‹ Histoire des Italiens, trChapitre 1 sur 176 · LE DERNIER SFORZA · texte numérisé non relu

LE DERNIER SFORZA

gent qu'il lui demandait, ce pape brûlait du désir de la soumettre. Néanmoins il n'osa point le tenter par la force ouverte, dans la crainte qu'elle n'appelât l'ennemi ; mais, sous le prétexte d'un débarquement imminent des Turcs, il obtint d*y construire des fortifications ; d'où il tomba sur la ville et lui ravit son indépendance. Le trésorier, dans cette grave circonstance, avait caché le trésor public : le cardinal Accolti , qui avait suggéré cette fraude et stipulé pour sa famille le gouvernement perpétuel de 1^ ville, le fil décapiter, et emporta le trésor dans sa maison ; puis le gibet, les tortures et l'exil domptèrent les Anconitains, qui furent remplacés dans les emplois par des Florentins. L'infamie des Accolti resta impunie tant que vécut Clément Vil; mais Paul IIl fit enfermer Benoît, et ne le remit en liberté qu^après le reâibourscment de 50,000 écus d'or.

Les autres pays de l'Église ne restaient pas tranquilles. Napoléon Orsini , diffamé, sous le nom d'abbé de Farfa, par mille délits, assaillit , à la tôte de bandes, les châteaux qu'on lui avait enlevés, parcourut la contrée en ennemi , faisant des prisonniers, imposant des contributions, exigeant des rançons. Sa marâtre Félicie, fille de Jules II, obtint que le pape envoyât des forces contre lui; vaincu, il se retira à Farfa, puis en France, jusqu'au moment où le roi lui fit pardonner, avec autorisation de retourner à Rome. Là, ayant appris que ^ sœur allait se mettre en route afin d'épouser un prince napolitain, il s'embusqua pour l'enlever; mais Jérôme, son frère, qui l'escortait avec trente hommes, ayant rencontré l'abbé, lui donna la mort.

Jean-François Pic était redevenu seigneur de la Mirandole ; mais Galeotto, son neveu , seigneur de Concordia , assaillit la ville, pénétra dans la chambre de Jean-François, qu'il égorgea devant un crucifix avec son fils Albert et les autres personnes de la maison , et réunit le pays à sa seigneurie. Aucune des promesses faites à Malatesta Baglione pour qu'il trahit ne s'était réalisée; il se retira donc avec son argent et son infamie dans sa ville de Pérouse, où il mourut à l'âge de trente-neuf ans. llodolphe, son fils, banni de cette cité , s'en empare de vive force et brûle le palais du prolégat, qu'il met à la torture avec deux auditeurs pour les contraindre à révéler le lieu où est le trésor; puis il les fait décapiter tout nus, et se constitue seigneur. Telle était la paix que les étrangers avaient apportée à Pitalie.

Le Milanais, épuisé par tant de souffrances, ne jouissait pas non plus du çepos; la mort du duc, qu'on regardait comme

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prochaine, le tenait alors en suspens. L'arrogance de Medeghino, qui menaçait une grande partie de l'État , entraîna le duc dans une guerre de dix mois très-dispendieuse, et le contraignit à imposer des contributions qui portèrent au comble le mécontentement. Crémone, qui avait souffert d'horribles ravages de la part des troupes de la ligue, se souleva contre les taxes ducales ; les révoltés, aux cris de : Du pain! du pain! et conduits par un certain Luchetto, tuèrent quelques seigneurs. Le commandant du château sortit avec des forces, et Luchetto se réfugia dans le Toprazzo, d'où il fut tiré à force de promesses et d'assurances pour être tué. Des troupes accouruesde Milan emprisonnèrent beaucoup d'habitants; «néanmoins on ne condamna à mort que quelques hoaimeset une femme, mais beaucouj) furent bannis (Gampi). » François I", qui, dans son intérêt personnel, avait indignement sacrifié ritalie , ne sut pas , une fois hors de l'abhne, se résigner à l'avoir perdue. Pour contrarier Charles-Quint, il donnait la main à Henri VIIT d'Angleterre, et aux protestants d'Allemagne, qui, convertissant la liberté religieuse en liberté politique, s'étaient levés en armes après avoir formé la ligue de Smalkalde. Dans le but de détacher Clément Yïï de l'empereur, 1555 il demanda, pour la marier à son second fils Henri , Catherine, fille de Laurent II de Médicis. Cette alliance avec les rois de France jetait tant de lustre sur sa famille que le pape vint à Marseille la négocier en personne, se transformant en paranymphe au grand détriment de la dignité pontificale. Il assigna pour dot à Catherine 100,000 écus d'or et tous les biens que sa mère possédait en France, biens dont le revenu annuel était de J 0,000 sequins.

Le roi, sachant que François Sforza, duc de Milan, avait trop de raisons d'être mécontent de l'empereur et de Leyva, lui envoya Albert Meraviglia comme ambassadeur, mais sans titre officiel, avec la mission de l'entraîner dans une ligue. Le duc lui prêta l'oreille; mais, comme il tremblait sans cesse à la pensée de ses maîtres, aussitôt qu'il craignit d'être découvert, il fit arrêter et décapiter cet agent sous le prétexte d'un meurtre. Le roi jeta les hauts cris pour cette violation du droit des gens, et Charles-Quint, satisfait d'une pareille démonstration, donna en mariage à Sforza sa nièce Christierna de Danemark . Mais, peu après, ce duc timide et cruel mourait à quarante-cinq ans sans laisser de regrets. Avec lui s'éteignit la famille Sforza, qui, dans l'espace de quatre-vingt-sept ans, avait donné six ducs à Milan,

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