MANUFACTURES VÉNITIENNES
Le Florentin Dei , qui écrivit de violentes diatribes contre les Vénitiens, et se vantait de leur avoir fait un grand mal dans tous les pays , surtout en excitant les Turcs à leur nuire, leur reproche de n'apporter sur les marchés , où les Florentins paraissaient avec des brocarts et des draps de grand prix , que des aiguilles, de la soie à coudre et pour faire des franges, des grelots , des armes , de la verroterie et des bagatelles : preuve que les Vénitiens s'étaient aperçus que les petits bénéfices multipliés équivalent aux gros, et qu'il est très-avantageux de spéculer sur de petits objets, mais de grande consommation.
Au moyen de tous ces règlements et de cette foule de minutieuses précautions , conformes à l'économie politique d'alors , le gouvernement voulait procurer à ses sujets tous les avantages du commerce européen, alimenter l'industrie par l'industrie, assurer aux fabriques du pays une occupation constante , en ne laissant jamais manquer les matières premières. Un pareil système pouvait à la longue cesser de produire les avantages qu'on en avait espérés en l'établissant; mais l'incertitude de l'avenir et le peu de probabilité de changements peuvent justifier la conduite du sénat , tandis que le pays lui doit de grands profits et des richesses. Du reste , nous qui sommes encore arrêtés par tant d'entraves, avons-nous le droit de reprocher à nos aïeux de n'avoir pas su qu'en toute matière , mais dans le commerce surtout, le mieux, c'est de ne pas trop gouverner? Il faut avouer néanmoins qu'ils connaissaient le but principal du commerce , qui est d'étalalir un rapport entre l'offre et la demande , la production et la consommation ; en effet, on n'y trouve jamais ces encombrements de marchandises sans issue qui sont le fléau de l'industrie moderne , bien qu'elle ait pris de gigantesques proportions , aidée qu'elle est par les sciences, les beaux-arts, l'esprit d'association , la division du travail.
Atîn de maintenir la bonne foi, on déclarait infâme quiconque manquait à ses engagements de débiteur : à Milan, à Florence et ailleurs, le failli devait s'asseoir sur une pierre. La pierre du déshonneur se trouvait dans la salle de la Ragione à Padoue ; à Monza, celui qui faisait l'abandon de ses biens était tenu de monter sur la pierre et d'y rester depuis le commencement jusqu'à la fin de l'assemblée. A Lucques . comme dans l'ancienne Rome , le débiteur insolvable portait un bonnet jaune , et tout créancier qui le rencontrait sans cette coiffure avait le droit de le faire arrêter. Avec une rigueur dont l'Angleterre