CONSEILS DE LAURENT DE MÉDIGIS
noyer à la bataille de Garigliano; Julien entra dans la famille du roi de Franco et fut créé duc de Nemours; Jean, né en 1475, fut destiné à l'Eglise dès le berceau, et son père inscrivait avec complaisance dans les registres de sa maison les bénéfices ecclésiastiques à mesure qu'ils s'accumulaient sur la tête de cet enfant. « Le 49 mai 1483 , je reçus la nouvelle que le roi (( de France avait de lui-même donné à notre Jean l'abbaye « de Fontedolce... Le 31, j'appris que le pape la lui avait con- « férée, en le déclarant apte à posséder des bénéfices dès l'âge « de sept ans... Le 8 juin, le courrier Jacopino vint de France « vers les treize heures avec des lettres du roi, qui avait donné à « notre Jean l'archevêché d'Aix en Provence, et l'enfant, sur le « soir, fut envoyé à Rome pour cela... Le 15, à six heures de « nuit, des lettres venues de Rome m'apprirent que le pape fai- « sait difficulté de donner l'archevêché à messire Jean à cause c( de son âge, et j'envoyai aussitôt l'enfant lui-même au roi de « France. »
Nous aimons à trouver ce tendre père de famille au milieu des réminiscences dissolues , ce prince citoyen au moment où les cours s'introduisaient. En envoyant au pape, en 1484, son cher Pierre, qui avait déjà quatorze ans, il lui donnait de sa main des instructions minutieuses, et lui enseignait les politesses dont il devait faire usage avec les seigneuries et les particuliers : «Dans « les temples et les lieux où se réuniront les autres fils d'am- « bassadeurs, conduis-toi envers tes égaux gravement, poliment, « avec bienveillance; garde-toi de les précéder s'ils sont plus « âgés que toi, parce que, bien que tu sois mon fils, tu n'es « qu'un citoyen de Florence, comme ils le sont aussi. Lorsque « Jean jugera convenable de te présenter séparément au pape, « après t'être bien infoiiné de toutes les cérémonies d'usage, tu « te présenteras à Sa Sainteté , à laquelle tu présenteras ma « lettre de créance, en la suppliant de daigner la lire. Le jour où « tu auras à lui parler, tu commenceras par me recommander « humblement à Sa Béatitude, comme je me recommandai à son « prédécesseur de sainte mémoire...
« Tu feras entendre à Sa Sainteté que, après m'avoir recom- « mandé à ses bonnes grâces , l'amour fraternel t'oblige à « lui recommander encore Jean, lequel j'ai fait prêtre, en m'ef- « forçant de lui donner des habitudes et une instruction telles « qu'il n'ait point à rougir au milieu des autres. Toute monespé- « rance, de ce côté, repose sur Sa Béatitude ; comme il a com-