‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 27 sur 352 · COMMENCEMENTS DU THEATRE. §S · texte numérisé non relu

COMMENCEMENTS DU THEATRE. §S

et la mort du tyran ; le cinquième représente la mort d'Albéric. L'auteur, sans cesse inspiré par le sentiment national, exprime les passions avec assez de force, décrit bien les faits et les mœurs, et son latin n'est pas mauvais. Le récit, comme il était d'usage dans les autres représentations de l'époque, prédomine sur le dialogue, ce qui vous aide à comprendre le titre de comédie, appliqué par Dante à son poëme; puis le choix des sujets contemporains et l'habitude de les traiter sans souci des unités dramatiques forment un autre degré des commencements originaux de la littérature italienne.

Ce Mussato composa six autres drames, dont il nous reste la Mort d'Achille. On cite de cette époque une comédie sur le siège de Gésène, et une autre sur Médée, attribuée mal à propos à Pétrarque. Pierre-Paul Vergerio, jeune encore, écrivit une comédie: Ad juvenum mores corrige ndos ; Léon-Baptiste Alberti, la Philodoxeos, la Philogenia; Ugolin Pisani de Parme et le Vénitien Grégoire Gornaro, une tragédie, la Progné.

Les instincts de la littérature du moyen âge succombaient de plus en plus sous les efforts de l'art érudit; mais, comme il est d'usage de traiter de barbarie toute excursion hasardée hors du sentier classique, on a dit que Pomponio Leto fut le premier restaurateur du théâtre, parce que, dans les cours des prélats, il faisait représenter des comédies de Plante et de Térence. D'autres cours auibitionnèrent ce luxe, surtout les princes de Ferrare, dont le théâtre, où l'on joua d'abord des comédies rimées, éclipsa les autres en magnificence. A Mantoue, on vit ensuite une production qui l'emporta sur les œuvres antérieures, V Orphée de Politien, avec action régulière et poésie d'une grande pureté ; cette pièce conserve encore toute la richesse des premières compositions scéniques, résumé de tous les arts. Après le prologue, dans lequel il expose le sujet en octaves, vient ini acte pastoral rempli d'idylles ; dans le suivant, où figurent des nymphes, les dryades pleurent la mort d'F.urydice; le troisième, tout héroïque, offre les plaintes d'Orphée, mais toujours avec variété de mètres et même devers latins, afin qu'aucun plaisir ne manquât à l'esprit; dans le quatrième acte, nécromantique, on voit la descente d'Orphée aux enfers, où il obtient de Pluton et de Proserpine la permission d'enmiener Eurydice, qu'il perd ensuite pour avoir violé la loi de l'abnue. La pièce finit par une bacchanale, remplie de l'ivresse exaltée des ménades meurtrières d'Orphée.

o6 MYSTÈRES.

Néanmoins les représentations théâtrales se renfermaient de préférence dans les sujets sacrés, et s'appelaient, selon la matière, histoires, exemples, spectacles, mystères, vie, martyre. La plupart étaient écrites en octaves, et se divisaient, non en actes et scènes, mais en journées ; outre les intermèdes, toujours chantés, elles se récitaient avec une espèce de cantilène, au milieu d'un riche appareil de machines, de perspectives, de tableaux magnifiques, de ballets, de joutes, travail des meilleurs artistes. Des jeunes gens des confréries, auxquelles s'affiliaient les grands seigneurs avec les pauvres, remplissaient les rôles d'acteurs. A Rome, on donna la Passion du Christ, œuvre de Julien Dati, Bernard Antoine Romano, et Mariano Particappa; à Florence, la Représentation et fête d'Abraham et d'Isaac son fils, de Feo Relcari ; à Modène, les Miracles de saint Géminien. Bernard Pulci fit Barlaam et Josaphat; Antoine Alamanni, la Conversion de Madeleine; Roselli, Samson; Laurent de Médicis, la Représentation de saint Jean et Paul, où sont retracées les luttes du christianisme contre l'hypocrisie de Julien. Cionelli, dans ses notes sur les poésies de ce Laurent, compte soixante-sept de ces drames imprimés, dont la collection la plus nombreuse se trouve dans la bibliothèque palatine de Florence.

Le peuple aimait avec passion les farces et les scènes railleuses; à mesure que les dialectes nouveaux se développaient, il s'introduisait un personnage burlesque chargé de parler dans ces idiomes et de personnifier le caractère des diverses populations italiques. La savante Bologne fournissait son docteur; Venise, Pantalon, honnête négociant; Bergame, le gai Arlequin ; Naples, le spirituel Polichinelle, Coviello, Pulcariello et d'autres (1), qui, le visage barbouillé de suie, chaussés à la campagnarde, amusaient le peuple et faisaient rire les cités, ennemies ou rivales, les unes aux dépens des autres. Les baladins plurent longtemps, parce qu'ils faisaient usage du parler rapide et spontané du peuple, au lieu du langage artificiel des lettrés; du reste, une foule de charmants souvenirs se rattachent au premier, aucun à l'autre.

Nos aïeux connaissaient les jeux de hasard, passion violente

(1) Tels furent le don Pasquale et le Cassaiidrino des Romains, le Slenterello et les Pasquale des Florentins, les Travaglini des Siciliens, les Giovanelli des Messinois^ le Giauguigiolo des Calabrais, le Beltrame des Milanais, devenu ensuite le Meuegliino, le Girolaïuo et le Gianduja des Piémontais, etc.

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