RICHESSES MINÉRALES
armes à Gardone, à Lemezzane, à Brescia. Jean d'Uzzano mentionne les aciers renommés de Brescia, les boyaux, les cuirasses, les fonds de poêles que l'on tirait de cette ville. Le riche minéral de Tîle d'Elbe, de Pietrasanta et d'autres parties de la Toscane se transportait brut ou travaillé, même dans le Levant. Venise tira parti du fer et du cuivre du Frioul, de la Carinthie, du Cadore, et ses fabriques, à ce qu'il paraît, conservèrent longtemps le secret de faciliter la fusion au moyen du borax. Massasur-mer, les vais du Tibre et de Cecina, où Ton trouvait aussi des sulfates de fer, fournissaient également du cuivre.
On extrayait de l'argent à Perosa et dans la vallée de Lanzo en Piémont, dans les vallées de Seriana, de Brembilla, de Scalveet d'autres du Bergamasque. Les mines argentifères de Montieri, pauvre village dans le val de Merse , sont données, en 896, par Adalbert, marquis deToscane, àAlboin,évêquedeVolterra, confirmées plusieurs fois, et nommément par Henri ÏV, en 1186, sous la condition que : Episcopus et sui successores nobis nostrisque succes soribus,pro ipsi argenti fodinis^ trigenta marcas argenti examinati ad pondus camerse nostrœ persolvant.Frédévic If, brouillé avec l'évêque de Volterra, affermait argentariam nostram Montera au Florentin Bentivegna Davanzati. Le diplôme de Charles IV, de 1355, dit que jamdiu defuerint, et quasi stériles sint affectas. L'extraction de l'or et de l'argent sur le territoire de Pistoie , au treizième siècle, parait un rêve des chroniqueurs ; mais, vers l'an 1000, il est déjà fait mention de mines d'argent près de Massa-sur-mer et dans les Alpes aponaniennes de Pietrasanta, avec des galeries profondes , creusées probablement par une compagnie de Lombards qui dominait sur la Versilie. Les sables du Tessin, de TAdda et d'autres fleuves fournissaient de l'or. Au 1" novembre de l'an 1000, Othon III concède à l'évêque de Verceil totum aurum, quod invenitur et elaboralur infra Vercellensem episcopalum et comitatum sanctœ Agathe (1).
(1) C'est-à-dire Santhia. (Moinim. Iiist. patriœ, Chart. I, 341.) Amédée V de Savoie, vers la fin du treizième siècle, chargeait des mineurs florentins ou lucquois de la recherche des minéraux de son Etat. En 1279, on tirait de l'or de Champorcher, dans le val d'Aoste ; dans le siècle suivant , on lavait les sables aurifères de l'Orco et de l'Amalone; on extrayait de l'argent à Gioscavallo et à Ala dans le val de Lanzo, de l'argent et du cuivre à Usseglio et à Lemie. En 1496, Jean Swerstab de Nuremberg payait au duc Philippe lll 300 florins d'or par année pour exploiter les mines du val de Lanzo ; pour celles de Montjouet dans le val d'Aoste, de Macot et d'Aimé dans la Tarentaise, il
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Les puits salés de Volterra fournissaient du sel ; mais la production de l'acide borique, aujourd'hui la richesse de ces lagunes, était ignorée. Néanmoins on en tirait du soufre, et un Génois y trouva l'alun, découverte qui dispensait d'en faire venir de Tunis, de la Garamanie, de Phocée, pays occupés par les Turcs. L'alun du royaume de Naples et de la Tolfa, dans la maremme romaine, ne fut employé que beaucoup plus tard. Lipari, d'où autrefois, selon le témoignage de Diodore de Sicile, se tirait tout l'alun, si bien que les habitants en fixaient le prix à leur volonté, avait cessé d'en fournir depuis longtemps.
Les arts, même durant la féodalité, s'étaient conservés avec toutes leurs formes anciennes, disposés en corps, écoles ou maîtrises, sous des chefs propres: organisation de l'industrie conforme à ces temps. En effet, l'égalité des individus n'étant pas reconnue, ils s'affranchissaient collectivement, et, comme on ne comprenait pas le travail libre, on obligeait l'ouvrier à travailler pour le maître, comme le vilain pour le seigneur (1). Tout y était réglé avec une minutie puérile : le fileur ne pouvait employer à la fois le lil de chanvre et celui de lin; le coutelier, faire des manches à cuillers; des faiseurs de gobelets et potiers, tourner une cuiller de bois. Il était défendu de fondre du suif de bœuf avec celui de mouton, de la cire nouvelle avec de la vieille ; on déterminait les ingrédients des teintures et des diverses compositions. Ces prescriptions durent produire des entraves, des conflits, des tyrannies. Les princes firent des corporations une source de revenus; le monopole s'affermit à l'avantage du petit nombre. Des amendes punissaient la moindre violation des règlements, et les délinquants avaient pour juges leurs rivaux, intéressés à les trouver en faute.
