DÉSASTRES DE MILAN
plèbe s'ameuta deux fois pour obtenir du moins qu'on fît cesser les violences des soldats ; la promesse d'y mettre un terme ramenait le calme aussitôt, parce que la populace, en se livrant au pillage, avait empiré la triste condition des habitants.
L'approche de l'armée de la ligue fit renaître Tespoir de l'affranchissement, et le peuple massacrait tous les Allemands qu'il trouvait; puis il dressa des barricades, et du haut des toits ainsi que par les fenêtres il lançait la mort dans les rangs des troupes qui survenaient (1). Néanmoins les nobles, sur lesquels on avait compté, n'osaient pas se mettre à la lêie de l'insurrection, et se contentèrent d'entamer des négociations équivoques, jusqu'au moment où Leyva répondit par le gibet à l'agitation populaire. Un grand nombre de citoyens de qualité furent bannis, d'autres s'exilèrent volontairement, et Milan se vit abandonné, non au pillage, mais aux exigences des soldats, qui devaient l'épuiser lentement (2).
Logés dans les maisons, et non contents d'avoir dévasté les campagnes, pillé les boutiques, ils tenaient chacun leur hôte chargé de liens, afin de pouvoir, au moyen des tourments, lui arracher le peu qu'il aurait pu cacher. Anton de Leyva ne songeait qu'à trouver de nouvelles tailles , de nouveaux moyens d'extorquer de l'argent ; il fit arrêter les prévôts afin de les contraindre à découvrir les ornements d'or et d'argent des églises qu'on avait cachés. Un jour il défendait, sous peine de la vie, de sortir de la ville; un autre, il le permettait à prix d'argent. Le lendemain, il prohibait la vente du pain s'il n'avait pas l'empreinte de l'aigle impériale. Les boutiques restaient fermées; les richesses des maisons et les ornements des églises n'étaient pas en sûreté , parce que les soldats, sous le prétexte de faire des recherches pour découvrir les armes cachées, pénétraient partout, contraignaient les domestiques à dire où se trouvaient les objets précieux, et fouillaient même les personnes. « La ville offrait donc le tableau le plus misérable, et les hommes, plongés dans la dou-
(1) Chronique du chancelier BrniGOZZO, au 25 avril 1526.
(2) « A Milan, le blé vaut 50 livres le boisseau, et le vin 16 ; il n'y a ni bois ni autre chose. Tout le monde à Milan mange du pain de millet, excepté les capitaines. >■• (Documents de l'histoire italienne de Moliiii, IGii.)
Consulter, pour l'opposer à l'élégance compassée de Guicciardini (livre XVll), la grossière mais attrayante chronique de Burigozzo, qui dépeint avec une vérité palpitante d'intérêt les horreurs inouïes que les sauvages Espagnols commirent à Milan.