LES GOUVERNEURS DE MILAN
sont entraînés^ avec Tespoir du gain, à convertir en argent tout ce qu'ils ont pour le risquer à ce jeu de hasard, la loterie est cause que beaucoup tombent aveuglément dans des sortilèges et des observations superstitieuses de songes, qui enchaînent les consciences, avec offense de Dieu grave et scandaleuse (4^. »
Le duc d'Ossuna, différent de celui que nous verrons figurer à Naples, mais non moins funeste, fit son entrée avec une pompe i670. mémorable même dans ce siècle fastueux. Des escadrons de cavaliers^ la cuirasse sur la poitrine, le casque en tête et le pistolet, à la main, ouvraient la marche; venaient ensuite cent bêtes de somme, couvertes d'écarlate à galons d'or, qui portaient les bagages de la famille; chacune d'elles, avec des brides de soie et d'or, était conduite par un palefrenier habillé d'écarlate et d'or, ayant un panache au chapeau. Le même caparaçon couvrait les destriers du duc, suivis des carabiniers en beau costume et des gentilshommes milanais, plus richement vêtus encore, avec une nombreuse escorte de laquais. On voyait ensuite trois carrosses du duc, avec la caisse et les roues élégamment sculptées, le bois tout doré; le premier, où se trouvaient sa femme et ses filles, avait des clous d'or, et les autres, d^argent; l'or brillait partout dans l'intérieur. Le duc, suivi de lanciers et d'autres soldats, chevauchait entre le premier carrosse et un escadron de gardes suisses.
Afin de suffire à ce luxe et à celui qu'il déploya dans la cour, il volait eC vendait les charges; à son départ, il laissa au trésor des dettes considérables, tandis qu'il amassa cinq cent mille onces d'argent, fruit de riches dons. Le comte Trotti, pour être nommé général, lui donna quatre- vingt mille écus de Gênes. Un serviteur d'Ossuna ayant frappé un petit chien de la princesse Trivulce, les domestiques de cette dame tuèrent l'offenseur. Le duc envoie le capitaine de justice pour arrêter les meurtriers; mais leur maîtresse, qui était Espagnole, expédie quelqu'un à Madrid pour se plaindre qu'on eût violé l'immunité de sa maison ; arrive un
(1) La loterie fut introduite à Gênes, à ce qu'il parait, au commencement du seizième siècle : spéculation privée, qui allait encore dans d'autres pays exploiter la crédule a?idité. Les princes de Savoie la prohibèrent, non dans un but moral, mais dans Tintérèt du 6sc. Charles- Emmanuel II, qui en 1655 i*avait défendue sous peine de cinq ans de galères , avec confiscation , permettait en 1674 à Cé^T Ghiapissone de l'introduire dans ses Élats, à la condition qa^l fournirait cinq dots décent livres chacune, pour être données à de pauvres jeunes filles. En 1696 on Taffermait moyennant 7,500 livres.