MISÈRES ET GRANDEURS
garantie que la pensée ne saurait être brûlée avec un livre; celle du nouveau monde renverse les barrières qui renfermaient la pensée dans les limites de l'ancien, et démontre qu'elle nous rend supérieurs aux sauvages. Un pareil mouvement attestait ce dogme du progrès^ que des institutions, source de salut et de grandeur pour un âge précédent, peuvent devenir inutiles et même nuisibles à une autre époque. Puissent ne pas l'oublier les panégyristes comme les détracteurs du moyen âge !
Au quinzième siècle, tout est donc changé en Italie. Les étrangers dominaient sur toutes les contrées , et. maintenant c'est à peine s'ils occupent la Sicile; les nobles seuls apparaissaient, et maintenant le peuple joue un rôle; le château prévalait, et maintenant c'est la cité. L'égalité a cessé d'être une concession et une faveur. Le souffle de l'indépendance, d'abord assez vivace pour ne pas souffrir qu'un homme fut soumis à un homme, une ville à une ville, laisse maintenant prédominer un petit nombre d'individus; l'aspiration libérale, qui ne voulait pas môme supporter un frein protecteur, succombe maintenant sous des tyrannies effrénées.
On s'était imaginé que les princes pourraient mieux défendre les personnes, les cités, l'industrie, toutes choses dont le peuple est plus avide que d'une législature indépendante, de l'éligibilité, du vote universel; mais ces princes de petits États et de grande ambition, sentant leur pouvoir précaire, trouvant des ennemis au dehors et au dedans, s'engageaient dans des manèges honteux, dans des guerres sourdement menées , publiquement démenties, inspirées par des jalousies, par de misérables susceptibilités, par l'égoisme, guerres, en un mot, où l'on recourait aux embûches plus qu'à la force ouverte; ils se jetaient enfin dans cette politique dont l'Italie fut la victime et qui la déshonora.
L'histoire du quinzième siècle est une succession de bouleversements quotidiens, de complots, de meurtres, de supplices et d'empoisonnements; en temps de paix comme sur les champs de bataille, la foi publique était méconnu^, et, pour un bon prince, on voyait une foule de chefs pervers, oppresseurs des populations qui les avaient appelés pour les protéger; partout des guerres suscitées par ^ambition personnelle, alimentées par l'or et le sang de la nation qui ne les avait point décrétées, et dont le poids retombait slir elle. On ne voit pas, connne chez les autres peuples, apparaître une force ou une personne qui domine, ni