‹ Histoire des Italiens, trChapitre 124 sur 176 · ADRIEN VI · texte numérisé non relu

ADRIEN VI

siques. Il avait donné à l'un de ses neveux un bénéfice de 60 écus; comme ce neveu lui en faisait demander un autre devenu vacant, qui en valait 400, il lui répondit avec aigreur que le premier suffisait à ses besoins; puis, cédant à beaucoup de supplications^ il le lui accorda, mais il voulut qu'il résignât Tautre. Il se fit promettre par les cardinaux qu'ils déposeraient les armes^ De donneraient point asile dans leurs palais aux proscrits ni aux malËdteurs, et laisseraient le bargel y entrer pour exercer des actes de justice.

cSi les ecclésiastiques avaient une longue barbe comme les soldats^ ou des vêtements peu convenables à des prêtres, il les en reprenait, parce que Tabus était venu à ce points que les prélats portaient Tépée à cheval, avec la cape courte et la barbe. Moi, écrivain, j'ai vu à Florence un de nos concitoyens qui, à l'âge d'eDviix)n vingt- quatre ans, était archevêque de Pise; le pape Léon X lui avait fait céder ce poste par un autre archevêque de Kse qui vivait encore, en lui donnant à Rome, à titre de compensation, des charges et d'autres bénéfices; pour le dire en peu de mots, il avait acheté son siège. Le jour, dans Florence, il se promenait à cheval l'épée au côté, avec une cape noire à ''espagnole qui lui descendait aux genoux, et son cheval ou sa mule avait un caparaçon de velours en Tbonneur de Dieu et de la sainte Église. Le cardinal Jules de Médicis supportait cela, et i^lait toujours à l'église avec le rochet découvert, sans manteau ûi chapeau, portant une barbe qui descendait jusqu'au milieu de la poitrine, suivi de laquais armés de Pépée, et sans prêtres ni dercs. L'Église en était venue à ce point, que les cardinaux et les prélats allaient masqués aux banquets, aux repas de noces, iU2bals(i].]>

La simplicité d'Adrien, sa coutume de dire la messe et les ofîces tous les jours, excitaient le rire dans le palais habitué aux ■^ns peu rigides de Jules II et de Léon X. Depuis longtemps n n'avait pas vu de pape étranger, et Adrien ne savait pas ^éme la langue du pays , ce dont s'effarouchait le patriotisme 6s Italiens. Ce. pontife, au delà des Alpes, était réputé le projeteur du talent; il avait même écarté les obstacles qui s'oppoùentà la fondation du collège trilingue de Louvain (2). Malgré

(1) Jean Gavbi, à Taimée 1522.

(2) Ërashe, ép. 1176; dit : P'ix nostra pkalanx sustinuisset kosthtm conjura " ^em, ni Adrianus tum carcUnalis, postea romanus ponti/ex, hoc edîdisset ora*

mar. des ital. -^ t. \iii. 25

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ces témoignages de son amour pour les lettres^ il fut tmtéde barbare par ces immanistes qu'il ne salariait plus, et qui s'eftfuirent en raillant et en blasphémant. Tous les Sextui (difldk une épigramitie) ont ruiné Rome (i). Negro se plaignait (|tti toutes les personnes de bien quittassent la ville; Bemi éerinA' ui\ chapitre violent contre ce pape et les quarante polttont 4b cardinaux qui Tavaient élu. Pasquin le d^ignit avec les trâb d'un pédagogue, qui appliquait la discipline aux cardinaux comM à de petits écoliers. 11 froissait beaucoup d'intérêts^ parce qu'eft voulant supprimer les ventes simoniaques, il faisait tort à cem qui les avaient affermées légalement. L'abolition des survivaiictl des dignités ecclésiastiques lui suscita de graves inimitiés.

Privé; comme étranger^ des soutiens de la famille, il ne iMi pas is'cn créer de nouveaux ; car, avant de conférer les béatÊces^ il examinait longuement^ et laissait ainsi les postes vacâttli: se méfiant de la plupart des hommes comme corrompus^ il étal contraint de se livrer à quelques personnages qui le trahisaaiehl; on l'entendit donc s'écrier : «Quel malheur qu'il y ait des lemfl où l'homme le plus digne est contrahit de succomber ! d Eneffi^ maligt*é son zèle et sa piété^ il fut considéré comme un fléau lloi moins funeste que la peste qui désolait alors lltalie; sa mM devint l\)ccasion d'une joie publique^ et Vcm Suspendit à la porfH de son médecin des couronnes dviques ob urbem sertmtam.

