‹ Histoire des Italiens, trChapitre 139 sur 176 · ALBIZZI · texte numérisé non relu

ALBIZZI

correspondance; enfin, par son crédit et son argent^ il combattit Fautorité pontificale^ les moines^ le purgatoire, les indulgences, la confession, le saint chrême, les jeûnes, l'invocation des saints, les vœux de chasteté. La foi, disait-il , suffisait pour nous sauver sans le concours des œuvres; on trouvait véritablement dans TEucharistie le corps du Christ, mais non transsubstantié ; on pouvait, sans péché, lire les livres hérétiques et faire gras tous les jours. Paul IV, Payant en vain cité à comparaître , le frappa d'excommunication ; mais, comme il continuait ouvertement^ Ke IV obtint qu'il lui fût livré par Cosme. Il se défendit si bien qu'il parvint à se faire absoudre, mais il ne sut pas se taire ; il secourut de son argent Pierre-Léon Marioni et Pierre Gelido de SanMiniato, prêtres de beaucoup de savoir, lesquels, accusés d'hérésie, purent s'enfuir à Genève. Cosme lui conservait toujours ses bonnes grâces; mais, sur les instances du rigide Pie V, il le livra à l'inquisition qui , l'ayant contraint à des aveux et conwincu d'hérésie, le condamna au bûcher. Le pape renvoya Fexécution à dix jours,* afin qu'il se rétractât dans l'intervalle; inais, comme il discuta dans un sens hétérodoxe avec le moine chargé de lui offrir les secours de la religion, il fut décapité et 15ô7 brûlé (1).

Antoine Albizzi institua à Florence l'académie des Altérés, et fut même consul de la Florentine ; étant au service du cardinal d'Autriche en Allemagne, il prit goût aux doctrines nouvelles, et revint avec un ami en Italie pour mettre ordre à ses affaires Bt s'en retourner ensuite afin de professer librement ses, opinions. Mais on les découvrit ; l'ami fut arrêté, livré au saint of- Bce, et Albizzi s'enfuit à Inspruck, puis se retira à Hempen en Souabe ; il mourut au moment où le saint office lui réitérait les sommations à comparaître.

La Toscane voyait accroître le nombre des familiers du saint office, distingués par une croix rouge, soustraits à l'autorité sé- ^ière et autorisés à porter les armes. Le grand-duc craignit loe ce costume ne servît à déguiser les nombreux ennemis de sa domination; cependant il ne put refréner les inquisiteurs qui, ^Sienne comme à Pise, poursuivaient sans pitié quiconque émet- ^ des propositions ambiguës, et ne toléraient pas même des ^èretés d'étudiants,

, (1) Voir une lettre du résident vénitien, du 27 septembre 1567, à la seigneu- ^ de Venise, dans laquelle il rend compte d'un auto-4a-fé célébré dans la Mi- '«^Ye, et du supplice de Camesecchi.

438 RÉFORMÉS LUGQUOIS.

Si ia peur de voir la critique passer des choses sacrées ^ i' faires politiques rendait sévères ]es gouvernements des princtt) Taristocratique Lucques avait le même souci. Dès i^%, elle prohibait les livres de Luther et des luthériens^ et quiconque ed avait devait les livrer; mais on comptait beaucoup de prosélytes dans cette ville^ et le cardinal Barthélémy Giudiccioni écrivait de Rome, en ir)42, au gouvernement de Lucques^ sa patrie; a Nous apprenons ici, par diverses voies, que les erreurs pestiférées de la secte luthérienne se sont beaucoup répandues dans potre cité ; ces erreurs, bien qu'elles aient paru assoupies, oot dormi, comme on le voit^ pour se réveiller plus vigoureuses.., Jusqu'à présent, on a pu croire que le mal se bornait à quelques pédants et à des femmes; mais, connaissant les cçKiyeécules qui ont lieu à Saint-Augustin, et les doctrines qui s'enseignent et s'impriment^ sans voir les gouvernants, dans Tordre spirituel ou temporel , prendre aucune mesure ni (te mander que d'autres en prennent^ on est obligé de crpire (f^ tout se fait avec le consentement et la volonté de ceux qpi commandent. Je prie donc de nouveau vos seigneuries de procéder de manière à faire disparaître l'ocleur fétide que )e mal 4 répandue et répand; qu'on chasse, au nom de Tautorité 4u siège apostolique, ces moines qui nourrissent depuis si longtemps ces erreurs pestiférées, et que leur couvent soit (lonoéà des religieux capables de produire de bons fruits; si Ton châtiait quelques individus de cette secte, ce serait peut-être un remède salutaire...

