‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 79 sur 352 · DÉCOUVERTES · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTES

les degrés de hauteur du soleil, et à reconnaître la position du navire, même alors qu'on a perdu la terre de vue. Ce prince était persuadé qu'en suivant la côte africaine, on arriverait à un point où elle se dirige vers le nord-est, route qu'il fallait suivre pour atteindre les Indes; malgré les railleries et l'incrédulité de ceux qui se découragent après le premier mécompte, il continuait à expédier des navires, qui avançaient davantage toujours vers le midi de la côte africaine .

Alvise Cadamosto, patricien de Venise, avait déjà parcouru plusieurs fois la Méditerranée. En 14.54, comme il revenait delà Flandre, il fut rejeté par une rafale au cap Saint-Vincent, et le prince Henri, à la nouvelle de l'arrivée de ces galères, envoya demander avec instance si quelqu'un ne voudrait pas courir les dangers d'une expédition océanique. La proposition sourit à Cadamosto, qui, après avoir obtenu une caravelle, mit à la voile le 22 mars 1422, toucha à Madère, aux Canaries, au cap Blanc. Après avoir doublé le cap Vert, il rencontra deux autres caravelles, dont une était commandée par Antoniotto Usodimare, qui se trouvait lui-même à la recherche de ces pays, et surtout de richesses. Naviguant de conserve, ils s'avancèrent jusqu'à l'embouchure du Gambie ; mais l'insubordination de la chiourme, effrayée par les attaques des nègres ou par la croyance que leurs vivres seraient funestes aux blancs, les obligea de rétrograder. L'année suivante, Cadamosto s'embarqua de nouveau avec Antoniotto, et fut poussé jusqu'aux îles inexplorées du cap Vert et à Rio-Grande.. Homme expert et sincère , il nous a laissé de ces pays une description, qui est la plus ancienne que nous aient transmise les navigateurs modernes; peut-être déjà avait-il tracé l'itinéraire de l'Atlantique, de la Méditerranée et de l'Adriatique. Le Génois Antoine de Noli, en 1462, reconnaissait mieux les îles du cap Vert.

Les navigateurs italiens furent donc très-entreprenants; mais peut-être, là comme ailleurs, manquèrent-ils de persévérance , cette qualité des Portugais, dont les efforts furent enfin couronnés de succès. En effet, avec Barthélémy Diaz, ils doublèrent,, en 1486, le cap de Bonne-Espérance ou l'extrémité de l'Afrique, et avecVasco de Gama, en 1498, ils atteignirent cette Inde, vers laquelle les Italiens se dirigeaient par une voie si longue et si tortueuse.

Emmanuel , roi de Portugal, persuadé que les prémices de ses conquêtes étaient dues à Dieu, envoya au pape un éléphant

de l'Inde extraordinairement gros, un léopard, outre une planète ornée de pierres précieuses et si belle qu'on n'avait jamais rien vu de pareil (I). En effet, les idées du moyen âge prévalaient encore, et le but avoué de ces expéditions était de gagner des âmes à la foi, de trouver ce Prêtre- Jean, que les voyageurs avaient donné comme le pontife d'un peuple chrétien isolé parmi les infidèles. On demandait au pape l'investiture des îles nouvelles, dont il était souverain selon le droit d'alors ; Martin V accorda indulgence plénière à quiconque périrait dans ces voyages, qui devaient racheter tant d'âmes par le baptême, répandre la civilisation par l'Evangile.

Ces tentatives fixaient l'attention d'un Génois, qui devait les surpasser tous, parce qu'il fut plus persévérant. Issu d'une noble famille de Plaisance, qui, appauvrie par les gueiTes de la Lombardie, s'était adonnée à la navigation (2), Christophe Colomb étudia à Pavie; il suivit de bonne heure la carrière paternelle, dans laquelle il se signala par son courage et son habileté maritime, qualités qu'il releva par des connaissances géométriques, astronomiques et cosmographiques. Après avoir commandé des navires napolitains et génois, il se rendit en Portugal, où l'on faisait bon accueil aux Lombards (comme on appelait tons les Italiens). Recueillant tout ce qu'on disait et projetait, il conçut le dessein le plus grandiose : en effet, tandis que les navigateurs précédents n'avaient fait que des conquêtes d'expérience, en suivant la côte occidentale d'un continent à pyramide, dont la

