CHAPITRE eu
GOVVEBNEMENT ESPAGNOL EN LOHBARDIE ET DANS LES DEUX 8ICILES.
Les pays soumis à l'Espagne, privés d'activité nationale, ne peuvent nous offrir que le tableau de honteuses souffrances sous un gouvernement militaire, tout occupé de récolter, non de semer ; de les tenir dans le devoir au moyen de garnisons et de forteresses ; de les contraindre à fournir des hommes et de l'argent , non dans leur intérêt, mais pour l'avantage et la force générale de la monarchie.
If était irrévocablement admis que le roi devait gouverner d'une manière juste et paternelle, mais sans autres limites quç les privilèges traditionnels de certains ordres et de quelques corps. Phi- 1562. lippe II avait créé à Madrid un conseil supérieur d'Italie, dans lequel siégeaient, avec les régents espagnols, deux ministres napolitains, un milanais, un sicilien; mais à cette grande distance, ils connaissaient mal les besoins du pays, et leur action devenait illusoire, tandis que l'autorité souveraine était transmise aux gouverneurs et aux vice-rois, qui dirigeaient à la fois Tadministration et la guerre, avec un pouvoir presque aussi absolu que celui des pachas modernes; en effet, ils pouvaient lever des soldats, disposer des emplois, publier des décrets , intervenir dans la justice civile et criminelle, faire grâce , correspondre directement et par ambassadeurs avec les puissances étrangères. Indifférents au bien de l'État, ils songeaient avant tout à se signaler; dans ce but, ils s'occupaient souvent de questions de guerre , et plus souvent encore ils soulevaient des conflits de juridiction avec les États voisins^ avec les autorités locales, avec les archevêques qui, depuis le concile de Trente, ay aient ravivé les prétentions ecclésias-
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tiques (1). Parfois, ils suivaient une politique différente de la cour d'Espagne; un gouverneur^ dont le roi avait cassé la décision^ la maintint en s'écriant : Le roi commande à Madrid, moi à Milan»
Les gouverneurs, presque toujours espagnols et soldats la plupart, arrivaient dans un pays dont ils ne connaissaient ni les mœurs, ni les usages; ils y trouvaient une telle complication de lois, de règlements, de privilèges, qu'il aurait fallu, seulement pour les connaître, de longues années et une volonté sérieuse, et néanmoins, durant les cent cinquante ans de la domination espagnole en Lombardie, il y eut trente-six gouverneurs. A leur arrivée, ils publiaient, afin de confirmer ou de modifier celles de leurs prédécesseurs, une ordonnance générale, dans laquelle ils comprenaient confusément des prescriptions religieuses, économiques, judiciaires, sanitaires, sur les subsistances et la monnaie; puis, de temps à autre, ils faisaient divers décrets sur des objets tout particuliers, sans aucun esprit d'ensemble. Il est pénible de songer qu'ils devaient être rédigés par des Italiens, de telle sorte que cette tradition d'abus était moins imputable à l'étranger qu'aux indigènes.
Le secrétaire d'Étal Arosteghi disait : a En temps de guerre, « j'aimerais mieux être gouverneur de Milan que roi d'Espagne^ c( parce que celui-ci gouverne au moyen des consultes et des cona seils, tandis que la conduite de la guerre dépend de la volonté c( souveraine du gouverneur (â). » L'intérêt des gouverneurs les portait donc à perpétuer les guerres, ce qu'ils obtenaient d'autant plus facilement, que c'était par elles seulement que l'Espagne pouvait satisfaire sa manie de paraître la première nation du monde (3).
(f) Le 5 juin 16 1 5, un concordat, divisé en quinze cliapitres, eut lieu entre le tribunal ecclésiastique milanais et le séculier.
C^) Pierre Gritti, Rapport sur V Espagne lu au sénat de Venise le mois (Tociobre 1620.
(3) Les attributions des gouverneurs sont exprimées dans cette patente de nomination délivrée au gouverneur Spinola :
Philippus, Dei gratia Bispaniarum, utriusgue Siciliœ , Hlerusalem, etc., rex, archidux Austriœ, dux Burgundiœ, Brabantiœ^ Mediolani, etc. cornes Habspurgi , Flandrix et Tiroli etc.
