‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 281 sur 352 · RÉFORMES PROCLAMÉES PAR L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

RÉFORMES PROCLAMÉES PAR L'ÉGLISE

résistance contre les Turcs ; car, dès ce moment, ils durent imposer sans cesse des contributions et des dîmes nouvelles pour des guerres qu'on ne faisait pas toujours, ou qui avaient une issue funeste (1). La diète d'Augsbourg de ioîo éleva des plaintes contre les prétentions pontificales, en menaçant, si l'on n'y portait remède, d'une révolte générale contre le clergé.

L'intervention continuelle des Allemands dans les affaires de la Péninsule avait rendu plus vive l'antipathie naturelle qui existait entre les deux nations, au point de vue du caractère ou des institutions. Odieux aux Italiens comme oppresseurs, les Allemands les méprisaient comme faibles, et ne voyaient dans la supériorité de leur intelligence que fourberie et mauvaise foi. L'esprit romain qui réunit, et l'esprit germanique qui sépare, avaient lutté sans cesse; tandis que celui-là dirigeait vers l'unité juridique, politique, religieuse, réalisée même dans l'institution de l'empire, celui-ci tendait à séparer dans les fiefs les communes ou les petites seigneuries allemandes, et songeait maintenant à le faire dans la religion.

En Italie, l'opposition religieuse était ironique, railleuse et sceptique; elle niait sans doute, mais se soumettait : dans l'Allemagne, au contraire, elle devenait positive, croyante, emportée, et se proposait de renverser pour reconstruire. Les Italiens avaient eu le mérite de réveiller la raison par la pensée, par la liberté de l'art, par l'étude des classiques; mais l'Allemagne méprisait l'art italien autant que les Italiens dédaignaient la science tudesque : funeste dissentiment, qui dessécha cette science au point qu'elle parut destituée de toute application vitale, tandis que la littérature italienne se réduisait à un amusement, à une distraction de l'esprit. Souvent même les Allemands lui adressaient le reproche de libertinage , et Puyherbault disait (2) : « A quoi « servent ces écrivailleurs de l'Italie? à alimenter le vice et la « mollesse de courtisans énervés et de femmes lascives; à sti- « muler la volupté, à enflammer les sens, à effacer toute viri- (s lité dans les âmes. Nous devons beaucoup aux Italiens, mais « nous leur avons emprunté trop de choses déplorables. Les « mœurs du pays sentent l'ambre et les parfums; les âmes y « sont amollies comme les corps; leurs livres ne contiennent « rien de vigoureux, rien de digne et de puissant, et plût à Dieu

(1) Nous avons à ce sujet plusieurs lettres il'iEnéas Sylvius, qui disculpenl le,-> papes, parce qu'ils étaient contraints de tenir lèle à l'ennemi coinuiun.

(2) T/ieotiinus,Detolle/idis malis liôris, 1549.

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