a En attendant, il serait bon que vos seigneuries ordonnassent que le vicaire de l'évoque fît immédiatement arrêter ce Ceiio (Curion), qui se trouve dans la maison de messire Nicolas Arnolfmi ; car on l'accuse d^avoir traduit en langue vulgaire quelques livres de Luther, pour offrir celte nourriture détestable aux femmes simples de notre ville; on dit même qu'il a faitiraprimer ces préceptes à sa volonté , outre qu^il infecte Venise et Ferrare de sa mauvaise odeur. Il est donc urgent de procéder contre ces moines de Saint-Augustin , et surtout d'arrêter ce Celio, lequel a dit souvent à nos concitoyens de communier seulement en mémoire de la passion du Christ, mais sans croire que l'hostie contient son très-saint corps. Après les avoir arrêtés, vous pourrez les envoyer à Rome, ou bien donner avis que vous les tenez à la disposition de S. B. ; il faut que tout le monde sache que vos seigneuries veulent commencer à faire quelqui^

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déiaonstsatùm et rester, comme nos aïeux , bons catholiques et fils obéissants du siège apostolique...

«Ce matin, après le départ de l'ambassadeur, dans la réunion teaue par les révérends commissaires chargés d'examiner les hérésies et les erreurs luthériennes, il a été lu devant le pontife huit conclusiops luthériennes et non catholiques de don Constantin, prieur de Fregionara ; ces conclusions ont tellement déplu au pape et aux révérends conomissaires, qu'ils m'ont chargé de vous écrire pour vous prier de le faire emprisonner en en donnant avis, ou de Renvoyer à Rome avec cet autre moine de Saint-Augustin. Je vous conjure de le faire sans tarder, parce que vous effacerez ainsi la mauvaise réputation de notre ville, niontrerez que ces erreurs vous déplaisent, et ferez chose agréa- Ue à Dieu, b

Cette sollicitude n'était pas sans motif; en effet, Pierre Martyr Yermiglio, en adressant à ses coreligionnaires de Lucques Papologie de sa fuite, se félicitait de ce que le nombre des croyants augmentait dans cette ville. Peut-Atre ce nombre étaitil exagéré, soit par Rome aGn d'y établir l'inquisition, soit par le seigneur de Florence dans le but de s'en faire un prétexte pour s'emparer de cette république, objet de son ambition ; Li^cques, à l'effet d'écarter ce double danger, redoubla de rigueurs. I^e conseil général, « soupçonnant qu'il y a quelques téméraires, 1545 lesquels, bien que n'ayant aucune intelligence des Écritures sacrées ni des canons sacrés, osent se mêler des choses relatives À la religion chrétienne, dont ils discutent aussi librement que s'ils étaient de grands théologiens, et se permettent des expressions, soit apprises de leurs semblables ou suggérées par leur <fiabolique persuasion, qui tiennent de Thérésie; sachant, en outre, qu'ils lisent de petits livres sans nom d'auteur, lesquels contiennent des choses hérétiques et scandaleuses, d'où il peut Vilement résulter que non-seulement ils s'égarent dans quelque erreur, m^iis encore y entraînent d'autres individus, x> inflige l'amende à ces raisonneurs, et les galères à quiconque tom-. Jïera dans la récidive : tout hérétique qui en dénoncera d'au- ^ sera lui- môme absous; qu'on remette à l'autorité les livres hérétiques, et qu'on ne conserve aucune correspondance avec les ^^érétiques, nommément avec Ochino ou Pierre Martyr; que l'on ^iise chaque année trois citoyens pour surveiller ces délits. En IS48^ la loi fut révisée et la pénalité modifiée; mais le châtiment •^étendit à tout livre de religion qui ne serait pas souscrit par

