IDÉES POLITIQUES
princes^ faibles par eux-mêmes et ne sachant pas se rendre forts par rUnion^ avaient pour politique de s'appuyer sur les ennemis de l'indépendance italienne.
Le libéralisme consistait à résister, je ne dis pas aux rois, mais aux gouverneurs du Milanais ou bien aux vice-rois de Naples; ce but^ on l'obtenait en embrassant le parti des Français, non par une adhésion sincère, mais tortueuse, mensongère et suivie de honteuses défections. Aux princes d'Italie (car on ne s'adressait pas aux populations) la France disait : a Ne voyez-vous pas que a r Autriche vous traite comme des vassaux? Maîtresse des deux a extrémités de la Péninsule, elle vous dicte orgueilleusement sa « volonté ; elle traverse vos États avec ses troupes, les fait hivera ner sur vos domaines, et attribue à ses représentants les pre- « miers honneurs... Malheur à vous si la France cessait de vous a protéger ; plus rapprochée de vous par ses mœurs , elle est « l'ennemie naturelle de vos maîtres ; de même qu'elle sauve- « garde l'Allemagne contre le pouvoir arbitraire de l'empereur, a elle vous préserve de la tyrannie espagnole. » Le cardinal Richelieu surtout, qui gouverna longtemps la France comme miiM2. nistre de Louis XIII, ne semblait agir que pour sauver l'Europe (jc de l'oppression des Espagnols, de la tyrannie de la maison d'Autriche, dont l'avidité insatiable la rend ennemie du repos de la chrétienté ». Il veut lui faire restituer ce qu'elle a nsurpéen Italie, et garantir les Italiens contre son injuste oppression (1) ; dans ce but, il engageait de longues guerres et se jetait dans un labyrinthe de négociations.
Quatre systèmes politiques, d'Espagne, de Savoie, de Venise, et des papes, exerçaient donc leur influence sur l'Italie ; il en résultait un jeu de bascule qui fit naître , avec des intrigues sans fin,- des guerres interminables, toutes suscitées par les étrangers , celle du pape avec les Farnèse étant seule d'origine italienne. Ainsi se perpétuaient les divisions , au point de rendre ennemies les unes des autres ces petites populations, qui n'avaient pourtant qu'un seul ennemi.
Rome, depuis qu'elle avait cessé d'être la capitale du monde, n'était plus ahmentée par les tributs de toute la chrétienté, mais seulement par le patrimoine de l'Église, qui venait ainsi à Tappui de l'influence spirituelle, et que les nouvelles constitutions défendaient de démembrer, comme on le faisait en faveur des neveux.
(1) Testament politique.
ÉTAT PONTIFICAL. i3
Les papes> déchus de puissance autant quMls avaient gagné en respect^ loin d'être en mesure de disputer aux empereurs la suprématie du monde, ne pouvaient même se flatter de jouer le premier rôle en Italie^ depuis que les étrangers y avaient pris racine ; bien qu'ils fussent favorables à TEspagne comme catholique et voisine, ils avaient de fréquents démêlés avec cette puissance pour des questions de territoire ou de juridiction.
L'État papal comprenait l'Ombrie ou légation de Pérou^, les légations de la Romagne, de Bologne^ de Spolète avec la marche d'Ancône, outre le duché de Bénévent dans le royaume de Naples> et le comtat Venaissin dans la Provence. Il comptait pour vassaux de grands princes, tels que le roi de Naples, le duc de Parme et de Plaisance, celui d'Urbin ; jL avait des contrées fertiles, bien que la malaria en infectât quelques-unes, comme Ravenne , Bagnacavallo, Lugo, Bologne^ outre les marais Pontins. Ces pays et le tribut des vassaux fournissaient dix-huit cents écus d'or; mais la majeure partie était absorbée par l'intérêt dû aux monts-de-piété^ outre les sommes prodiguées aux magistrats et aux neveux, ou affectées au rachat de fiefs qu'on abolissait. La liste particulière du pape était grossie par les riches dons que Ton faisait aux bureaux de la Daterie (1); en outre^ il avait les meilleurs moyens de ré-
(1) Les grands dons étaient communs à toutes les cours, et pour traiter une affaire on les prodiguait à ceux qui pouvaient en fayoriser la solution. Voigt, dans V Histoire de Pmsse , dit que ce pays tous les ans faisait don au pape de 4,000 ducats d'or; de 100 doppie (pièce d'or romaine, de la valeur environ de 17 fr. ) au cardinal de Fargis, son neveu; de 20 à celui d'Albano; de 487 ducats d'or et de 25 doppie à divers individus de son entourage, outre ce qu'on donnait à des avocats , notaires, eslafiers, etc. L'ambassadeur venait donc toujours avec une grande provision d'objets à distribuer. Jean de l^elde , chargé de TamtMssade de Rome en 1391, avait apporté 25 coupes d'argent, 15 plats du même métal et un grand nombre d'anneaux. Le même Voigt parle du don des douze apôtres en or, fait par Tordre Teulonique à Léon X, qui les vendit ensuite ; il donne la liste des c^eaux faits dans le quinzième siècle à la Noél , sans dire Tannée. Nous la rapportons à cause des prix :