CHAPITRE CXLVI
RÉACTION CATHOUQDE. CONCILE DE TRENTE. RiPORHE MORALE.
Jean Ange, éminent jurisconsulte milanais, qui occupa le siège pontifical sous le nom de Pie IV, était frère du fameux Jean- Jacques de Médicis. Bien qu'il désapprouvât la sévérité de son prédécesseur, il fit juger et punir de mort ses trois neveux , ^^^ ^^ excepter celui qui portait le chapeau rouge. Le supplice ^'un cardinal diacre était une telle nouveauté, que tout le 'ïîonde s'en occupa. Tous cherchèrent à connaître son procès, ^t personne ne le vit entier, pas même le prévenu ni son défen- ^ur; on voulut y voir une vengeance de l'Espagne contre ces Personnages, ses adversaires, qui s'étaient vantés de lui enlever e royaume de Naples. Pie IV dit à l'historien Pallavicino que ^tle condamnation était son plus vif regret, mais qu'il avait
(1) Ratnaldi, ad anniun 1562. Une rtformagione de 1570 contient les •oms de ces bannis , qui sont Giofredo de Barthélémy Genami , Nicolas Franiotti , Joseph Cardoni , Salvatore de TOrafo ; Antoine , frère de Michel-Ange «iena; Gr^spard et Flaminie Gattani, Gésar de Vincent Mei, Benoît de Philippe îalandrini , Michel de François Burlamachi , Joseph Jova, Laurent Alo Veutum, Marc de Clément de Bimino.
^% SAINT GHAjaLES BORRQHEE.
dù la pemettrc pour l'exemple des peyeu)^ futurs. Pie V, ayant revu la cause des victimes, les déclara condamnées iniqueineni, < et fit décapiter Alexandre Pallentieri, qui avait ourdi ce procès ] dont les pièces furent brûlées ; il empêchait ainsi la postérité (Je juger en appel suprême (1).
Pie IV^ tandis qu'il allait à cheval, écoutait quiconque lui parlait^ ^t donnait audience aux ambassadeurs di\i\% le fielvedère^ sans cérémonies. Bien qu'il fût^ par son origine, l^ps^isan de TAutriche^ il ne prit aucune part à la guerre; il procpra à Rome des années de repos et d'abondance^ et convertit en fortereue I4 cité Léonine, où est le Vatican ; ce palais vgçvX alors beau- Qoup d'embellissements^ entre autres la salle royMe^ où il fit peindre par Joseph Salviati les gestes des papes avec des épigraphes que rédigea une commission expresse. Une de ces inscriptions rappelle l'entrevue à Venise de Frédéric Barberousse et d'Alexandre III^ sans oublier que cet empereur tomba aux pieds du pape (2).
Pie IV cependant ne s'abstint pas de favoriser ses neveux; il donna l'archevêché de Milan et bientôt la pourpre à un i5M jeune homme à peine âgé de vingt-trois ans, et non encore prô' tre^ sur lequel il accumula les bénéfices et les charges : d'abord légat a latere de Bologne et de Ravenne, puis de l'Italie entière, ce favori fut, en outre, abbé commendataire d'au moins douze églises dans divers États, îirchiprêtre de Sainte-Marie-Majeure, pénitencier suprême de la Sainte-Eglise, protecteur du royaume de Portugal, des cantons suisses catholiques, de la basse Germanie, des ordres franciscain et humilié, des chanoines réguliers de Sainte-Croix à Coïmbre, et dçs chevaliers de Malte et du Christ. Si Ton y joint le comté d'Arona sur le lac Majeur, et la principauté d'Oria, dans le royaume de Naples, il jouissait d'un revenu d'au moins 90,000 sequins. Beau-frère d'une duchesse d'Urbin, il avait marié une de ses sœurs dans la famille des Gonzague, princes de Molfetta; une autre au prince de Venosa, la troisième au prince Colonna, vice-roi de Sicile. Il me-
(1) Voir, à ce sujet, le tome xil des Àrcliîves historiques,
(2) La voici : Alcxande.r papa III ^ Pcderici I Impcratoris iram et impelum fugieiis, audit se Fenetiis, Cogiiitum et a stnatu pt rltouorifice susceptum,Olltone imperatore filio navali prœlio a Fcnetis victo cap toque , Pedericus pace fada supplex adorât, fidem et obedientiam poUicitus. lia pontifici sua dignitas veneta reipuhlicœ beneficio restituta MCLXXYii. Celle dernière phrase fut enlevée lorsqu'il survint des différends entre Rome et la république.
SAINT GUAaL£3 BOilROMEE. 4tô
pajt donc une existence priqcièrc , lorsque la mort frappa son frère f rédéric au milieu du faste et des espérances. Depuis pe moment, son esprit se concentra sur les graves pensées de la toipbe, et le nom de Charles Borromée indique un des prélats qui ont le plus honoré TÉglise et fait les efforts les plus efficaceç ppur )a réforn^er- Renonçant à toutes ces charges, a(in de PQprtifiefj par son exemple, la magnificence dissolue des princes ecclésiastiques et séculiers de Rome, il congédia quatre-vingts personnes de sa suite^ et ne garda de laïques que po^r les ))as ofiices. Sa dépense domestique fut réduite de 90^000 sequips ^ 35,000 : plus de faste et d'amusements ; aux bruyantes réunions de son palais il substitua une académie littéraire et morale^ qui tenait une fois par semaine ses séances^ dites veillées vaticanes. Il excita le pape à construire Sainte -Marie -des- Anges et 1q superbe Chartreuse de Rome; par ses efforts, beaucoup d'é- Klîses furent construites dans toute Tltalie, outre l'université de Pologne.
Au lieu de séjourner à Rome, comme trop d'évéques le fai- ^ient, soit encore dans les cours ou les nonciatures, il voulut u plus tôt se rendre à son siège de Milan, qui constituait, d^- ^uis quarante ans, une commende pour les cadets de la maison l^Este. Il ne faut donc pas s'étonner si la discipline s'était per- 'ue dans cet archevêché, et si les ecclésiastiques n'y conservent ni piété ni bonnes mœurs. Loin de veiller sur les âmes 1^ autres, les prêtres négligeaient leur salut personnel, au K>int de se croire dispensés de se confesser parce qu'ils con- Gssaient eux-mêmes; imitant les séculiers dans les véterpents, 3s habitudes et des réunions, ils se livraient au commerce; i|s e servaient des églises et des sacristies comme de ports frapcs K)ur soustraire leurs marchandises aux droits etaqx perquisitions^, »u bien y donnaient des banquets et des bals. Les solennité et 5s dimanches n'étaient que des occasions d'orgies, de fêteis inlécentes et pai'fois féroces; les moines se livraient à l'oisiveté lans le couvent, aux intrigues dehors; les religieuses, malgré les ègles du cloître, sortaient pour faire des visites, en recevaient Hrs-m0mes, et ne manifestaient leur habileté que dqns l'art de îîre des confitures.
Après s'être entouré d'hommes éminents dont il ne se monra jamais jaloux, Charles se mit en mesure de réformer son arhidiocèse. Armé de qualités pénétrantes et souveraines, d'auorité sensible, je dirai de la verge de pénitence pour convertir