Le moment le pius défavorable pour réformer est celui qn*flft ne peut différer. L'abîme creusé par le temps ne pouvait être comblé qu'avec le temps; mais la réforme s'avançait avec h violence de toute ctiose qui détruit. L'habitude des rites nouveaux, avec le mépris des dogmes anciens, s'introduisait dâ» les peuples; les prêtres mariés étaient attachés à leur nourde ccmdition par le double lien de l'intérêt et de l'affection, et ta enfants s'élevaient dans le culte réformé.

Toutes les fois qu'une grave hérésie lui avait déchiré le seîB,

cutum : Donas Uteras non damno, hœreses et sehismata damno,,, Jérôme NÂi daiis ses leUres, où il dépeint 5i bien ce pontificat, dit : « Il aime beaoeoup k littérature, surtout ecclésiastique, et il ne peut souf^r un prêtre ignorant. •

(1) Sextm TarquiniuSy Sextus Nero, Sextus et Ute :

Semper et a Sexlis diruta Roma fuit.

Les deux épitaphes, faites pour lui, expriment grand^nent la vérité,

lladrianus VI hic situsest, qui nihU sibi infeUciusin vUâ Quamquodimpermtt^l'f^* Pro dolor ! quantum refert in qua tempora vel optimi cujwgite vUa iMfUI^'

LB OONCILE, CLÉMENT Viï.t 387

PÉglise s'était réunie en concile autour du successeur de saint Pierre, afin de prononcer selon son inspiration et celle du Saint- Esprit. Ce remède ; très-efficace alors que l'autorité de l'Église n'était pas mise en question, fut proposé à Porigine du mal. Les protestants forent les premiers qui en appelèrent au concile des excommunications du pape, et les catholiques. espéraient pouvoir, dans cette assemblée, opposer le sentiment universel et ancien aux OfHnions particulières et nouvelles.

Clément VU, qui occupait le saint-siége, expédia des lettres ^^23 dans lesquelles, selon l'habitude, il déplorait les malheurs de la chrétienté, en les attribuant à la discorde des princes et aux dérèglements dans Tordre ecclésiastique : la correction, disait-il, devait commencer par la maison de Dieu ; il s'amenderait luimême, et les cardinaux imiteraient son exemple; il visiterait en personne tous les princes, afin de rétablir la paix entre eux , et ansâtôt après il réunirait un concile pour ramener aussi la concorde dans l'Église. Persuadé que le plus important était de s'opiposet aux Turcs et d'éteindre Tincendie d'Allemagne, il se résignait à souscrire à toutes espèces de transactions avec les novateurs : c'est ainsi que procèdent les autorités menacées, sauf à violer leurs promesses quand elles se sont raffermies. « Sa Sainteté (écrivait Muscetola) a fait examiner par divers théolol^ens les confessions de Luthei'; il a eu pour réponse que beaucoup des choses qui s'y trouvent contenues étaient entièrement conformes à la toi catholique; que d'autres pouvaient recevoir wne interprétation non contraire à la foi, si les luthériens voulaient se prêter à un accommodement qui , sous d'autres rapports encore, ne serait point impossible (1). »

Charles-Quint, considérant la réforme au point de vue politique, pouvait désirer, comme empereur, l'humiliation de ces papes qui, non contents de refréner ses prédécesseurs, avaient proclamé avec Jean XII la séparation de l'Italie de l'empire , et Texpulsîon des étrangers avec Jules II; mais, d'autre part, il voyait avec dépit qu^un moine lançât ses syllogismes au milieu de son ambition démesurée, et que les princes de l'empire profitassent des innovations religieuses pour s'affranchir à la fois de ^empereur et du pontife : diversion désastreuse alors que les Turcs se montraient partout menaçants. Il resta donc catholique par calcul , et conclut avec Léon X un accord rempli d^intérêts

()) LeUiie du J9 avril 1^32, (Uj^b les LetU-es à l'empereur CîmvltfrQitini écrites par son conjesseur^ Berlin, 1848.

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