(1) Sadolet, en 1514, l'en remerciait au nom de Léon X : Elephantum iintirn indicum incredibili cornons magititudinc , et pardum uniim , et reslem dcslinatam rébus divinis. F.rat ea specîcs, et pulchritudo nobUisslmi operis , qualem nec vidissemiis aille uiKjiiam , nec -videre exspectavissenms ; h splendor, qui ex eandore et copia tôt genimarum esse debehat ; artem aulem in eo et varietateni operum omnes plane confitebantur etiam pretiosiorem esse materia, cuni diuturnus labor nobilitatem summi artificii, ordine et contextu mirabili margarilarum, antecellere omnibus indicis atque arabicis opibus coegissel... Lectœ sunl Utterœ tuœ, scriptœ incertum elegantius an religiosius ; te, qiiod primitiœ omnium rerum Deo dicandœ sunt, primitias Lybiœ^ Mauritanie!', ALtliiopia-, Arabiœ, Persidis atque Indiœ... nobis... dare ac dedicare.

(2) Quand naquit ColomI)? Kn \\m, 1430, liil, 144f), 144G, 1447, 1449, 14Ô6.' Où? A Gènes, à Cogoleto, à Bugiasco, à Finale, à Quiuto, à Nervi, sur la Rivière, à Savoue, à Palestrella, ou ijieu à Arl)izali, près de là;' à Cosseria, entre Jlillesimo et Carrare? dans le val d'Oneglia, à Castel de Cuecaro, enlre Alexandrie et Casai, à Plaisance ou à Pradello, dans le val de Nura? Chacune de ces questions a été soutemu' avec uu grand appareil de témoignages.

i^'2, COLOMB.

partie occidentale était très-fréqnentée par les Arabes , Colomb imagina d'entreprendre une conquête de réflexion, c'est-à-dire d'arriver en Asie par la voie opposée. Les autres marchaient à tâtons sur les traces d'un fait; mais lui, il prenait pour guide une idée, une foi. Peut->:tre voyagea-t-il jusqu'à la Guinée et l'Islande, où il put recevoir des informations sur des terres situées au delà de POcéan; les récits, les suppositions fantastiques, les calculs et les textes servaient d'aliment à ses conjectures, qui se convertirent bientôt en convictions.

Que la terre fût sphérique et habitée, même dans la partie opposée à la nôtre, c'est ce que, dans la basse Italie, avaient enseigné les Pythagoriciens, puis répété d'autres savants d'une époque récente, bien qu'un certain nombre, faute de livres, conservassent les préjugés classiques; d'ailleurs l'induction venait à propos depuis qu'on s'avait que la pesanteur n'est que la tendance vers le centre de la terre (1). On pourra donc passer d'un

(1) Dante indique les constellations au-dessous du Centaure et de la Croix du sud, invisibles à notre hémisphère :

lo mi volsi a man destra , e posi inciite Ail' altro polo, e vidi quaitro stelle Non liste mai fuorchè alla prima gente... O scttenirional vertovo sito Poichè privato se' di veder quelle ! ( Purg .,i.)

Les planisphères arabes, et les voyageurs italiens qui pénétraient jusqu'à Babel- Mandel, purent l'en instruire. Voici sa cosmogonie : l'hémisphère boréal se trouvait sous l'eau, et il y avait un continent dans l'hémisphère austral opposé au nôtre; Lucifer, piovendo du ciel pour être emprisonné dans le centre de la terre, produisit par soulèvement un cône qui forme la montagne du Purgatoire , au sommet de laquelle brille le Paradis; la masse aride aux antipodes se fit Je l rnar vélo per panra de LueitVr, et dans notre hémisphère il resta une gran iccca, c'est-à-dire un continent dont Jérusalem est le centre. Ce sont là des idées systématiques et poétiques; ce qui importe, c'est de voir Dante désigner d'une manière précise le centre de gravité de la terre, il punlo a cul soit tratti d'ogni parte i pesi. 11 est vrai qu'Aristote en avait t'ait mention , et que le chroniqueur Rolandino, un demi-siècle avant Dante , écrivait : Non aliter quant ad punctnm lerrœ médium, quod philosopld centrum dicunt, ponderosa cuncta naturaliter élaborant (Hist. Patavina, liv. XII, ch. 9). Le centre de gravité admis, il n'est plus étonnant que la surface du globe soit partout habitée. Pétrarque nomme les antipodes dans \\n passage que nous avons déjà cité, et il écrit dans la cauzone v :