Quandoquidem, gubernatoris et eapitanei nostri generalis dominH nostri Uediolanensis munere ad prœsens vacante, conveniens necessariumque sit illud viro nobilitate , auctoritate , fortitudine , prudentia , et expertentia insigni committere : cumque hœc omnla et alias quamplurimx egregix virtutes in te, Marchione de los Balbases Ognato, ordinis anrei velleris^ commendatore majore Castellx, nostri consilii statut, exercitus Germanise
GOUTERNEMJSNT B£ MILAN. 63
Le Milanais^ a gros corps à moitié écorché^ chi^rgé de gué-
generali ductore^ belgicœ classia prœfecto, Slatuumque Flandrias exereitus gêner atis tribuno, pariier invenianiur : considérantes prœterea multa magnaque, quœ in praedicto Belgio régi domino et parenti meo nobisque maxima utriusque satisfactione exhibuisti ^ tôt optimis effectibus et insignibus, ut patet, victoriis in illis dominiis prœclara tua fortitudine, cura et nostri obsequii affectu obtentis : gubernans deinde , atque auctoritale et honore nosiro , tôt lantisque oecasionibus et inceptis,qux illic aggressus etassequutus es, suffulciens; Nobis insuper in pace etiam deserviens^ atque graviores res et majoris ponderis ac momenii, quœ sese prasbuerunt, negotia pertractans; quibus omnibus tui semper sanguinis obligationi respondens cumulate satis/ecisti ; confidentes te etiam in posterum iisden^ affectu et amore, quibus adhuc {uti nobis de te spes concepta potlicetur) permansurum : Idcirco te eligere et designare decrevimus, ut, vigore pr«senlium, ex nostra certa scientia , motu proprio, animo deliberato, ac de regix noslrx potestatis plenitudine, eligimus, et assignamus capitaneum nostrum generalem praefati nostri Mediolanensis status Insubrix, seii Lombardix , et regionis Pedemontanx, exercitusque ibi nunc conscripii, et quotquot deinceps conscribentur. Et talem te creamus et constituimus cum prxdictorum tuorum officiorum , ac munerum , et aliorum quorumcumque, a te in prxsentia obtentorum, retentis, cumque stipendiis et oni' nibus ac quibusvis actionibtts, prxrogativis , auctoritatibus , immunilatibus, potestatibus , exemUionibus, jurisdictionibus, induitis, privilegiis et aliis quibuslibet gratiis , qux cxteris nostris capitaneis generalibus, qui ibi prxfuerunt, servantur, et consuetudine sunt servatx : ut hoc subeas onus , et juxta rerum statum et necessitatem ea dirigas , qux tibi videantur expedire, cuncta ordinans et disponens pro summo tuo nostri obsequii desiderio , cum in dicto exercitu inprxsentiarum erecto, et in aliis ubicumque reperti fuerint , aut ingredientur, tum etiam in dicto nostro Mediolanensi statu, et in eo et eis jurisdicdonem et auctoritatem exercens, qux (ui prxdicti muneris ratione ad te spectat. Btiges prxsertim equituin turmas , et offtcium commissarii generalis equitalus ordinarii , et quxcumque alia , qux anteac a nostris capitaneis generalibus in dicto munere apparuerint electa : augmenta stipendiorum , et annua subsidia pro tempore ( qux vulgo Entretenimientos vocantur ) prout patebit ex exemplaribus seit bilanciis ipsius status, confidentes te hac auctoritale et potestate usurum , ut nostro obsequio et nostrarum facultatum utilitati magis expédiât. Ad cujus rei effectum , tibi omnem eam potestaiem elfacultatem concedimus, qux in simili casu est neeessaria. Quapropter Iribuno nosiro generali exercitus , omnibus et quibusvis capitaneis nostris generalibus tam peditum quam equitum cataphractorum etequitum expedictorum , militix tribunis, colonnellis, commissariisque generalibus, capitaneis item privatis eorum vice gerentibus^ signiferis , militibusque nostri prxdtcti exercilus, qui modo sunt , aut in posterum fuerint, cujuscumque qualitatis, status, ordinis aut eondilienis sint, nec non rationum scribis^ sive rationalibus , thesaurariis generalibus, cxterisque nostris officia libus , ad quos ratio stipendiorum solutionis pertinet , aut pertinere potest ; quibuscumque etiam principibus tam xcclesiasticis , quam secularibus, prxsulibus, ducibas, marehionibus , comilibus , baronibus, nobilibus, gubernatoribus , prxfectls