440 INQUISITION A LUCQTJES.

le vicaire de Tévêque : chacun était tenu de se confesser et de communier; pendant le carême, défense aux bouchers d'abattre des animaux et de débiter de la viande, si ce n'est du chevreau, du veau ou du mouton; on ne pouvait prendre à son service des personnes sorties d'un couvent. Des peines étaient prononcées contre toutes les infractions^ et l'on provoquait à l'espionnage. En 1558, il fut défendu de s'entretenir ou de correspondre avec les individus déclarés hérétiques, ou qui refuseraient de répon« dre aux citations du saint office.

Il est probable que ces édits furent imposés à la Seigneurie par la nécessité de donner satisfaction à ses voisins. Le pape lui fit des reproches sur cette immixtion dans les affaires ecclésiastiques ; mais l'inquisition romaine ne fut pas introduite dans la petite république, qui resta pure de sang. Toutefois, en 1555, dans la crainte peut-être de voir se réaliser les menaces, restées jusqu^alors sans effet, beaucoup de citoyens quittèrent Lucques: entre autres, Philippe Rustici, qui traduisit la Bible à Genève; Jacques Spiafame, évêque\le Ne vers ; Pierre Perna, qui établit une imprimerie à Bâle , multiplia surtout les éditions des réformateurs, et avait pour correcteur le Siennois Mino Celsi, lequel examina Quatenus progredi liceat in hœreticis coercendis; le médecin Simon Simoni dont nous avons déjà parlé. Des familles entières émigrèrent également , comme les Liena , les Jova, les Trenta, les Buibani, les Calandrini, les MinutoH, les Buonvisi , les Burlamachi , les Diodati , les Sbarra, les Saladini, les Cenami, qui fournirent ensuite à la Suisse d^utiles citoyens, et des personnages illustres à la république littéraire (1).

En 4561, on redoubla de surveillance à la frontière à l'égard des livres prohibés, en donnant l'ordre d'ouvrir les paquets et de fouiller les valises qui provenaient d'au delà les monts. I-orsque Pie IV manifesta la crainte que les nombreux Lucquois qui voyageaient en Suisse et en France n'en rapportassent Tinfection, le sénat défendit d'habiter ces contrées; ceux qui demeuraient à Lyon devaient communier ensemble le jour de Pâques; tout

(1) Tels furent Jean, Charles et Alexandre Diodati; Frédéric Burlamachi et le fameux Jean- Jacques ; Jean-Lodovico Calandrini ; Benoît, François, Michel, Jean-Alphonse, Samuel Turrettini, Vincent Minutoli; Jacques, Barthélémy el François-Gratien Micheli ; Jean-Lodovico Saladini. Des Turrettini sortirent plusieurs hommes illustres, et surtout Jean-Alphonse, qui se fit admirer, pendant ses voyages en Europe, comme un des flambleaux de l'Église réformée, et s'efforça de concilier les esprits dissidents.

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individu qui logeait un étranger, et le voyait se rendre coupable d'actes ou de discours peu catholiques, était tenu de le dénoncer; aux individus déclarés hérétiques d'État, défense de s'arrêter en Italie, en Espagne, en France, en Flandre, dans le Brabanl, « lieux où notre nation a coutume d'habiter et de négocier beaucoup. » S'ils y sont trouvés, « que celui qui les tuera reçoive pour chacun d'eux 30 écus d'or de la commune; s'il est banni, il restera libre ; sinon il pourra obtenir la grâce d'un autre proscrit. » Ce décret valut à la commune les louanges de PielY et de saint Charles; mais le fait, que cette année môme on se plaignit qu'il restait beaucoup d'hérétiques dans cette ville, lesquels correspondaient avec les émigrés, et recevaient des œuvres protestantes , permet de supposer qu'il ne poussa personne à l'assassinat (1).

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