Nella stagion clie il sol rapido inchina Verso occidente , c che il di nostro vola A gente che di là forse l'aspelia ;

méridien à l'autre, qu'on se dirige vers l'est ou l'ouest, et les deux routes seront complémentaires l'une de l'autre. Selon Ptolémée, la circonférence de la terre est divisée en vingt-quatre heures de quinze degrés chacune : les quinze de Gibraltar à Tina en Asie étaient déjà connues des anciens, et les Portugais avancèrent d'une autre; il ne restait donc que huit heures, c'està-dire un tiers de la circonférence du globe. Les philosophes assuraient que la superticie des mers était à peine le septième de la terre; il ne devait donc rester qu'une faible partie de l'Atlantique à traverser pour atteindre le continent de l'Inde, les régions enviées des épices et de l'or, le Cathay, Cipango et les autres contrées , dont le Million de Marco Polo avait répandu les merveilles dans toute l'Europe ; en conséquence , il était plus facile d'y arriver par l'ouest que par l'est (1), Les cinq cents milles de mer que Ton croyait avoir à traverser étaient une longueur excessive pour la faible science nautique de l'époque; mais on espérait que Ton rencontrerait sur la route des iles, dont une vague notion se transmettait parmi les navigateurs.

D'autres indications, d'origine ecclésiastique, ne donnaient au monde que cent cinquante ans de durée j or, comme il était écrit

et dans la sestiiie i ;

Quando la sera scaccia il chlaro giorno , E le ténèbre nobtru altrui fan alba.

Puici, insérant tous ces passages dans le XXV" chant du Morgante, l'ail dire par le démon Astarotli que partout « on peut navi;,'uer, parce cpie l'eau est plane en tous lieux, » bien cpie la terre soit ronde :

E puossi andar giîi nell'altro emisferio Pero elle al centro ogni cosa réprime, Si ctie la terra, per via di inislerio, Sospesa sta tra le stelle suliliine ; E laggiù son città, castclli, iinperio, Ma noi cogno))boii quelle genli prime; Vedi che il sol di cnniininar s'aOVctta Dov' io ti dico che laggiù s'aspelta.

(1) Déjà Stral)on comprenait la possibilité de la circumnavigation , et «si l'étendue de la mer Atlantique ne nous faisait point obstacle, nous pourrions, en suivant toujours le même parallèle, naviguer depuis l'Espagne jusqu'à l'Inde » {Géograplùe, liv. Il); et Sénèque [Quœstioiies itat.), se demandant combien il y a de l'extrémité de l'Espagne jusqu'à l'Inde , répond : « L'espace de peu de jours , si le vent est favorable. »

que VÉvangile retentirait dans foute la terre, Dieu devait être sur le point d'ouvrir l'Inde de cet autre côté, afin qu'on pût y prêcher le (Ihrist, et en tirer des trésors avec lesquels on rachèterait la Palestine des Turcs et tant d'âmes du purgatoire.

Chacun appuyait ses idées des arguments de l'époque, et Colomb en recueillait dans la foi des théologiens, l'avidité des rois, les préjugés des navigateurs, la pédanterie des érudits, la science des mathématiciens. Paul du Pozzo Toscanelli, qui fit à Sainte -Marie-Nouvelle de Florence, sa ville natale, le gnomon le plus élevé du monde , brillait parmi les astronomes de ce temps. Ce fut à ce savant, déjà consulté par les rois de Portugal, que s'adressa Colomb pour en obtenir des lumières et des conseils, et Toscanelli lui répondit par une lettre appuyée de calculs et d'autorités ; il lui traça même une carte de navigation, sur laquelle, de Lisbonne à Quinsay (ville relevée par Marco Polo), il portait seize degrés de deux cent cinquante milles chacun : « Ton dessein, lui dit-il , me semble noble et grand, et je te prie instamment de naviguer d'Orient en Occident. »

Colomb dut être encouragé par une telle approbation ; mais où trouver les moyens de réaliser son projet? La France alors se jetait dans des guerres aventureuses sous le romanesque Charles VIII ; l'Angleterre cherchait à réparer les désastres de ses longues dissensions intestines ; le Portugal avait entrepris ses découvertes en suivant une voie différente, et cette nouveauté ne pouvait que lui déplaire. En effet, ses académiciens, auxquels on présenta les idées de Colomb, les déclarèrent insensées et pleines d'orgueil. Les politiques, néanmoins, conseillaient de l'amuser «jusqu'à ce qu'on eût envoyé des navires pour vérifier la chose » . Colomb, indigné, quitta le Portugal et vint en Itahe ; mais, parmi ces petits États, jaloux les uns des autres, lequel était capable d'entreprendre une expédition si audacieuse ? Venise et Gênes désiraient conserver le monopole des anciennes voies, au lieu de courir les dangers de routes nouvelles ; exploiter à leur avantage exclusif le commerce de la Méditerranée, au lieu de favoriser les nations établies sur les rivages de l'Océan.

