CONSEILS DE LAURENT DE MÉDICIS
« mencé à lui témoigner quelque affection , tu la supplieras « qu'elle daigne continuer, de manière que ces nouveaux bience faits s'ajoutent aux autres obligations de notre maison envers « le siège apostolique : c'est au moyen de ces paroles et d'autres « que lu la solliciteras, en t'ingéniant à gagner ses bonnes grâ- « ces le plus que tu pourras. Tu recevras mes lettres de créance « pour tous les cardinaux, lesquelles tu remettras selon que « tu jugeras convenable. En général, tu me recommanderas à « tous... Tu visiteras tous les seigneurs de la maison Orsini qui « se trouvent à Rome , en leur témoignant la plus grande défé- « rence en tout , en me recommandant à leurs seigneuries « et en t'offrant comme leur fils dévoué et leur serviteur ; car ils « ont daigné nous reconnaître pour leurs parents , ce qui t'im- « pose, à toi, une plus grande obligation , puisque ta naissance « en est plus illustre : tu feras donc tous tes efforts pour recon- « naître cette faveur, au moins par ta bonne volonté.
« Je t'envoie Jean Tornabuoni , à qui tu obéiras en toute « chose; ne fais rien sans le consulter, sois modeste avec lui, « bienveillant et grave avec tous, ce à quoi tu dois d'autant plus « t'attacher que ton âge le comporte moins. Et puis, les hon- « neurs et les flatteries dont tu seras l'objet deviendront pour « toi une cause de grand péril , si tu ne sais point te modérer, « et ne te rappelles pas souvent qui tues. Si Guillaume (1), ou ses « fils, ou ses neveux, viennent te voir, reçois-les gracieusement, « mais avec réserve et gravité, en témoignant de la pitié pour « leur sort, en les encourageant à bien faire, et à tout espérer c( d'une bonne conduite. »
L'objet principal de cette mission était d'obtenir pour Jean le chapeau de cardinal, qui lui fut accordé avant l'âge de treize ans révolus. Afin de diminuer le scandale de cette précoce libéralité, il ne fut autorisé à revêtir la poupre et à siéger dans le consistoire que deux ans plus tard. Les conseils que Laurentlui donna dans celte occasion sont ceux d'un père à son fils qui entre au collège : « Le premier conseil que je vous adresse, c'est que « vous devez vous efforcer de vous montrer reconnaissant ence vers monseigneur Domenedio; puis rappelez-vous à toute « heure que ce ne sont ni vos mérites ni votre sagesse, mais «Dieu qui vous a miraculeusement fait cardinal; montrez-lui « votre reconnaissance par une vie sainte, exemplaire et hon-
(1) Des Pazzi, ceux qui avaient conspiré.
HIST, DES ITAL. — T. Vil. 23