‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 162 sur 352 · ROMAGNE · texte numérisé non relu

ROMAGNE

réunir l'Orient, repousser l'islam; mais l'Europe commençait à fermer l'oreille à ses exhortations. Dès lors il se fit puissance italienne, cherchant par des ligues et la guerre à obtenir la suprématie dans la Péninsule ; depuis qu'il ne pouvait diriger les peuples dont il avait surveillé l'adolescence, il espérait faire de l'État ecclésiastique le point d'appui au moyen duquel il donnerait l'impulsion au monde. Adoptant alors les idées païennes, qui prévalaient, 'il crut le despotisme nécessaire : mais ce pouvoir, outre qu'il ne convenait pas au successeur de Pierre, était incompatible avec un chef électif; il fut donc contraint de s'appuyer sur des puissances étrangères, tandis qu'il devait empêcher que des étrangers prédominassent en Italie, et maintenir la balance entre ses différents États. Par le haut domaine sur le royaume de Naples, et comme chefs du parti guelfe en Lombardie et dans la Toscane, les papes jouaient un rôle considérable dans les affaires de la Péninsule ; mais les oscillations politiques tournèrent contre eux les monarques rivaux et l'opinion populaire, jusqu'au moment où leur puissance extérieure suct comba sous les monarchies absolues et le protestantisme.

Durant tout le moyen âge, les pontifes, comme princes temporels, s'étaient trouvés resserrés entre les barons et le peuple. Avec leurs petits domaines, ceux-là entouraient la métropole, dont ils formaient pour ainsi dire le blocus ; celui-ci montra toujours des prétentions, soit en face des Césars, auxquels il conférait le titre d'empereurs romains, soit en face du pontife, qui devait représenter la domination de la ville éternelle sur les couronnes, les intelligences et les volontés. Réduits à l'autorité pohlique, les papes durent s'affranchir de la violence féodale et de la turbulence populaire. Ils étaient parvenus à soumettre la ville de Rome en privant le sénat de toute représentation : mais quelques cités de la Romagne avaient conservé ou recouvré le gouvernement municipal, comme Ancône, Assise, Spoléte, Terni, Narni; la plupart avaient pour maîtres de petits seigneurs, qui, bien que vaincus, conservaient l'autorité sous le nom de vicaires pontificaux, sauf à reconnaître la suprématie du pape, à lui promettre une redevance annuelle qu'ils payaient rarement, et à lui fournir des soldats et des capitaines, grâce auxquels il avait pesé dans les événements.

Quiconque voudrait écrire une histoire particulière de la Romagne trouverait des matériaux abondants, mais salis par les révolutions, le sang et les trahisons. Jules de Varano dominait

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