Sous l'influence fiévreuse d'une grande pensée, qu'il n'avait pas les moyens de réaliser, Colomb , avec les angoisses du génie incompris, voyait les années s'écouler, sa vigueur s'épuiser, et ne trouvait personne qui voulût accepter le don d'un nouveau monde. Enfin il rencontra en Espagne un moine qui le recom-

manda au confesseur d'Isabelle, et la grande reine, capable de comprendre l'enthousiasme d'un grand homme, lui prêta l'oreille et fit examiner sa proposition par des théologiens et des savants; mais, comme l'Espagne était alors occupée de s'affranchir de la domination étrangère, entreprise qui doit être la première pour toute nation, l'expédition fut renvoyée à des temps meilleurs. En attendant, Colomb se battit contre les Maures, vivant d'un subside qu'on lui avait assigné, lui qui se promettait de distribuer d'incalculables trésors (l).

Enfin la prise de Grenade termina la lutte de sept siècles, et les Espagnols s'assirent indépendants sur le sol qu'ils avaient racheté, pouce à pouce, de la servitude mauresque. Colomb, renouvelant alors ses instances, obtint deux navires et 300,000 couronnes, à la condition de concourir lui-même à la dépense pour un huitième ; il obtint , à son tour, un huitième des bénéfices avec un douzième des pierreries et des métaux précieux , le titre d'amiral et de vice-roi des pays découverts. Un troisième bâtiment fut mis à sa disposition par un armateur du port de Palos, d'où il mit à la voile le 3 août 1492. Plein de confiance en Dieu, il persista dans la ferme résolution de courir droit à l'ouest, bien qu'il en fijt dissuadé par ses compagnons, etque divers phénomènes le conviassent à chercher des terres à droite ou à gauche ; il eut môme la force de ne pas céder au découragement qu'il éprouvait en voyant s'évanouir certaines apparences de terre voisine. Cette persévérance est l'empreinte du génie.

Nous n'avons pas à décrire ici les souffrances de son voyage, ni à raconter comment il aborda aux Antilles, et plus tard au continent, dans lesquels il vit toujours les sept mille quatre cent quatre-vingt-huit îles orientales indiquées par Marco Polo. Son journal nous le montre observateur attentif de tous les phénomènes de la nature, bien qu'il ne fût pas assez instruit pour en

(1) Eu 1488, Barthélémy Colomb, frère de Christophe, desshialeur de cartes nautiques à Lis])onne , puis à Londres , donnait à Henri VII d'Angletene une mappemonde dont nous n'avons pas la description particulière, mais sur laquelle se trouve cette épigraphe :

Janua cui patrin est, nomcn cui Bartliolomceus Columbus de Terra liubra, opus ectiUil islud Londiniis A. D. mcccclxxx alquc innupcr anno Octavo, dccimaqiic die cum lertia lueuxis Februarii. Laitdes Christo canantur ahunde.

trouver l'explication. Dans les phénomènes d'un monde et d'un ciel nouveaux , rien n'échappe à sa sagacitéj il rapproche les faits pour en deviner les rapports mutuels. Le premier, il signala la déviation de l'aiguiile magnétique ; le premier, il connut qu'on pouvait trouver les longitudes au moyen de la différence de l'ascension directe des astres; il remarqua la direction des courants pélagiques, l'accumulation des plantes marines qui déterminent la grande division des climats de l'Océan, le changement de température occasionné non-seulement par les distances de l'équateur, mais encore par la différence des méridiens; il ne négligea pas non plus les observations géologiques sur la forme des terres, et sur les causes qui la produisent.