Dans ces commencements, néanmoins, les syndics, les con-
(lonuait un ciuquicme de l'or et le dixième des autres métaux. En 1508; Charles III cédait aux seigneurs d'Aviso l'exploitation des mines de Beaufort et de Monijoye dans le Faucigny, pour un cinciuième de l'or et du cobalt, un dixième de l'argent, un quinzième de l'acier et de l'ctain, un vingtième du plomb, du fer et du cuivre. En 1530, il envoyait comme grand maître des mines l'Allemand Louis Jung, pour qu'il les fit travailler au profit de l'État, Plus tard on trouva d'autres mines à Vinadio, Pesey, Alagna , Olomont, Usseglio et ailleurs ; mais toujours leur produit fut minime. (Cibrauio, Monuments de Savoie, p. 283.) (1) La plus ancienne mention des arts de Florence se trouve dans un traité de 1204, entre les Florentins et lesliabitans de Capraïa: Hœc snnt sacramenta, qiiœ potcslas et consiiles comrniinis, considcs mililmn, prions arlium, etc.^fcccrtint. (Ap. ÏAUGIONI, vol. 1, p. 60; Foyages.)
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seils, les prud'hommes, les fréquentes assemblées, les chambres de discipline, où « l'on procède mercantilement, selon la bonne équité plus que d'après le droit strict, en rédigeant les procès en langue vulgaire, sans juges, ni procureurs, ni notaires (1), » servaient à faire l'éducation du peuple, comme les lisières soutiennent les enfants. Les compagnons, les agents, les apprentis et les maîtres formaient une hiérarchie d'utile dépendance; les artisans, réunis dans les mêmes quartiers , se surveillaient réciproquement, et cherchaient à rivahser entre eux, ce qui prévenait ou faisait disparaître les fraudes, trop faciles chez un peuple étranger à l'industrie ; dans les moments de gêne, ils venaient au secours les uns des autres, et l'apprentissage était une garantie d'habileté future. Dans la subdivision des travaux, chacun devait perfectionner son œuvre spéciale; l'esprit de corps donnait un air de dignité en même temps qu'il fit connaître et discuter des droits. Les étendards des saints patrons furent des drapeaux d'indépendance , et protégèrent l'individu contre les vexations. Les classes laborieuses, formées des feudataires bourgeois et des individus qui ne possédaient rien, devinrent donc des puissances sociales (2).
(1) Statut de l'art de Cal'imala. Il mérite d'être consulté à cause d'un grand nomlire de sages règlements mêlés à d'autres superflus , et qui attestent une eivilisation très-développée. Ce statut détermine les aumônes à donner aux familles et aux veuves des associés.
(2) En 1280, le comte Berthold, pour réconcilier les Lambertazzi et les Geremei, convoquait les seigneurs et le peuple, parmi lequel les consuls des compagnies du Lion, des Bouchers, des Lombard?, des Toscans, des Étoiles, de la Branca, du Griffon, de l'Aigle, des Epées, des Barres, des Léopards, des Scliife, des Traverse, des Ballerie, des Cliàteaux, des Clefs, des Balzani, de la Brancketta , des Yairs , des Slracciaïuoli , avec menace d'une amende de 2,000 marcs pour toute compagnie qui ne viendrait pas. C'étaient là les compagnies d'armes ; les corporations d'arts étaient celles des Cordouaniers, des Étoiles, des Changeurs, des Marchands, des Notaires, des Cordonniers, des Pêcheurs, des Pelletiers en vieux et neuf, des Marchands de lin , des Corroyeurs et Apprêteurs de peaux, des Marchands de draps, des Menuisiers, des Maçons, des Forgerons, des Tailleurs, des Falnicauts de bassins.
