LUTHER EN ITALIE
il admire le consistoire et le tribunal de la sacrée rote, où les affaires sont instruites et jugées avec la plus grande justice (1). Mais son âme, privée d'amour et d'humilité, ne comprend rien à la poésie du ciel italien, aux arts qu'il a fait éclore; il n'est pas ému à la vue de tant de chefs-d'œuvre anciens, avec lesquels les nouveaux rivalisent par la plume, par le pinceau, par les couleurs, et de tous ces génies sublimes réunis sous le manteau pontifical , dont un seul suffirait pour immortaliser un pays, une époque. Avec sa nature antipathique, il trouve le climat pluvieux, les hôtelleries mauvaises, le vin âpre, l'eau malsaine, l'air chargé de fièvre, et une nature aussi misérable que les hommes. Au milieu de la splendeur des cultes et des magiticences pontificales, il ne songe qu'à l'argent que tout cela coûte et aux moyens employés pour se le procurer; il reste scandalisé de la corruption des mœurs, des anecdotes débitées sur le compte de Léon X, de l'insouciance de ces prêtres qui disaient sept messes dans le temps qu'il mettait à en dire une, si bien que les petits clercs lui répétaient : Passe, passe (2) ; de la vénalité de la cour romaine, prête à dire comme Judas : Combien me donnerezvous, et je vous le livrerai?
15J2 Revenu dans son pays avec de tels sentiments, il se plongea
dans l'étude de la Bible en grec et en hébreu; mais il fut détourné de ce travail par l'indignation que lui inspirait la vente des indulgences. Les conciles de Vienne, de Constance et de Latran avaient défendu ce trafic sous des peines sévères ; mais Léon X crut devoir les braver pour recueillir des fonds destinés à deux grandes entreprises, la croisade contre Sélim et l'érection d'un temple auquel, comme à une image visible, contribueraient tous les chrétiens (3). Le moyen âge ne s'en serait pas formalisé; mais les nations prenaient déjà leur vol hors du nid où leurs ailes avaient poussé. Les princes, qui avaient besoin
(1) OEuvres de Luther, cdit. de Walcli, tome XXII, p. 78G etsuiv.
(2) Ib., tome XIX, p. 1509, ou lit : « Avant que j'eusse fini l'évangile, mon voisin avait terminé la messe, et me disait : Passe, passe. » Les biographes postérieurs ont exagéré ce récit pour changer une plaisanterie en blasplième , et surtout pour l'ain; ressortir la corruption des prêtres. Selneccer {Oratio de divo Lullido, p. 3) traduit : « Passa, passa, id est, fcstina et rnatii filittm remitte, » Mathfsius le copie, s'il n'en fut pas l'inventeur. Les biographes se sont fait une arme de celte plaisanterie impie contre la doctrine de la transsubstantiation.
(3) Le livre intitulé Regtdœ, co/isti'tiiliones , reservalio/ies cancellar'iœ snncti domiiti iiosiii Leonis papœ X , 1514, et qui contient le tarif pour l'absolution de chaciue péché, souleva inie grande rumeur ; il fut réimprimé plusieuis fois.