‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 205 sur 352 · LES ALLIÉS FONT LA GUERRE AVEC CRUAUTÉ · texte numérisé non relu

LES ALLIÉS FONT LA GUERRE AVEC CRUAUTÉ

les promesses trompeuses, les rigueurs après la victoire , elle ne chercha jamais à se rapprocher de lui. Antoine Giustiniani, malgré les graves périls qui le menaçaient comme excommunié, se rendit auprès de Maxirailien, qu'il essaya de fléchir par des paroles de soumission et la promesse de satisfaire à toutes ses réclamations (1) ; mais l'empereur, qui jusqu'alorsn'avaitpasbougé^ s'opiniâtrait : « Je veux , disait-il, que Venise soit anéantie , la ville même occupée et partagée en quatre juridictions, une pour chacun des souverains , qui élèveront une forteresse dans chacune. » Du reste, il se donnait des airs de grand politique en ne révélant ses desseins à personne, et de grand guerrier en promenant ses troupes dans les pays qu'il avait recouvrés par les efforts des autres. Lorsqu'il fut informé que Padoue se trouvait au pouvoir de Venise , que Vicence avait ouvert ses portes au provéditeur André Gritti, et que l'armée s'était emparée de Bassano, Feltre, Bellune, Castelnuovo, du Frioul, Monselice, Montagnana, la Polésine de Rovigo, il accourut avec des troupes sans ordre ni discipline, qui laissaient après elles d'horribles traces, et conduisaient jusqu'à des chiens dressés à prendre et à déchirer des hommes.

Les Allemands incendièrent Monselice, où furent brûlés les Stradiots qui en formaient la garnison; ils recevaient sur les pointes de leurs piques ceux qui se précipitaient du haut des nmrailles envahies par les flammes. D'un autre coté, les lansquenets, qui ne touchaient aucune paye , volaient partout afin de se dédommager, et Vérone fut saccagée trois fois dans une semaine (2). Six cents Vénitiens, qui s'étaient réfugiés dans une grotte appelée le Covolo de Masano, y furent étouffés par la fumée du bois que les soldats alluiiièrent à l'ouverture. Un spectacle horrible s'offrit à leurs regards quand ils pénétrèrent dans l'intérieur pour voir leurs victimes; entassés dans le fond de la grotte, les cadavres tenaient étroitement serrés les êtres chéris, ou laissaient voir les traces d'une fureur désespérée. Quelques femmes avortèrent; une tenait sous sa robe ses six enfants, comme dernier

(1) Guicciardiiii met dans la bouche de Giustiniani un de ses discours habituels , qu'il prétend avoir traduit de l'original latin. Le sens en est si bas que les Vénitiens le repoussent comme calomnieux ; beaucoup d'entre eux, et Raphaël de la Torre, Théodore Gransvinckel, etc., le combattent par de bonnes raisons ; d'autre part, ce discours est défendu comme authentique par le cardinal de la Cueva, Caringio, Goldast dans la Politique impériale, et par d'autres.

(2) FleuuaNGK, Mémoires, tome XVI, p. G3.

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abri. Un jeune homme, le seul qui survécût , raconta que des nobles voulaient aller offrir de grosses rançons, mais que les autres les avaient empêchés de sortir, afin que tous subissent le même sort. Ces atrocités se reproduisaient ailleurs , et , chose horrible, les Français s'attribuent ce fait, que d'autres reprochent aux Allemands ; puis leurs chroniqueurs se raillent de ces manants de Venise pendus aux créneaux.

Padoue, où s'étaient réfugiés une foule de gens qui quadruplaient sa population ordinaire, fut assiégée par JMaximilien avec septembre, cent mille soldais, allemands ou français, payés au moyen du pillage et surexcités par l'espoir d'une plus riche proie ; il avait deux cents canons tellement gros que plusieurs ne pouvaient se monter sur affût. L'empereur lui-même resta bravement exposé aux batteries de la place; mais il ne connaissait pas la constance, et ne trouvait aucun moyen de satisfaire les prétentions des chevaliers. Une fois, il envoya l'ordre au général français la Palisse de mettre à pied ses hommes d'armes, pour monter à l'assaut avec les lansquenets; mais le chevalier Bayard répondit : «Com- « ment mettre à pied tant de nobles, et les exposer avec des fance tassins qui sont cordonniers , maréchaux-ferrants, boulangers « et gens de métier auxquels l'honneur n'est pas cher comme « aux personnes bien nées"? N'a-t-il pas beaucoup de comtes, « de seigneurs, de gentilshommes d'Allemagne? Qu'il les mette « à pied avec les gens d'armes de France, et nous leur montre- « rons volontiers le chemin; puis suivront les lansquenets (1). »

(1) Pense l'empereur que ce soit chose raisonnable de mettre tant de noblesse en péril et liazart avecques des piétons, dont l'ung est cordonnier, l'autre maresclial , f autre boulengier, et gens mécaniques , qui n'ont leur honneur en si grosse recomandation que gentils hommes! c'est trop regarder petitement, sauj sa grâce à luy .

Ce siège est décrit longuement dans Y Histoire du bon chevalier, c'est-à-dire Bayard . Desja estoit bruist par tout le camp , que l'on donnerait l'assault à la •ville sur le midy, ou peu après. Lors eussiez veu une chose merveilleuse ; car les preslres estaient retenus à poids d'or à confesser, pource que chascun se voulait mettre eu bon estât ; et y avoit plusieurs gens d'armes qui leur bailloient leur bourse à garder ; et pour cela ne fault faire nulle doubte que messeigneurs les curez n'eussent bien voulu que ceulx dont ils avaient l'argent en garde [eussent demeurés à l'assaull. D'une chose vculx bien adviser ceulx qui lysent cesle histoire ; que cinq cens ans avoit qu'en camp de prince ne fut veu autant d'argent qu^il J en avoit là; et n estoit jour qu'il ne se desrobast trois ou quatre cens lansquenetz qui cmmenoient beufr. et vaches en Alemaigne, liclz, hlcds^ soyes à filer, et autres ustensilles ; de sorte que audit Padouau fut porté dommage de deux millions d'escus, qu'en meubles, qu'en maisons et palais brus/rz ci destruitz, illST. DES ITAL. — T. Vil. 22

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