JULES II SE BROUILLE AVEC LES ALLIÉS
une plus grande impétuosité, tandis qu'une guerre contre la puissance ecclésiastique soulevait des scrupules chez beaucoup de Français, et surtout chez Anne de Bretagne, femme du roi. Dès lors, le maréchal Trivulce, à qui Ton avait rendu le commandement suprême après la mort de Chaumont, ne pouvait agir qu'avec hésitation. Louis lui-même demandait pardon au pape, qu'il combattait; néanmoins, comme il ne réussit pas à le calmer, il en appela à un concile général pour qu'il déclarât son élection nulle, et fit battre une médaille avec ces mots : Perdam Babylonis notnen.
Depuis le concile de Bàle, l'Allemagne retentissait de plaintes contre Rome , contre l'ignorance et l'avidité des nonces et des prélats, contre la vente des indulgences, les annates et les expectatives. En conséquence, l'empereur Maximilien, comme protecteur de l'Église, convoqua un synode à Pise sous la protection des Florentins, qui, épuisés par la dernière guerre, étaient restés neutres, bien qu'ils inclinassent pour la France. Jules II s'indigna de l'outrage fait à la dignité papale, dont il était si jaloux, et l'interdit qu'il lança fit que bien peu de prélats se réunirent; encore furent-ils insultés par le peuple à Pise comme à Milan, où ils se transférèrent ensuite.
Pontife singulier, qui a besoin d'intrigues, de négociations, de guerre ! Infatigable même dans l'âge de la décrépitude , supérieur aux considérations personnelles comme aux intérêts de famile, il était inflexible quand il s'agissait d'une chose qu'il croyait désavantageuse au saint-siége. Après avoir obtenu satisfaction des Vénitiens, il trouvait impardonnable que d'autres persistassent dans une guerre qu'il avait provoquée dans ce but unique. 11 organisa donc une ligue qui fut appelée sainte, parce qu'elle avait pour objet de prévenir le schisme et de rendre Bologne à Saint- 5 octobre. Pierre. Dans cette ligue entrèrent Venise et le roi Ferdinand , lequel, habile à couvrir son ambition d'un masque de piété, espérait trouver l'occasion d'acquérir la Navarre espagnole. En effet, sous le prétexte de faire la guerre aux infidèles, il demanda des subsides aux Aragonais , et, tandis que tout le monde croyait qu'il se dirigeait sur l'Afrique, il avait débarqué en Italie avant qu'on connût son traité avec le pape.
Jules II voulait entraîner dans cette cause l'Angleterre ellemême; à cet effet, et tandis que le parlement se trouvait réuni, il envoya à Londres une galéasse chargée de vin, de jambons et d'autres choses délicates, qui le firent porter aux nues, et