‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 232 sur 352 · LEUR RIVALITÉ · texte numérisé non relu

LEUR RIVALITÉ

battre en personne , compliqua et compromit les destinées de son pays.

Réfléchi dès son jeune âge et de perception prompte, Charles s'entoura d'hommes de cabinet, sans toutefois s'abandonner à personne; inexorable, circonspect, il ne se guidait que d'après son avantage personnel, et savait attendre, conformément à sa devise : Nondum. Les faciles conquêtes de l'Amérique devaient l'exalter, au point de lui faire embrasser l'univers dans son ambition ; se trouvant le plus grand potentat de l'Europe, en contact avec tous les pays , auxquels il se rattachait par quelques points, il pouvait donc ambitionner une monarchie universelle, sinon comme domination immédiate, au moins comme suprématie. Cette idée fut nourrie par des victoires plus heureuses que méritées, qui éblouirent les contemporains et jetèrent ses sujets dans cet étourdissement où l'on répute héroïsme l'obéissance aveugle du soldat, et honorables tous moyens quelconques pourvu qu'ils rapportent profit et gloire au maître (1).

Mais Charles ne représentait pas l'empereur sacré du moyen âge , et n'était point encore le monarque constitutionnel des temps modernes ; il trouvait d'ailleurs un obstacle dans l'étendue môme de ses États, qui, séparés les uns des autres, de nature diverse, et jouissant tous de quelque liberté, lui mesuraient avec une grande parcimonie l'argent et l'obéissance. François avait un royaume compacte, avec des seigneurs plus dociles, un pouvoir plus concentré, une infanterie nationale au lieu de mercenaires, un clergé soumis , une administration organisée de la manière la plus propre à lui donner de l'argent en grevant les sujets le moins possible; aussi, Charles lui ayant demandé combien lui rendait son royaume, il répondit : Autant que je veux (2). N'oublions pas ce fait, comme révélation de l'époque, que François I" tit alliance avec les Turcs, exposant l'Europe à une invasion de ces barbares, contre lesquels Charles fut toujours sur la brèche.

(1) Laissant de coté le flatteur Jove, le tro[) sévère Sleidan, les autres liistoriens et Rol)ertsoii lui-même , très-imparfait, depuis que l'on connaît tant de nouveaux documents , le docteur Vehse a écrit une vie de Charles en le dénigrant ; mais ce prince est mieux jugé dans des œuvres postérieures, parmi lesquelles mérite une attention particulière la Correspoiidenz des Kaisers Cari V, ans dt;ii K. Arcltiv. uni der Blbllolkc^ue de Bourgogne zu Briisselle mittgetheUt von Dr Cari Lanz; Leipzig, 1844.

(2) Relation de Jean Corner à la Seigneurie vénitienne, dans les Relut, des amù., II, 144 ; Paris, 1838.

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