‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 206 sur 352 · JULES II RÉCONCILIE AVEC VENISE · texte numérisé non relu

JULES II RÉCONCILIE AVEC VENISE

3 octobre.

2!i février.

Mais les gentilshommes tiidesques ne daignaient pas non plus s'aventurer parmi la pédaille, et Maximiiien congédia son armée pour se retirer à Vérone. La flotte vénitienne, qui assaillait Ferrare pour châtier la déloyauté de son duc, révolté contre la république sous la protection de laquelle il avait grandi, fut détruite à la Polesella, et le comte de Pitigliano, l'âme de cette guerre , cessa de vivre. Malgré cette double perte , les choses prenaient une meilleure direction. Louis Malvezzi, puis Jeau- Paul Baglione reçurent le bâton de généralissime, et l'on donna le commandement de l'infanterie à Renzo de Geri des Orsini, avec permission d'employer les armes déposées dans les arsenaux.

La politiq\ie réussissait mieux aux Vénitiens que les armes. Le roi Louis , après avoir recouvré tout ce que lui assignait la convention de Cambrai, songeait à quitter l'Italie, où il aurait vu à regret l'Autriche prendre racine, d'autant plus qu'il comptait médiocrement sur le versatile Maximiiien. Elle avait apaibé Ferdinand le Catholique en lui ouvrant les cités dont elle s'était emparée sur la côte napolitaine; ce roi s'opposa donc à ce que Venise fût assaillie, en alléguant qu'on ne s'était allié que pour lui enlever la terre ferme; mais le motif réel, c'est qu'il désirait que la guerre traînât en longueur, afin que Maximiiien ne pût se mêler de la tutelle de son neveu Charles. La seigneurie offrit au pape tout ce qu'elle occupait enRomagne,à la condition qu'il l'absoudrait; elle renonçait à l'appel fait au futur concile, en promettant de ne mettre aucun obstacle à la juridiction ecclésiastique, et de laisser aux sujets pontificaux la liberté de naviguer sur l'Adriatique. Jules II leva donc l'interdit et admit ses ambassadeurs à lui baiser d'abord le pied, puis la main, enfin la bouche (1) ; voulant toujours gouverner sar.s souffrir de supérieur, il revint à son projet, qu'il n'avait abandonné que par vengeance, d'expulser les barbares de l'Italie. Plein de mépris pour Maximiiien, il redoutait Louis XII, et, comme ce roi devint le but de ses inimitiés, il sollicita contre lui Henri VIII, nouveau souverain de l'Angleterre. Puis il réclama pour la chambre aposto-

(1) La bénédiction se fit ainsi : Il y avait cinq aniljassadeurs vénitiens qui, après le traité, s'agenouillèrent devant le pape; puis, trois fois en public, sous le vestibule de Saint-Pierre à Rome, ils baisèrent d'abord le pied du pape, <nsnite la main, enfin la boucbe. Cette cérémonie terminée, on ouvrit les portes de Saint-Pierre, et les ambassadeurs, placés derrière les cardinaux, assistèrent à la messe papale , à la fin de laquelle ils furent bénis. » (Prato, Cliroii. milanaise.)

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lique, comme provenant de bénéfices ecclésiastiques, les 11 millions que le cardinal. d'Amboise avait laissés en mourant; cette somme était le fruit de la sage administration des finances françaises, sage, mais non pas désintéressée. Malgré les prétentions de la France, il donna à Ferdinand l'investiture, toujours disputée, des Deux-Siciles ; puis il tourna ses regards vers les montagnes suisses, qui réunissent la neige et le courage, et du haut desquelles roulent sur la Lombardie l'avalanche et le mercenaire.

Mathieu Schinner, jeune berger du Valais, montra tant d'intelligence que ses parents l'envoyèrent étudier à Côme. A l'âge de dix-sept ans, il savait le grec, l'italien et le latin; son instruction le fit appeler auprès de l'évéque de Sion, auquel il succéda. Chrétien et Suisse, il voulait l'indépendance de l'Église et de ses montagnes, menacées par la domination française en Italie. Il prêchait donc la guerre à ses compatriotes, et jamais, depuis saint Bernard, personne ne fut écouté comme lui. Exerçant la double fonction de prêtre et de guerrier, il s'attribuait le titre de duc de Savoie, et donnait celui de marquis de Saluées à l'un de ses frères. Jules II, l'ayant nommé cardinal et légat pontifical en Lombardie, fit avec lui un traité pour obtenir six mille soldats destinés à protéger l'Église contre tous ses ennemis, sans distinction. Ces mercenaires franchirent les Alpes , précédas de l'étendard sous lequel ils avaient vaincu Charles le Téméraire , et qui portait cette inscription : Vainqueurs des princes, amis de la justice, défenseurs de la sainte Eglise romaine. Mais bientôt, atterrés par la valeur ou vaincus par l'argent de Gaston de Foix, ils retournèrent dans leurs montagnes.

Hercule !*■■ d'Esté avait agrandi Ferrare et construit hors des murs un parc magnifique, à l'usage du public ; il bâtit et dota des églises et des monastères; le jeudi saint, il donnait à manger à cent cinquante pauvres; sa chapelle brillait entre toutes par ses chanteurs et ses musiciens; il offrait des chasses, des joutes et des tournois. Chaque année, il faisait représenter la Passion du Sauveur, ou l'Annonciation, ou la vie de quelque saint, avec une magnificence incroyable. A ces spectacles anciens il joignait le spectacle tout nouveau de quelque comédie de Plante ou de Térence, et de pièces composées alors, ce qui fut l'origine du théâtre permanent ; il avait à sa cour Mathieu Bojardo, Pandolphe Colenuccio, Tito Strozza et Hercule, son fils. Nicolas Leoniceno, Pellegrino Prisciano, Antoine Cornazzano, Baptiste Gua-

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