LES ZENO. CARTES
patrie pour les querelles des siens avec Boniface YIII, voyagea dans des contrées lointaines, ce dont le loue Pétrarque : « Si tu avais franchi les limites de notre zone habitable et traversé l'Océan , tu serais arrivé aux antipodes (1) : » phrases dont on ne peut tirer aucune information précise.
Désormais on regarde comme prouvé que les Normands, hardis corsaires, après avoir peuplé les îles Féroé, l'Islande, le Groenland à l'extrémité septentrionale de l'Europe, se dirigèrent à dessein de ces contrées, ou furent entraînés par le hasard, sur l'autre continent, et précisément sur les terres qu'on appela plus tard la Caroline et le Saint-Laurent.
Nicolas et Antoine Zeno, frères de ce vaillant Charles qui sauva sa patrie, atteignirent, en 1380, les côtes du Groenland et celles que les Normands avaient découvertes : ils en firent une description, que Nicolas Zeno , leur descendant , dit avoir déchirée par étourderie d'enfant; mais, aidé par sa mémoire et d'autres indications, il tâcha de la reproduire en 1558. Comme on le voit, ce travail mérite peu de confiance : néanmoins il nous reste la carte des terres qu^ils virent , avec des degrés géographiques , ce qui fait supposer l'emploi de l'astrolabe ; elle offre en outre cette singularité que, à plus de mille milles à l'occident des îles Féroé, elle montre deux côtes nommées Estitoland et Drocée, qui ne pourraient être que Terre-Neuve et la Nouvelle-Angleterre, et qu'on disait indiquées par des naufragés.
Ces voyages, comme on le voit, n'étaient pas entrepris dans un but scientifique ou pour faire des découvertes; mais il en résultait quelques renseignements dont des hommes studieux savaient profiter pour former des cartes. La seule que les Romains nous aient laissée est la Table de Peutinger, dessin grossier hors de toute proportion, qui donne à la terre une longueur de vingtdeux pieds sur un à peine de largeur; mais elle devait suffire comme carte itinéraire. En Italie, cette science fit des progrès, et l'on trouve dans la bibliothèque de Vienne neuf cartes géographiques de 1318 par le Génois Pierre Visconti, avec d'autres de 1480 par Grazioso Benincasa d'Ancône (2). On prétend que les Vénitiens, dès 1300, marquaient les degrés sur les cartes maritimes : c'est à ce peuple que sont dues les cinq cartes de Marin Sanuto, qui accompagnent les Sécréta fidelium crucis
(1) Ep. famlL, livre VI, 3.
(2) TiRABOSCHi, t. VI, liv. I. cil. v, paragr. 2.