MANUFACTURES VÉNITIENNES
camelots et des serges de laine ; ils convertissaient le chanvre en cordages, le fil en dentelles, et des milliers de femmes pauvres travaillaient au point renommé de Venise. Le borax, qu'ils tiraient de TÉgypte et de la Chine, eux seuls savaient le préparer, ainsi que la crème de tartre, la céruse, la laque, le cinabre, le sublimé, ce qu'ils avaient probablement appris des Arabes. Venise encore s'occupait beaucoup de la préparation de la cire, dont le blanchiment était l'objet des plus grands soins; du sucre avant la découverte de l'Amérique, des liqueurs, du savon, A Perasco, on faisait les cordes harmoniques; dans le Vicentin, les draps; à Salo, le fil retors. L'hôtel des monnaies, outre la monnaie nationale, en battait encore pour les pays avec lesquels trafiquait la république, et même avec l'empreinte des rois barbares. Les papetiers du Frioul et de Brescia fournirent une autre matière d'exportation aux Vénitiens, qui ajoutèrent bientôt aux anciens le nouvel art des livres imprimés; un navire catalan, en 4380, avait chargé à Gênes pour la Flan-^ dre vingt-deux balles paperi scrivabilis (4).
Les arts étaient unis en maîtrises , gouvernées par des règlements contenus dans des matricules (mariegole) , où l'on déposait aussi les secrets de l'art ; pour l'exercer, il fallait être inscrit dans ce registre , ou bien avoir recueilli et perfectionné une découverte. Ils avaient une magistrature particulière de conciliation; au moyen de légères contributions, ils se préparaient des secours mutuels , construisaient des églises et des écoles dont la magnificence excite encore l'admiration. Le magistrat des courtiers jugeait en première instance sa propre corporation, et pouvait condamner jusqu'à trois ans de galères; les juges de la soie et la chambre du purgo (foulon) prononçaient sur les causes des industriels en soie et en laine. Un grand mystère entourait les manufactures de Venise, ses huiles et les sels médicaux; la thériaque , médicament fameux regardé comme une panacée universelle, et dont on exportait jusqu'à 4 00,000 livres par an. Les teintures, surtout l'écarlate et le cramoisi, ne devaient se faire qu'à l'époque déterminée par la loi, avec appareil d'enchantement et le cortège puéril de géants au grand chapeau, d'oiseaux ou de tout autre animal qui portât les ingrédients : système ridicule , mais ordinaire , qui , au lieu de chercher sa supériorité dans le progrès, reposait sur la confiance paresseuse que toute concurrence était interdite.
(1) Anderson, Hist. commerc, p. 371.