les adversaires de la balia.
(1) "On devrait faire une loi pour déclarer libres lese^plavps <!"> révélerîtient quand on joue dans la maison de leurs maîtres , et pour donner aussi une réicoœpense aux serviteurs dénonçant le même délit. » (Sermon du 12 mai 1496.) 11 y avait donc des esclaves. Peu avant , Savonarola avait dit aux femmes : « J'apprends que les femmes n'allaitent pas leurs enfants. Vous faites mal en- « core, parce que vous les donnez à nourrir aux esclaves; ce premier lait exerce « une grande influence sur l'enfant, et vous n'êtes mères qu'à moitié, pas même <!■ à moitié. » (Sermon du l" avril.)