A Gènes, vers l'année 1250, les aris se composaient des aubergistes et cabarcliers, faiseurs d'arcs, arbalétriers, falnicants d'étoffes de coton, barbiers, tonneliers, selliers, chaussetiers, cordonniers, chapeliers, changeurs, bourreliers, coutc'liers, drapiers, cordiers et fabricants de voiles, boulangers, l)ijoutiers, joailliers, orfévi-es, bouchers, fabricants de haches, calfats, maçons, charpentiers, menuisiers, apprèteurs de peaux, pêcheurs, rameurs, tailleurs, sommeliers, marchands de comestibles, faiseurs de boucliers, d'épées, apothi-
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Il ne faut pas croire , néanmoins , qu'on ne connût pas les inconvénients des maîtrises ; en 1287^ la commune de Ferrare abolissait tous les collèges d'art, quels qu'en fussent le nom et l'oryanisation, avec défense de faire des collectes et de provoquer des réunions. Elle exceptait la corporation des juges, les confréries pieuses, les universités, outre les forgerons qui pouvaient avoir un couuîiis pour acheter le charbon et le distribuer à chacun; ceux qui avaient des biens communs étaient autorisés à les faire administrer par un agent. Les crieurs publics avaient le droit de se réunir une ou deux fois par an pour élire deux membres chargés de les diriger et de les employer dans l'intérêt de la commune. Les bouchers pouvaient exercer leur profession dans les lieux déterminés et d'après les règlements établis. Tout
caires, cabaretiers , teinturiers, tourneurs, faiseurs de travées et d'étais, paveurs; en tout trente-trois mai'rises, sans distinction d'arts majeurs et mineurs. Voir Serra, Annol. au livre iv ; mais nous ne sommes pas d'accord avec lui sur le sens des callegarii et des zutolarii.
Les armes des arts de Florence sont sculptées sur le Magistrale de la Mercatanzia, où se trouve aujourd'luii l'administration du Dollo : pour l'art de Calimala , aigle d'or sur boule blanche en champ rouge ; pour les changeurs , fleurs d'or eu champ vermeil ; pour les juges ou notaires, étoiles d'or en champ azur; pour les médecins et les apolhicaircs, la Vierge avec l'enfant Jésus sur fond rouge; pour les fabricants d'étoffes de laine, agneau blanc avec bannière vermeille ; pour les fabricants ou marchands d'étoffes de soie, porte rouge en champ blanc \ pour les fourreurs, petit gris blanc et bleu, et agneau avec bannière et croix. Parmi les arts mineurs, les ijouchers portèrent mouton noir en champ b];i!:c; les cordonniers, trois traverses en champ blanc; les corroyeurs, écu moitié blanc et moitié vermeil ; les maçons et les tailleurs de pierre, haches en champ rouge ; les marchands d'huile, lion rouge rampant avec branche d'olivier ; les marchands de lin, bannière moitié blanche et moite noire; les serruriers, deu\ clefs attachées eu champ rouge ; les faiseurs d'épées et de cuirasses, estoc e^ cuirasse sur fond Jjlanc; les menuisiers, un palmier vert avec une cassette au tronc; les aubergistes, étoile rouge en champ blanc.
En 1208, Mantoue avait les corporations des juges, notaires, fabricants d'étoffes de laine, cordonniers, apprèteurs de peaux, bouchers, taillandiers, rloberi, fourreurs, apothicaires, tisseurs de laine, tailleurs, pécheurs, merciers, barbiers, vendeurs de drap au détail, teinturiers de laine, fabricants d'étoffes de chanvre et de lin , teinturiers et tondeurs d'étoffe de chanvre et de lin, corregatores , marchands de lin. Il y avait à la, tète de chacunt; quatre chefs et autant de conseillers; tous les membres étaient inscrits sur un registre; quiconcpie n'avait pas dix ans en était exclu, ahisi que les apprentis. Tout associé devait une rétribution annuelle dont le produit , joint à d'autres revenus, formait une caisse pour secourir les malades ou permettre d'autres actes de bienfaisance. Chacpic corps, jusqu'à une certaine somme , prononçait sur les conflits relatifs à son propre trafic. {StatulSf livre IV, rub. 1.)
