COMMENCEMENTS DU THEATRE
nientionne le théâtre où «les histrions chantaient^ comme aujourd'hui on célèbre Roland et Olivier; le chant terminé, les bouffons et les mimes touchaient de la guitare et dansaient en rond avec un mouvement décent du corps» (1). Albertin Mussato parle de la coutume^ qu'il donne comme ancienne, de chanter sur les tréteaux et dans les théâtres des exploits de capitaines et de rois. Anselme de Faydit, de Provence, vendait des comédies et des tragédies, et composa pour Boniface, marquis de Montferrat, VHercsiu dels Preyres , i\\\\ fut représentée (2). Les conciles défendirent souvent les représentations comme une source d'impiété. Thomas d'Aquin examinait la question de savoir si quelqu'un, privé de tout autre moyen d'existence, pouvait être acteur : tant l'art de l'histrion était loin d'avoir péri!
On devine sanspeineque lesformesde ces théâtres étaient grossières, et nul l'art de la mise en scène. D'étranges anachronismes se mêlaient à des indécences ; mais toute chose était soutenue par un appareil de machines à grand spectacle qui charmait le vulgaire.Un fait choisi, on mettait en action les accidents l'un après l'autre, sans souci de l'unité ou de l'intérêt; siunjourne suffisait pas, on continuait pendant un second et même un troisième. Ce n étaient donc pas des tragédies ou des comédies, des drames, des farces ou des pièces de toute autre classification admise par les maîtres; mais des spectacles où toute chose servait, la nature et 1 art, la musique et la peinture, le conteur et le porte-enseigne. Des que les esprits se furent dirigés vers l'étude des anciens, on tenta de chausser leur cothurne et leur brodequin. Le monument le plus ancien que l'Italie nous ait laissé dans ce genre est YEcc'en/i/5d'Albertin Mussato, à la manière de Senèque, mais entremêlé de récits et de dialogues. Au premier acte, la mère raconte à lizzelui et à Albéric de Romano qu'elle les avait conçus par l'œuvre du démon; dans le second, un messager expose les maux de sa patrie et les succès du tyran; le troisième se passe à Véront;, ou Ezzelm médite avec son frère de nouvelles scélératesses. Informés de la prise dePadoue, ils accourent au secours des leurs, et le chœur expose l'expédition et la victoire d'Ezzelin, son retour à Vérone et le massacre des prisonniers. Dans le quatrième acte, un messager raconte la guerre de Lombardie, la croisade
(1) NOSTRADAMCS, f^ies des poètes provençaux ; CtiEiCEUhEm, Storia delta volgare poesia, tome U, part, i, p. 44,
(2) Antiq, M. M., diss. XXIX.