Colomb est surtout caractérisé i)ar le sentiment religieux, qui le fait croire aux visions, aux révélations; le but suprême qu'il se propose dans son entreprise, c'est d'anéantir l'islam, de convertir les sujets du Grand Khan, de reconstruire Jérusalem et de ract^eter les âmes qui attendent dans le purgatoire, avec l'or acquis dans les découvertes. Il puisait dans ce sentiment la persévérance contre les obstacles, le courage pour supporter les maux, et, au milieu de ses naïfs souvenirs, il écrivait : « Béni soit « Dieu, qui donne la victoire et une bonne réussite à l'honnne « qui suit ses voies : et il l'a miraculeusement prouvé en moi. J'ai « entrepris un voyage contre l'opinion d'une foule de sages; « tous traitaient mon dessein de chimère : je mets ma confiance « dans le Seigneur, car le succès fera grand honneur à l'huma- (fnité.» Lorsqu'il était accablé par le malheur, il lui semblait entendre une voix qui lui criait pendant son sommeil : « Homme a de peu de foi ! que fit Dieu de plus pour Moïse et pour Da- « vid, ses serviteurs ? On t'a ouvert les barrières de l'Océan , « un pays immense t'a été soumis , et ton nom est devenu fa- « meux dans toute la chrétienté. Tourne-toi vers lui , et recon- « nais que sa miséricorde est infinie. Ton cœur est abattu , et tu « cries : Cest trop! Réponds, qui a causé tes afflictions ? Dieu ou « le monde? Dieu n'a pas manqué à ses promesses; mais ce qui « t'arrive à cette heure est la récompense des services que tu as « rendus à d'autres maîtres. »

On connaît en effet l'ingratitude des hommes envers cet éminent génie; au retour de son premier voyage, on lui prodigua des honneurs comme à une espèce de dieu; puis il fut ramené du nouveau monde chargé de chaînes, « lesquelles (dit son fils) je vis toujours suspendues dans son cabinet, et il voulut être en-

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MORT DE COLOMB. ifjl

seveli avec elles». Use plaignait aux rois, mais en vain; il écrivait à son fils : « Après vingt ans de services, de fatigues et tant de périls, je ne possède pas en Espagne un toit pour abriter ma tête; si je veux manger et dormir, il faut que j'aille à l'hôtellerie, et le plus souvent je n'ai pas de quoi payer mon écot. » Fatigué de la critique pénible des oisifs, il disait : « Que les gens qui se plaisent à faire des observations et des reproches bavardent là-bas tout à leur aise, et continuent à répéter: Pourquoi ne pas faire ceci et cela ? J'aurais voulu qu'ils se fussent trouvés dans ces expéditions. » Après avoir passé la moitié de sa vie dans la misère, brûlant du désir de réaliser sa grande pensée, et l'autre moitié sous les coups de l'envie pour l'avoir accomplie, tourmenté par une longue série d'iniquités et déchu des plus brillantes espérances, il mourut désolé à Valladolid, en 1306, à l'âge de soixante-huit ans.

Il institua un majorât, dont il transmit les documents à Gênes, « de laquelle je suis sovti, et où je suis né »; il légua à la banque de Saint-George un dixième des revenus de son héritage pour dégrever les comestibles de tout droit. Seize jours avant de mourir.il écrivit sur un petit livre d'offices de la Vierge que lui avait donné le pape Alexandre VI, et « qui lui avait été d'une grande consolation au milieu de sa captivité, des batailles et des adversités » (1), un codicille militaire pour être remis à sa bien-aimée patrie, la république génoise, en reconnaissance des bienfaits qu'il en avait reçus : il voulait que ses biens-fonds d'Italie fussent employés à y construire un hôpital nouveau; si

(J) Ce petit livre d'offices se trouve dans la bibliothèque Corsini de Rome. Nous avons parlé longuement de Colomb dans Y Histoire univenelle, et peut-être en révélant des faits nouveaux. Il est à remarquer qu'il ne parle jamais de Marco Polo, bien qu'il se fonde continuellement sur ses traditions.

En 1G70, Philippe, roi d'Espagne, donnait à la république de Gênes un manuscrit sur parchemin à petits feuillets, relié en cuir de Cordoue, avec un bouquet d'argent, et renfermé dans un étui de cordouan avec un fernjoir d'argent. C'était un recueil fait par Colond) lui-même de ses titres à celte découverte, et des privilèges ([u'elle lui avait procurés ; il en fit faire deux copies, qu'il envoya à Nicolas Oderigo, son ami, pour qu'il les mit en lieu de sûreté, (a^s copies s'égarèrent dans les derniers événements de Gènes : une fut portée à Paris et recouvrée ; l'autre se retrouva dans la bibliothèque du comte Michel-Ange Cambiaso, et le corps de décurions, l'ayant achetée, la fit imprimer, apics que le père Spotorno l'eut traduite, avec le titre de Codice diplomatico Colombo-Americano, ossia raccoita de documenti origitiali e inediti, speltanti a Cristoforo Colombo , alla scoperta e al governo deW America. 1822.

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