ouvrier requis pour exercer son art devait se rendre à l'invitation sans retard, bien que l'ouvrage pour lequel on l'appelait fût commencé par un autre, et ne pas se retirer même alors qu'on lui donnait un compagnon : « Mais que les artisans, ajoutait le décret, n'osent pas se coaliser et former des ligues tacites ou expresses à l'occasion des prix ou du travail, et surtout qu'on surveille les bateliers , race perverse qui machine sans cesse pour nuire aux voyageurs. »
L'art de la laine, alors le plus important, dut sa prospérité aux Humiliés, ordre institué à Milan, auquel on attribue aussi l'invention des étoffes d'or et d'argent pour les églises. A Florence, où il fonda Sainte-Catherine de la Toussaint, il était exempt de tous les droits d'entrée, et l'on avait défendu de souiller les eaux qui servaient à leurs moulins à foulon (i). Cet art prospéra surtout dans cette ville, où l'on fabriquait, en 1338, quatre-vingt mille pièces de drap par an, de la valeur de 1,200,000 sequins (2) ; les meilleures laines venaient d'Angleterre, d'Espagne, de France, de Portugal et de la Barbarie. L'art de Calimala tirait, avec grand profit, de Flandre, de Picardie, du Languedoc, des draps grossiers dont il doublait la valeur, après les avoir raffinés. Vingt magasins recevaient annuellement dix mille pièces d'étoffe , du prix de plus de 300,000 florins ; chacune portait un bulletin où l'on inscrivait toutes les dépenses : achat de la matière brute , denier à Dieu, transport à la fabrique, première et seconde teinture, cardage, tondage, lissage, pliage, emballage, droits de toute espèce, frais de voiture, d'hôtellerie, etc. Les deux foires de Saint-Simon et de Saint-Martin attiraient à Florence les plus riches marchands de toute l'Italie, qui achetaient pour 15 ou 16,000,000 de florins.
A Sienne, le droit de quatre livres pour chaque pièce de drap exporté, dont la plus grande partie allait vers le Levant, fut affermé 600 sequins. Les fabriques de Venise et de terre ferme, de Pise, du Bolonais, du Ferrarais, favorisées par la prohibition des draps étrangers, rivalisaient avec celles de la France et de la Flandre. A Vérone, en 1300, on fabriquait tous les ans vingt
(1) Non-seulement les moines s'occupaient là de manufactures, mais toutes celles d'Angleterre et d'Ecosse, pour n'en pas ciler d'aulres, se trouvaient dans leurs mains. Balducci Pegolotti mentionne toutes les maisons des Prémontrés , de l'ordre de Promuxion, etc., qui faisaient le commerce.
(2) .Tean Yillam, Stoiie, XI, 93; Delln vicicaUira de Florentiiii ^ U, 10.2. Les prix de Yillani peuvent être calculés aujourd'hui au ciuiutuple.
mille pièces de drap, outre les bas et les bonnets; la seigneurie de Venise en faisait acheter dans cette ville de qualité supérieure, pour les offrir au Grand Seigneur (Zagata). A Mantouejes moulins à foulon étaient le privilège de la commune, et Ton détruisait ceux qu'établissait tout particulier. Le statut prescrivait la qualité de la laine, le nombre de fds, la dimension de l'étoffe, le mode et la forme des métiers. Les draps ne pouvaient être fabriqués que par les membres de l'art, qui prêtaient serment devant le podestat; toute pièce finie était présentée au magistrat, qui la marquait après l'avoir approuvée , ou bien , s'il ne la trouvait pas conforme aux prescriptions, il la jetait au feu et punissait le fabricant d'une amende. Des riches et des moines s'adonnaient à cette industrie ; en 1500, on comptait à Mantoue quarante-quatre fabriques, et, lorsque le roi de Danemark visita lesGonzague, cette ville étala cinq mille pièces de drap : magnifique ornement pour une cité !
