COMPOSITION DU CONCILE DE TRENTE
tife, non content de proclamer son innocence et de le mettre en liberté^ le chargea de présider le concile.
Parmi les autres cardinaux, nous distinguerons le Boloniûs Foscarari , qui fonda à Modëne un mont-de-piété, et prodiguait son argent aux pauvres^ au point qu'on ne savait pas à quelk source il puisait des sommes si considérables ; Térudit Seriprando de Troïa, autrefois secrétaire du célèbre cardinal Egidius de Viterbe; Bertani, auteur d'un commentaire sur saint Thomas et d'un traité sur la puissance du pape ; le Vénitien Jean-François Comendone (1), d'un style limpide^ et qui se tirait avec habileté des affaires les plus difRciles et les plus imprévues : d'abord nonce en Angleterre, puis en Pologne, d'où i 8t expulser Ocbino, il le fut ensuite à la diète d'Augsbourg afin d'empêcher qu'on y décidât sur des matières ecclésiastiques; il eut pour amis Paul Manuce, Basile Zanchi , Guillauihe Sirletoet les hommes les plus distingués d'alors , de même qti'Akimbal Caro, qui raconte ses voyages avec un charme infkii.
Si Antoine Ciurelio de Bari , évêque de Budua en Dalmatie, se faisait remarquer par des prophéties/idicules et des boufTonneries, Guillaume Sirleto étalait une science sévère ; bibliothèque ambulante, il parlait français, latin, grec, hébreu , et le conclave ne voulut pas le nommer pape dans la crainte de le voir trop distrait par ses études; s'ensevelissant dans la bibliothèque du Vatican , il mettait son intelligence au service des autres pour les aider dans leurs travaux, bien qu'il ne publiât lui-môme aucune œuvre, et fournissait aux champions du sjnode des textes et des arguments ; néanmoins il ne dédaignait pas de réunir autour de lui, pour leur enseigner le catéchisme , les etifants qui venaient sur la place Navona avec des fagots de bois.
Dans Augustin Valier, évoque de Vérone, on ne savait ce que l'on devait le plus admirer, ou de sa vaste érudition, ou de sa conscience incorruptible ; il écrivit cent vingt-huit ouvrages, mais n'en publia que quelques-uns, parmi lesquels une Rhétorique ecclésiastique souvent réimprimée , et une Histoire dé Venise; il combattit la barbarie scolastiquc et la peur des comètes.
Daniel Barbaro fut chargé d'écrire l'histoire de Venise, et
(1) Une belle vie du cardinal Comendone fut écrite en latin par A.-M. Gw* ziani (Paris, 10G9), et traduite aussitôt eu frant^ais par Esprit Fléchier, quitul le pins grand éloge de ce prélat.
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imposa de belles poésies philosophiques^ avec le titre de Pre^ \ea de* sogni ; il fonda à Padoue le jardin botanique et l'acadéie des Enflammés^ traduisit et commenta Vitruve, fit un rapyd remarquable sur son ambassade auprès d'Edouard IV 'Ângleten-e.
Dtoé ce concile figurèrent encore Jean-Antoine Volpi et An- )itiélltiiitùmo, littérateurs de premier ordre; Honoré Fascitello^ VÔ(}tie dlsola, auteur de lettres et de poésies de mérite ; Marc- LntdHe Flattiinio et Tévêque Vida, Catulle et Virgile ressuscites ; ddôre Qario, Taddée Cucchi de Chiari, qui corrigea la Vul- KUe d'après le texte hébreu et grec, sans négliger l'exégèse des [protestants. Dans la prédication brillaient les orateurs les plus Jôsignes : Alexis Stradella de Fivizzano, le Ferrarais François Visdbiiiini, Barthélémy Baffi de Lucignano, Cornelio Masso, èvSque de Bitonto, dont l'éloquence fut l'objet d'un traité de la paHflè bernardin Tomitano^ médecin et recteur de Padoue, qui lui fit frapper une médaille avec un cygne, et l'inscription Diviftvm sibi canit et orbi.
L'Église proclame qu'elle est l'unique dépositaire et l'interprète de la parole divine, et, par suite, qu'elle ne peut faillir quand telle prononce sur ce que tous doivent croire j les protestots, substituant à l'autorité commune la capacité individuelle^ (Reconnaissent à chacun le droit d'entendte comme il veut les fritures sacrées. Ce radical dissentiment éloignait toute possibilité d'accord; dès lors le concile, comme il ne pouvait jouer le "Aie de conciliateur, ni décider autrement que l'Église ne Tavait i^t jusqu'alors, n'avait plus a qu'à faire une longue et consiencieuse récapitulation du système catholique. » Déjà à ce •oint de vue, chacun avait embrassé un parti ; les intérêts poliiques s'étaient mêlés aux opinions religieuses, et le monde se 'ouvait divisé en deux camps, humainement irréconciliables.
JDès le principe, on résolut les points capitaux de la diverence, en mettant fin aux ambiguïtés , moyennant lesquelles , endant quelque temps, on avait cherché à ramener les dissients. Les livres des deux Testaments furent déclarés canoniues, comme les traditions concernant la foi et la morale, conervées dans l'Église. Le péché originel fut reconnu, non par un iécret doctrinal (1), mais en condamnant quiconque le niait;
(1) Les pères , qui souvent ne pouvaient s'accorder sur Texpression de quel- |ue article , lui donnaient seulement la forme négative , c'est-à-dire condamlaient une proposition; dans ce cas on ne saurait les convertir en propositions