‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 305 sur 352 · ANTON LE LEYVA · texte numérisé non relu

ANTON LE LEYVA

avec une joie immense , avaient , à force de rapines et d'extorsionsj converti la bienveillance des habitants en haine profonde. La corruption est générale dans la milice de notre temps; prenant exemple sur les Espagnols, elle déchire et détruit amis comme ennemis. Bien que, depuis plusieurs siècles, la licence des soldats fût grande en Italie , il est certain que l'infanterie espagnole, pour une cause, sinon juste, au moins nécessaire, l'avait beaucoup augmentée. Or, la cause , c'est qu'on l'avait très-mal payée dans toutes les guerres d'Italie ; mais , conmie on s'autorise des exemples, quoiqu'ils aient un commencement excusable, pour faire toujours de mal en pis, les soldats italiens, malgré une bonne paye, commencèrent à imiter les Espagnols dans toutes leurs énormités; ainsi les populations et les contrées n'ont pas moins à souffrir de la part des soldats payés pour les défendre, que de la part de ceux qui sont payés pour leur nuire (Gucciardim). »

Les Espagnols étaient commandés par Anton de Leyva , qui , « non content d'enlever aux hommes la vie et les biens, faisait encore mettre le feu aux maisons, et brûlait avec barbarie tout ce qu'il trouvait. » Le duc d^Urbin lui ayant fait demander quel était ce genre de guerre, il répondit qu'il avait reçu l'ordre de Sa Majesté de traiter ainsi tous ceux qui refuseraient de lui obéir. Le duc lui fit répondre ; « Si vous allumez le feu, je prépart-rai le rôti, et je brûlerai tous les Allemands qui tomberont en mon pouvoir (Vabchî). »

Cet Anton, avec Alphonse d'Avalos, neveu de Pescaire, campait à Milan , autour du château , qui était encore tenu par les Français. Dans l'attente d'une attaque prochaine de la part des confédérés ou des Suisses, il tyrannisait pour entretenir une armée qui ne recevait aucune paye; par des supplices atroces et des contributions auxquelles on ne pouvait satisfaire, il provoquait des émeutes qui justifiaient de nouvelles rigueurs et de nouvelles spoliations. Il punit de mort un gentilhomme qui ne l'avait pas salué ; le peuplé, irrité de ce supplice, se soulève, force l'entrée de la vieille cour en égorgeant cent cinquante fantassins de la garde, et s'empare du campanile du Dôme , dont il précipite les sentinelles. Cette lutte a déjà coûté plusieurs centaines de vies ; mais les lansquenets mettent le feu à divers quartiers de la ville, et les Espagnols, accourus du voisinage en plus grand nombre, envoient au supplice ou dans l'exil les chefs du peuple, et traitent arbitrairement les autres citoyens. La

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