Milan et son territoire expédiaient annuellement à la seule Venise pour 300,000 ducats de drap, et pour 100,000 de toile grossière, sauf à lui acheter en échange pour 2,000,000 de coton écru et filé, de laines françaises et catalanes, de tissus d'or et de soie, de poivre, cannelle, gingembre, bois du Brésil et autres matières colorantes, savons et esclaves. Jean d'Uzano, qui compila en 1440 tout ce qu'un négociant avait besoin de savoir relativement aux pays, aux marchandises, au change, à l'argent, aux droits, et décrivit de port en port le voyage que l'on faisait le long des côtes de la Méditerranée, puis dans la mer Ionienne et la mer Noire, écrivait: «C'est à Milan que viennent toutes les productions de la Lombardie pour être transportées à Gênes; on tire de Milan d'infinies marchandises de toute espèce , des armures à mailles, à lames et de toutes façons, des aciers, des fers travaillés, des futaines, des toiles et des draps très-fins ; de Gôme, des draps en quantité et fins ; de Monza, des draps grossiers et fins; tout cela se transporte à Venise pour aller dans le Levant. Vérone et Mantoue fournissent des draps; Padoue, du safran et du lin; Alexandrie, du lin, des toiles de guède en quantité, et de la guède; le Montferrat, du safran, de la toile grossière et du chanvre; Brescia, des aciers, du fer, du lin, du safran, du papier (1). «
(1) Dans le Tari/ milanais de t2lG figurent comme très-importants les draps comasques ; leur transit est également indiqué dans un autre de Modene, de 130G,
Plus tard s'introduisit Tart de la soie, que les Rhodiens, dans leur code, égalaient à l'or pour le prix ; au temps de Procope, celle de couleurs ordinaires valait 6 pièces d'or l'once, et le quadruple la purpurine ; on la tirait du pays des SèreS; peuple doux, mais grossier, dans le Thibet, ou plutôt de l'Indo-Chine, comme il paraît enfin démontré. Deux missionnaires, entraînés dans ces régions par le zèle religieux, y connurent l'insecte industrieux et la manière dont il produit ce fil précieux ; ils en rapportèrent quelques cocons en Europe, et parvinrent à élever les vers à soie. Le Péloponèse fut planté bientôt en mûriers, d'où il tira son nom de Morée; mais les fabriques établies dans l'empire d'Orient dépérirent, ou furent obligées de recourir aux étrangers. Les Vénitiens, après avoir soumis l'île d'Arbo, en 1018, sur les côtes de la Dalmatie, lui imposèrent une contribution annuelle de quelques livres de soie, sinon un poids égal d'or pur. A la prise de Gonstantinople, ils étendirent les fabriques de soie, dont ils s'assurèrent le monopole au moyen de traités avec les princes d'Achaïe.
Dans le principe, on ne connaissait que le mûrier noir, et Crescenzio (chap. xiv) se plaignait que les femmes en cueillissent les feuilles élevées pour nourrir certains vers, ce qui empêchait les fruits de mûrir; ce fut peut-être au treizième siècle qu'on apporta le mûrier blanc. Les particuliers tardaient à comprendre les avantages de cette plante, et la loi dut intervenir pour en ordonner la culture. Le statut de Modène de 1327 oblige tout individu qui possède un jardin clos d'y planter, pour l'avantage commun, trois mûriers, trois figuiers, trois grenadiers, trois amandiers; celui de Pescia, de 1340, prescrivait la culture des mûriers, et la Toscane, un siècle plus tard, imposait à tout citoyen d'en planter cinq par an (1). Plus tard, on défendit d'en
(1) TargioM Tozzetti, Voyages. Le statut de Pescia, de 1340, ordonne de planter des mûriers et huit pieds de figuiers pour chaque collra de terre. Un ban du 3 avril 1435 prescrit d'avoir dans tout domaine au moins cinq pieds de nu'iriers blancs; au dessous de l'effigie du Pesciau François Buonvicini, dans le palais de la commune, on lui fait un mérite d'a\oir, cette année, appelé
alla sua patria questa pianta, Dalla quale nacque poi ricchezza tanta Che iii ogui luogo si noma il Dclfiiio.
bans les statuts de l'art de Sainte-Marie à Florence, on lit « qu'en 1403 on commença à élever pour l'art les vers à soie dans Florence, et qu'on choisit six
exporter les feuilles, et l'on accorda , en 1423; pleine franchise à quiconque en importerait. On prétend que Louis Sforza les introduisit dans son parc de Vigevano, d'où ils se répandirent dans la Lombardie, ce qui lui valut le surnom de 3Iore. Un décret de Milan, de 1470, ordonne de planter cinq mûriers au moins pour chaque cent perches; un autre, de faire connaître combien il en existait, avec invitation d'en céder les feuilles au maître de la soie à prix équitable, si l'on ne voulait pas nourrir soi-même les vers à soie. Déjà, en 4507, Muralto, dans une chronique comasque manuscrite, raconte que la campagne autour de Milan et de Gôme présentait l'image d'une forêt de mûriers.
