LES IMPÉRIAUX CONTRE CLÉMENT VII
traité avec Lannoy, vice-roi de Naples, et congédié ses troupes, le cardinal Pompée Colonna (1), qui avait été le compétiteur de Clément à la papauté et comptait le remplacer par l'influence de Charles-Quint, rassemble, d'accord avec Moncade, huit mille '^'^p'c"iI'ic. paysans ; à leur tête, il marche sur Rome, saccage Transtevere, le palais du Vatican et une grande partie du bourg Nuovo, dépouillant tous les cardinaux et prélats qu'il peut surprendre.
Clément envoie des députés pour traiter, tout en excitant le peuple à se défendre; mais le peuple s'inquiétait peu d'un pontife cause de ses maux. Il songe donc à renouveler les scènes de la Rome antique en attendant les envahisseurs sur son trône et dans la majesté de la tiare ; puis il juge plus prudent de s'enfermer dans le château Saint -Ange, où il ne trouve pas de vivres pour trois jours. Obligé de capituler il convient de pardonner aux Colonna et de rappeler ses troupes de Lombardie, avec sa tlotte qui bloquait Gênes. Ces dures conditions, Moncade les lui imposait à genoux et au milieu des témoignages du plus grand respect ; alors le pape rappela ces paroles de l'Évangile : Ils lui donnaient des soufflets et disaient : Salut, roi des Juifs. t)ès lors sa réputation de prévoyance fut compromise, et sa dignité avilie; à peine libre, il annule la trêve accordée aux Colonna, enlève le chapeau aux cardinaux de leur famille, les frappe d'excommunication, et lance sur leurs domaines Renzo de Ceri et Paul Vitelli, qui promenèrent la dévastation autour du riant lac d'Albano et jusque dans les Abruzzes, au point que ces contrées ne purent jamais s'en relever ; il ne resta que des ruines de Marino, Montefortino, Zagarolo, Subiaco et de quatorze autres villages, L'Italie, comme on le voit, avait autant à souffrir de ses défenseurs que de ses agresseurs.
Cependant la retraite des troupes pontificales, motivée par les conventions, fit perdre à la ligue toute sa force et son titre de sainte; néanmoins elle pouvait encore lutter avec avantage contre les Allemands, que l'empereur n'était pas en mesure de payer; mais ces mercenaires se joignirent à George Frundsberg, commandant du Tyrol, qui, luthérien fervent, jurait de saccager Rome, et portait avec lui des cordes de soie et une d'or pour étrangler les cardinaux et le dernier des papes. Au moyeu de l'argent que son crédit et des gages lui ont procuré, et par l'appât du riche butin que les autres font en Italie, il rassemble
(1) Sa vie, écrite par Paul Jove, est pittoresqu.'..
468 STÉGE DE ROME.
trente-cinq compagnies de lansquenets et descend par le val Sabbia, Uocca d'Anfo et Salo dans le Brescian sans assaillir aucune place forte ; comme la Lombardie était épuisée, il s'entend avec le connétable de Bourbon pour attaquer Rome, regorgeant de l'or prélevé sur la chrétienté. Voilà donc environ quatorze mille Allemands, cinq mille Espagnols, deux mille Italiens, cinq cents hommes d'armes et peut-être mille chevau-légers (1), ramassis de gens de langues et de religions diverses, sans discipline, sans magasins, sans bagages, entraînés par le seul appât du butin, répondant toujours à leurs officiers par le mot payezmoi, qui traversent lentement l'Italie et sont obligés, pour trouver des vivres, de se répandre comme une nuée de sauterelles sur une grande étendue de pays.
Jean des Bandes noires, ne se sentant pas assez fort pour les affronter, harcela leurs derrières avec tant de persistance qu'on lui donna le surnom de Grand Diable; mais, près de Mantoue, il mourut à vingt-huit ans, frappé par une balle de fauconneau. Sa tin précoce, alors surtout qu'on en avait le plus grand besoin, le fit vanter comme le plus brave des Italiens.
Alphonse, duc de Ferrare, qui voyait les papes se transmettre l'un à l'autre le désir de le déposséder, fournit aux impériaux une bonne artillerie et des munitions, à la condition qu'ils évacueraient au plus tôt son territoire (2). Le duc d'Urbin aurait pu arrêter leur marche ; mais, pour conserver la gloire de n'être jamais vaincu, il subissait la honte de sa prudence, en négligeant les occasions de vaincre. A l'honneur de déUvrer Rome il préférait la satisfaction de se venger de Clément VII, et, malgré les prières de Machiavel et de Guicciardini, il consuma son temps au siège de Crémone, content de défendre les possessions de Venise.
Lannoy vint à la rencontre de l'armée du connétable de Bourbon pour se concerter avec lui sur la conduite à tenir; mais cette cohue brutale s'écria : Ni paix , ni ^mîïes.' empêcha toute conférence, et ce fut beaucoup si elle épargna sa vie, tant les chefs eux-mêmes étaient à la merci des soldats. Clément, amusé par les sonores promesses de François T' et par la trêve perfide
(1) FkDNDSBERG, Krlegsthaten.
(2) Murnlori nie qu'Alphonse d'Esté ait conseillé au connétable de Bouihon de se jeter sur Rome, mais tons les historiens radmelleni ; Ghiberti , dans sa lettre du 7 mars, parle aussi de son entrevue avec le connétable, qui eut lieu à Finale le 6 mars. {Lettres de princes à firiiues.)