On a prétendu que Roger de Sicile , dans son expédition en Grèce, avait ramené des tisserands et des ouvriers en soie; mais nous avons vu que les Sarrasins la tissaient avant cette époque. On ajoute que cet art florissait à Lucques, et qu'après la prise de cette ville par Castruccio, neuf cents familles, dont trente et une allèrent se fixer à Venise, se répandirent dans le reste de l'Italie; cependant, dès 1225, l'art de la soie formait à Florence une corporation distincte, classée parmi les majeures, avec la bannière d'une porte rouge en champ blanc. En 1248, les Vénitiens défendirent le commerce de la soie aux percepteurs des taxes imposées aux fabricants de soierie. Frère Buonvicino de Riva, à cette époque, écrit qu'on faisait à Milan des étoffes de laine fine et de soie, de colon et de lin; il est vrai que la soie venait du dehors. Borghesano, de Bologne, inventa, en 1272, les rouets à tordre la soie, dont le secret était conservé avec un soin jaloux; mais, au commencement du quatorzième siècle, un certain Ugolino les fit connaître aux Modénais, révélation qui le fit pendre en effigie dans sa ville natale (1).
L'art de la soie s'étendit à Pise, Gênes, Padoue, Gôme, Vérone, Vicence, Bassano, Ferrare, Bologne, et dans la Lomhardie, au point que, la soie indigène ne suffisant pas aux fabriques , il fallut en tirer de la Marche, de la Galabre et des îles grecques. On ne tarda point à travailler des étoffes et des brocarts, brochés d'or et d'argent, avec ornements métalliques ap-
citoyens pour enseigner aies élever et à en tirer la soie. » Vincent Chiariigi, dans le Saggio délie malallie cutanée sordide , 1798 , à l'article Lehhrn , p. 174, dit qu'on avait établi eu Toscane, dès 1 1 80, un hôpital pour soigner les lépreux qui travaillaient la laine et la soie.
(1) Antiq. iV. je;., II, 552.
pliqués au moyen de la broderie et de l'impression; Gênes, Venise et Lucques, surpassées par Florence, rivalisèrent dans l'industrie des brocarts.
Le Vénitien Marino de Cataponte, en 1456, recevait du roi de Naples 4,000 écus à titre de prêt, afin d'établir dans le royaume des fabriques d'étoffes de soie et d'or: la soie, l'or filé, le kermès et tout ce qui servait à cette industrie étaient exempts de droits d'entrée; les ouvriers devaient être traités comme Napolitains; dans leurs causes civiles et criminelles, ils ne pouvaient avoir pour juges que leurs consuls, qui, au nombre de trois, étaient élus chaque année par tous les membres inscrits sur le registre matricule de l'art, avec obligation de siéger tous les samedis. D'autres droits, avec des subsides, furent accordés aux Florentins François de Nerone et à Jérôme de Goriante, ainsi qu'à Pierre des Gonversi, de Gênes; plus tard même, on établit à Naples un tribunal distinct du noble art de la soie, des décisions duquel on ne pouvait appeler qu'au conseil supérieur, où le juge faisait le rapport, debout et la tête découverte (1). L'art de la laine y obtint des droits presque égaux. D'autres tisserands génois et florentins, appelés par Charles VIÏ, établissaient à Tours , en France, les premières manufactures de soie.
Cet art ayant beaucoup dépéri à Lucques, où il florissait tant à l'origine, on chercha à le raviver par des règlements qui durent au contraire hâter sa décadence. Le statut de 1482 défend la fabrication des étoffes de soie à quiconque n'est pas membre de l'art : pour être inscrit sur les registres de cette corporation comme maître, il faut attester d'un apprentissage de quatre ans si l'on est fils d'un associé, et de cinq si l'on est étranger; défense à tout individu qui tisse de la soie d'exercer un autre état où l'on travaille cette matière ; quiconque commence une pièce doit la faire marquer, en indiquant sa couleur et sa longueur; qu'on ne tienne pas dans sa maison plus de tisserands qu'il n'est prescrit, et qu'on paye un ducat d'or pour se faire immatriculer; que la femme qui se marie hors de l'art ne puisse l'enseignera d'autres; qu'on n'admette pas d'apprentis étrangers; les marchands devront jurer de ne jamais teindre les taffetas avec de la garance ou du sang de bouc , et emploieront le kermès pour la teinture des draps écarlates (2). Tous les pays nous offriraient les mêmes erreurs économiques.
(1) GlAîiNONE, 5<oWa civile, XXVII, 3.
(2) Z)oc!<me«/« de ToMMASI, Sotnmario dello storia di Litcca, p. C3.